ENTRETIEN Le groupe Petroplus a annoncé le 27 décembre le gel par les banques d’une ligne de crédit indispensable au fonctionnement de l’entreprise. Face à cette situation, les salariés du site de Petit-Couronne près de Rouen s’inquiètent des conséquences en termes d’emplois. Charles Foulard, responsable CGT, revient pour L’Usine Nouvelle sur cette annonce.
L'Usine Nouvelle - Qu’avez-vous appris de la direction hier ?
Charles Foulard - Nous avons eu le communiqué, qui explique que le groupe doit faire face à un sérieux problème après le refus de plusieurs banques de faire crédit. Onze banques sont engagées dans cette ligne de crédit qui doit permettre au groupe d’acheter du pétrole brut. La ligne de crédit est d’un milliard de dollars.
Que craignez-vous ?
Si le groupe suisse n’a pas les moyens d’obtenir une ligne de crédit, la situation est vraiment grave. Cela signifie notamment qu’il ne peut pas investir. Et surtout, le groupe dit tout faire pour trouver une solution. Nous pensons donc qu’il négocie avec les banques. Nous craignons alors qu’elles ne demandent des garanties et notamment en termes de rationalisation de l’outil industriel. Ce qui pourrait évidemment entraîner des fermetures de sites. On ne peut pas laisser l’énergie entre les mains des financiers et des banques…on voit où cela mène.
A quoi est due cette situation selon vous ?
Les pétroliers refusent d’investir. En plus, pour le cas de Petroplus, l’erreur a été de racheter Shell il y a quelques années. Les marges de raffinage étaient très élevées, Petroplus a fait des profits au début mais plus maintenant. Il n’est même plus en mesure d’acheter seul son pétrole brut, il demande l’aide des banques.
Vous en appelez à l’Etat français. Dans quel but ?
Nous voulons d’une part que le gouvernement insiste auprès des trois banques françaises impliquées pour qu’elles débloquent leur quote-part. Mais nous nous battons avant tout pour la création d’un pôle public de l’énergie, avec la présence des pouvoirs publics, notamment dans la régulation des volumes des prix et concernant la chaîne du pétrole. Il y a des pays dans lesquels les pouvoirs publics régulent les choses, comme en Espagne. Pour l’heure, en France, cela ne prend pas. Tout est donc à faire. Sur ce point nous avons les mêmes revendications que les syndicats du nucléaire.
Pourquoi cela bloque en France ?
Parce que les pétroliers s’y opposent, sous couvert de libéralisme, mais surtout car ils ont tout intérêt à se réfugier derrière le fait que l’exploration- exploitation se fait à l’étranger pour ne pas être taxés. Si rien n’est fait, la France va devoir importer des produits raffinés, ce qui va entraîner la fermeture de plusieurs raffineries en France, comme c’est déjà le cas pour nous à Reichstett. Le système est à reprendre en main. Sinon, ça va coûter cher en termes d’emplois mais aussi de prix à la pompe.











