PHOTOWATT, UN RAYONNEMENT ÉCLIPSÉ
Par V. C. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269C'est l'histoire d'un gâchis industriel. Considéré comme l'un des leaders mondiaux du photovoltaïque en 1990, le français a été distancé par ses concurrents au cours des années 2000.
De nombreux pompiers se penchent sur Photowatt, en redressement judiciaire depuis le 8 novembre, et sur ses 440 salariés. Alors que l'État se serait « engagé sur trois ans pour 240 millions de commande publique », selon Pierre Sibut, le président du tribunal de commerce de Vienne (Drôme), trois « repreneurs sérieux » seraient sur les rangs, sans toutefois avoir déposé d'offre ferme. Ils ont jusqu'à la fin février pour le faire. Parmi eux, STMicroelectronics fait figure de favori et poursuivrait une stratégie analogue à celle de Soitec. ST pourrait miser sur le développement de cellules à haut rendement, mais pas avant trois ans. En attendant, « il serait opportun de convaincre les grands industriels français de dédier 5 à 10 % de leurs achats de panneaux photovoltaïques à des productions made in France », estime Vincent Brès, le directeur général de Photowatt.
Deux erreurs fatales
L'entreprise est issue de la fusion en 1981 des activités de Philips et de l'ex-CGE dans le domaine des technologies photovoltaïques. En 1990, la société déménage de Caen à Bourgoin-Jallieu (Isère) pour se rapprocher de centres de recherche et d'industriels en Rhône-Alpes. Reprise en 1997 par le groupe canadien ATS, Photowatt développe un modèle intégré, de la fusion du silicium jusqu'à l'assemblage des modules. C'est le seul fabricant de cellules en France, passé en 1984 de cellules monocristallines au silicium multicristallin à partir d'un procédé de fusion conçu et développé en interne.
Faute d'investissements conséquents, le leader français a vite été décroché par ses concurrents asiatiques et allemands sur un marché mondialisé et banalisé. Pour l'économiste Jean Matouk, ce déclin est notamment dû au groupe ATS qui, « au lieu de faire fabriquer ses cellules en France pour ses installations au Canada, les a importées de Chine et a plus ou moins laissé tomber sa filiale française ». Autre erreur fatale aux yeux de certains observateurs : après la hausse des tarifs de rachat de l'électricité en 2006, Photowatt s'est recentré sur le marché français et a perdu sa compétitivité.

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