Photovoltaïque : "le gouvernement porte une responsabilité pénale"
Par Rémy Maucourt - Publié le
Franck Le Borgne ne décolère pas. One Network SAS, un laboratoire d'études spécialisé dans le photovoltaïque dont il était l'actionnaire principal a été placé en liquidation judiciaire. Il a rédigé le 25 novembre dernier une lettre ouverte à la ministre de l'environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, et s'en explique pour L'Usine Nouvelle.
L'Usine Nouvelle - Qu'est-il arrivé exactement à One Network SAS ?
Franck Le Borgne - C'était un bureau d'étude pour la mise en place de centrale au sol, dont j'étais l'actionnaire principal. Un sous-traitant, mais avec beaucoup de personnel. Le moratoire gouvernemental a fait que One Network SAS a perdu l'ensemble de ses projets. Nous avons attendu que le conseil d'etat se prononce sur la rétroactivité du décret. Sa décision a été publiée le 16 novembre : le décret est donc appliqué rétroactivement, une première mondiale. Nous avons donc décidé avec la gérante de One Network SAS de déposer le bilan, puis la société a été placée en liquidation judiciaire presque immédiatement.
Que reprochez-vous au gouvernement ?
Cette lettre fait suite à ma grève de la faim de juillet dernier. Je protestais contre le non-raccordement des quatre sites solaires de Saint Allouestre. ERDF a expliqué avoir égaré les documents, puis le moratoire est arrivé... Je trouvais cette situation dégueulasse. Le 12e jour de ma grève de la faim, Nathalie Kosciusko-Morizet m'a appelé. J'ai bien écouté tout ce qu'elle m'a dit, et la conversation a été enregistrée. "On savait depuis 18 mois que ça allait partir en vrille" m'a-t-elle dit. Ils savaient, mais ils n'ont rien fait.
Depuis 2010, le gouvernement dit aux Français que les promoteurs du solaire sont des spéculateurs, que leur facture d'électricité va augmenter s'ils passent à l'énergie solaire. Or EDF possède 70% du parc solaire. Nous subissons encore cette vision monopolistique française, "l'énergie c'est EDF, et personne d'autre".
Le nombre de salariés de la filière est passé de 25 000 à 7 000 depuis janvier 2011. C'est gravissime. Ils ont laissé faire, ils portent une responsabilité pénale. Nicolas Sarkozy monte au créneau pour les 2 500 suppressions de postes de PSA, mais personne ne bouge pour ces 18 000 chômeurs supplémentaires.
Que proposez-vous pour sortir de cette situation ?
Avec l'association Plan B, nous avons formulé cinq propositions, qui ne coûteraient rien à l'Etat. Par exemple, régionaliser les tarifs d'achat ou arrêter le crédit d'impôt. Ces propositions ont été rejettées. On nous a expliqué que le syndicat des énergies renouvelables n'en voulait pas. Pour nous, ce syndicat représente les intérêts d'EDF, les dés sont pipés depuis le départ.
Lire la lettre ouverte de Franck Leborgne à Nathalie Kosciusko Morizet
1 réaction
nounours | 30/11/2011 - 14H17
Il suffit de lire le livre de Corinne Lepage "la vérité sur le nucléaire" pour bien comprendre (entre autres) comment le fameux Grenelle de l'environnement n'aura été qu'un écran de fumée destiné en grande partie à sauvegarder la filière du nucléaire en la présentant sous le label "énergie renouvelable". Vaste tour de passe passe qui aura plutôt bien marché. Corinne Lepage n'hésite pas à faire l'hypothèse que les lobbys du nucléaire organisent délibérément l'échec des énergies renouvelables en France. Cet article conforte ses hypothèses.
Je tiens à préciser que je ne suis pas anti-nucléaire mais qu'en tant que citoyen je suis de plus en plus préoccupé sur le véritable déni de démocratie, cette absence de débat public, cette culture du mensonge qui sont associés à cette énergie.
EDF apparait comme une société figée et pétrifiée dans une technologie. EDF est-elle encore une société à la hauteur des enjeux du nucléaire d'un point de vue managérial et technique ?
N'assistons nous pas à une fuite en avant? Rappelons que nous sommes le pays le plus nucléarisé au monde, a cet égard les positions de Sarkozy sont dépassées, il n'y comprend rien! il est le jouet docile de ce lobby, c'est affligeant.
Cependant, les choses changent et les citoyens se renseignent. Fukushima, de facto, a clairement enfoncé un coin dans le doux consensus Français.

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