Photovoltaïque et éolien dans le collimateur du gouvernement
Par Ana Lutzky - Publié le
Les industriels des énergies renouvelables, notamment du photovoltaïque, sont plus que jamais dans le viseur du gouvernement. Parti à l’assaut des niches fiscales dans son projet de loi de finances 2011, ce dernier veut réduire l’activité par tous les leviers que sont les aides fiscales, les volumes installés autorisés et les tarifs de rachat garanti.
Le rapport Charpin écharpe la maigre filière photovoltaïque
Publié vendredi dernier, le rapport Charpin n’est pas tendre avec la filière solaire hexagonale. Il estime que cette dernière contribue à creuser le déficit commercial. En effet, l’erreur du gouvernement aurait été de penser qu'il suffit de subventionner l'installation de panneaux, souligne le rapport, sans soutenir l’innovation et la production made in France. Le gouvernement n’a dès lors pas su anticiper le boom des importations de modules photovoltaïques chinois, moins coûteux. En outre, selon le rapport, le rythme effréné de développement du photovoltaïque grâce au tarif de rachat garanti juteux entraîne un risque financier « majeur » pour l'Etat. Un comble, alors que le dispositif ne permet pas d'obtenir les bénéfices attendus pour la collectivité nationale car la filière industrielle française n’a pas pu se structurer.
Un rapport « écrit sérieusement », juge André Joffre, vice-président d’Enerplan. Son organisation représente la filière renouvelable. Mais un constat quelque peu « sévère », juge le par ailleurs président du pôle de compétitivité Derbi (Développement des Énergies Renouvelables dans le Bâtiment et l'Industrie) en Languedoc-Roussillon. Parmi les anomalies soulevées par ce dernier, l’affirmation écrite dans le rapport que l’industrie solaire française n’a pas fait preuve de son développement. « Impossible de développer une industrie en trois ans », estime André Joffre, qui rappelle que le premier arrêté fixant le tarif de rachat ne date que de 2006.
Par ailleurs, l’allégation ne lui semble pas tout à fait vraie : quelques acteurs nationaux ont émergé depuis trois ans, tels que la PME de 600 salariés Photowatt, la seule verticalisée. Egalement, la fonderie de silicium Emix, incorporée dans le consortium PV20, l’entreprise toulousaine d’encapsulage de cellules Tenesol (filiale d’EDF et de Total), ou bien encore le fabricant de panneaux Fonroche, basé près d'Agen.
Ce n’est pas le seul grief d’André Joffre concernant le rapport. Dans cette étude, l’inspecteur général des finances Jean-Michel Charpin préconise de freiner le rythme de développement des installations de centrales photovoltaïques, qui provoque des files d’attente. En effet, les capacités que le gouvernement souhaitait atteindre en 2020 le seront dès… 2011 ! Mais le rapport ne pose pas la question de savoir « qui figure sur la liste d’attente », dénonce le vice-président d’Enerplan. L’avocat Arnaud Gossement a par exemple demandé à la Commission de régulation de l'énergie (CRE) de rendre publique cette liste. Selon plusieurs sources, la filiale EDF EN figurerait parmi les plus demandeurs de permis de construire. Une information sensible et difficilement publiable : EDF n’aurait pas beau jeu de se plaindre de la hausse de la CSPE, servant à financer le tarif de rachat du photovoltaïque, si l’électricien récupère de l’autre poche les gains du tarif de rachat garanti via les centrales qu’il exploite.

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