Philippe Crouzet va orchestrer Vallourec sur un air brésilien
Par Olivier James - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3139Son départ de Saint-Gobain pour prendre la direction de Vallourec vise à assurer l'ancrage du groupe à l'international. Et à renforcer sa présence au Brésil.
Sur une île déserte, il emporterait des albums de John Coltrane, Bill Evans ou Duke Ellington. Mais Philippe Crouzet n'est pas prêt de se trouver seul pour savourer du jazz à l'ombre des palmiers. L'ancien directeur général adjoint de Saint-Gobain deviendra, le 1er avril, le président du directoire de Vallourec, le numéro 1 mondial des tubes en acier sans soudure, avec un chiffre d'affaires 2008 de 6,4 milliards d'euros. Une surprise car, à 52 ans, il a été nommé par le conseil de surveillance d'un groupe dans lequel il ne siégeait que depuis avril 2008. L'exact contraire de son prédécesseur, Pierre Verluca, qui était chez Vallourec depuis 1981. Sa principale mission ? Poursuivre le développement international d'une société qui emploie 18 600 salariés et dont les deux tiers du chiffre d'affaires sont réalisés hors d'Europe.
Pour y parvenir, il pourra s'appuyer sur l'expérience acquise durant les vingt-trois années passées chez Saint-Gobain. « Après cinq ans au Conseil d'Etat, au début des années 80, je n'avais aucune envie d'intégrer la finance, rappelle cet ancien major de l'ENA. J'avais une sensibilité pour l'industrie. » Il intègre alors Saint-Gobain en 1986 comme directeur du plan. Et multiplie les postes à responsabilité. A l'étranger, il passera par les cases Espagne et Etats-Unis. « Ces expériences m'ont ouvert les yeux sur notre pays, explique-t-il. Les groupes étrangers établissent des stratégies très différentes des nôtres. Cette connaissance de l'international devrait me servir chez Vallourec. » Autre atout : il fut directeur financier de Saint-Gobain. Ce double profil industriel et financier a sûrement fait mouche auprès des administrateurs de Vallourec.
Passé en quelques années « du statut de PME à celui de groupe international », Vallourec, dont une large part des marchés dépend de l'énergie pétrolière, devra s'adapter à la nouvelle géographie de l'or noir. « Le Brésil, où nous sommes déjà bien implantés, représente un axe fort de développement. D'ici à cinq ou dix ans, il sera l'un des principaux producteurs de pétrole et de gaz. » Anglophone et hispanophone, Philippe Crouzet ne maîtrise pas le portugais. Qu'importe. Il parlera le « portugnol » ! L'Asie et le Moyen-Orient sont aussi dans sa ligne de mire. S'il peut se réjouir du faible endettement de Vallourec, le nouveau patron devra garder le cap en cette période agitée. En 2008, le bénéfice net a très légèrement reculé de 1,9 % et des turbulences plus marquées sont sans doute à venir, compte tenu de la baisse des prix des produits sidérurgiques et du report de certains projets pétroliers. Mais il pense pouvoir renforcer le leadership de Vallourec. Et pourrait faire sienne cette citation de Shakespeare : « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles. » Pour la première fois, ce passionné de théâtre va tenir le rôle principal. .

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