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Pétrole : la revanche des schistes

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Quand les prix du baril se sont effondrés il y a trois ans, le pétrole de schiste était donné pour mort. Aujourd’hui, les cours repartent à la hausse et l’activité américaine est plus vigoureuse que jamais.

Pétrole : la revanche des schistes
L’exploitation des gaz et pétroles de schiste aux États-Unis repart à la hausse, avec plus de 900 plates-formes de forage en activité début 2017.

Le premier épisode s’appelait « La Guerre du pétrole ». Les États-Unis y découvraient un trésor d’hydrocarbures non conventionnels sous leurs pieds et se détournaient du Moyen-Orient. Quelques années plus tard, sortait « L’Opep contre-attaque ». Le cartel des grands pays producteurs de pétrole avait décidé d’ouvrir les vannes de la production afin de mieux ancrer ses parts de marché à travers le monde. Ce qui a entraîné, à partir de juin 2014, une baisse massive des prix du baril jusqu’à moins de 30 dollars au début 2016. Et ce qui aurait dû terrasser toutes les productions de pétrole de schiste outre-Atlantique. Mais la Force est puissante dans cette industrie et c’est alors que débuta le nouveau blockbuster du monde de l’énergie, « La Revanche des schistes ».

À peine le prix de baril remontait-il de quelques dollars, sous l’effet d’une diminution de la production de l’Opep et de la Russie, que l’activité dans le pétrole de schiste américain redémarrait en trombe, au point de surprendre les observateurs les plus aguerris. L’indicateur que tous surveillent comme le lait sur le feu est le nombre de plates-formes de forage en activité sur le territoire américain. En juin 2014, un record d’activité tombait avec plus de 1 500 unités. À l’été 2016, il en restait moins de 350. Fin mars 2017, avec un baril toujours inférieur à 50 dollars, plus de 900 plates-formes foraient le sous-sol. La production pétrolière américaine est déjà repartie à la hausse. Elle a crû de 700 000 barils par jour entre juillet 2016 et mars 2017. Et personne ne voit cette tendance s’arrêter.

Selon Alexandre Andlauer, analyste chez AlphaValue, la production (9 millions de barils par jour) pourrait encore augmenter de 500 000 barils cette année. Pour le Department of Energy, elle est désormais composée à part égale de pétrole de schiste et de pétrole conventionnel. Dès 2018, la part du pétrole non conventionnel sera même majoritaire. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production américaine atteindrait 10 millions de barils par jour, dont 6 millions de barils de pétrole de schiste.

Forte baisse du seuil de rentabilité

Le « réveil des schistes » a été rendu possible par l’extraordinaire capacité des producteurs américains à abaisser leur point mort. Au début de la crise, celui-ci était estimé entre 70 et 80 dollars par baril. « Les coûts ont baissé de plus de 40 % en deux ans », calcule Alexandre Andlauer. « Dans cette industrie, le savoir-faire des États-Unis joue à plein. S’il y a un pays où l’on sait optimiser les coûts, aller plus vite et augmenter la productivité, c’est bien celui-ci », confirme Jean-Louis Schilansky, le président du Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC) [lire l’entretien page 45]. Le recyclage de l’eau, l’utilisation réduite de sable et de produits chimiques, la multiplication des puits par plate-forme, l’allongement de la longueur des zones fracturées ont permis de doubler, voire de tripler la productivité des nouveaux puits. Les analyses américaines parlent d’une « deuxième révolution des schistes ». Le point mort moyen est désormais en dessous de 50 dollars et même en dessous de 30 dollars pour les meilleurs champs.

L’une des progressions clés a été la meilleure compréhension du sous-sol. C’est ainsi qu’à la recherche des zones les plus propices à l’exploitation, les compagnies américaines ont révélé le véritable potentiel du « Permian basin » au Texas. C’est là que se situent les plus importants développements aujourd’hui. « Il faut se rendre compte à quel point le Permian est grand. À terme, il sera plus grand que le plus grand champ du monde, celui de Ghawar en Arabie saoudite », explique Scott Sheffield, le fondateur de l’entreprise d’exploration Pioneer Natural Resources. Pour parvenir à de telles découvertes, l’inventivité de l’industrie parapétrolière américaine est sans fin. En témoigne l’innovation de la start-up américaine Biota Technology, qui utilise les technologies du séquençage de l’ADN pour identifier les meilleurs prospects pétroliers. L’entreprise, qui travaille avec une douzaine d’entreprises pétrolières, comme Statoil, compare l’ADN microbien issu d’échantillons de roches à celui de microbes trouvés dans des nappes d’huile. Les différences et les ressemblances permettent d’identifier les zones pouvant receler les réserves les plus significatives. Selon l’entreprise, sa technologie permet de diminuer les coûts des puits de 10 %. Elle a déjà été utilisée pour forer 80 puits aux États-Unis.

Dans « La Revanche des schistes », les États-Unis tiennent le rôle principal, mais une multitude de seconds rôles prometteurs crèvent l’écran. Depuis dix ans, les schistes n’étaient pas parvenus à sortir des États-Unis. Ces derniers mois, malgré la faiblesse des prix du baril, deux autres pays ont débuté une exploitation commerciale. Le principal est l’Argentine, qui a misé une importante part de sa politique énergétique dans l’exploitation du gisement de Vaca Muerta dans le Sud-Ouest. Sept cents puits y ont déjà été forés par les plus grandes majors mondiales. Des ponts d’or ont été faits à ces entreprises en échange d’engagements en matière d’investissements. « Des investissements de plus de 10 milliards de dollars par an sont attendus, prévoit Christophe Miaux, le directeur technique du CHNC. L’État vise même 15 à 20 milliards d’euros par an à terme. » En 2017, les investissements pétroliers vont déjà apporter 5 milliards de dollars dans le pays. La Chine avance aussi à grands pas. En 2017, les pétroliers nationaux, PetroChina et Sinopec, ont prévu de forer 110 puits dans la province du Sichuan et 600 à l’horizon 2020. À cette date, un tiers de la production du pays sera non conventionnelle. D’autres pays suivent cette voie. Le Royaume-Uni a autorisé la société Cuadrilla à démarrer le forage de quatre puits fracturés dans le Lancashire. Le gouvernement sud-africain a initié le développement de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels dans la région désertique de Karoo.

Une chance pour les industriels hexagonaux

Si la France a décidé de tourner le dos au gaz et au pétrole de schiste [lire l’encadré ci-contre], cette reprise pourrait profiter à plusieurs industriels français. En premier lieu, on pense au fabricant de tubes pour le pétrole Vallourec, qui a souffert de la crise au point de se restructurer et de procéder à d’importantes cessions. Philippe Crouzet, le président de l’entreprise, prédit un accroissement du chiffre d’affaires grâce « à la vivacité de la reprise aux États-Unis. Notre usine de Yellowstone n’employait que 20 % de ses capacités en septembre, elle est désormais à 100 %. »

Total devrait aussi profiter à plein de cette reprise. Le français a annoncé un important investissement, en partenariat avec l’autrichien Borealis et le canadien Nova, dans son outil pétrochimique aux États-Unis. Au Texas, il va construire un vapocraqueur à Port Arthur pour 1,7 milliard de dollars, ainsi qu’une usine de polyéthylène sur le site de Bayport. Le pétrolier français veut surfer sur le dynamisme du marché gazier américain. « Le craqueur sera l’un des plus compétitifs aux États-Unis », affirme le groupe.

Veolia va également bénéficier d’un timing parfait. En 2015, le groupe annonçait une première aux États-Unis. Le français va récupérer l’eau utilisée lors de fracturations hydrauliques et produite par des puits pétroliers en exploitation pour la traiter afin qu’elle soit réutilisée pour de nouvelles opérations de fracturation. Il va le faire pour le compte d’Antero Resources qui exploite des puits dans le comté de Doddridge, en Virginie occidentale, au sein de l’immense bassin de schiste de Marcellus. La future installation, qui permettra le traitement et le recyclage de 60 000 barils d’eaux par jour, doit entrer au service fin 2017. Une vitrine remarquée pour le prestataire français.

Quel sera le prochain épisode de la guerre du pétrole ? Misons sur « Le Retour de l’Opep ». Début mars, la famille mondiale du pétrole s’est réunie à Houston. Les membres du cartel, à commencer par l’Arabie saoudite, ont assuré qu’ils ne réduiraient plus leur production pour soutenir les prix et ont appelé les Américains à travailler avec eux. Mais les acteurs d’outre-Atlantique ne constituent pas un cartel. Ils ne répondent qu’à une chose, le signal prix. Hors de question pour eux de fermer les vannes tant que les dollars rentrent. Par conséquent, l’Arabie saoudite pourrait préparer un nouveau bras de fer.

 

La France n’a pas respecté la loi

Le 11 juillet 2011, l’Assemblée nationale votait la loi Jacob, interdisant la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Depuis, aucune fracturation hydraulique n’a eu lieu en France. Pour autant, la loi n’a pas été totalement respectée… au grand dam de l’industrie pétrolière. Celle-ci prévoyait la création d’une commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. Concrètement, chaque année, cette commission devait se réunir pour remettre au Parlement un rapport sur l’évolution des techniques de fracturation et sur la connaissance du sous-sol français, européen et international. Ce rapport devait orienter la représentation nationale sur la pertinence d’initier « des expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ». Le 21 mars 2012, un décret du Premier ministre, François Fillon, créait la commission et nommait ses 22 membres. Elle ne fut jamais convoquée. Manuel Valls a reçu l’industrie pétrolière, mais sans donner suite à cette rencontre. 

 

Le sous-sol français a été fracturé

La seule manière d’explorer et d’exploiter le gaz et pétrole de schiste consiste à injecter dans le sous-sol de l’eau sous très haute pression, accompagnée de sable. Cela permet de fissurer la roche mère – la roche où les hydrocarbures sont créés – très dense afin de laisser s’échapper les précieux fluides. Cette technologie est ancienne. Elle remonte aux années 1940 aux États-Unis. Même si cette technique est interdite en France depuis la loi Jacob de juillet 2011, elle a été employée auparavant par l’industrie pétrolière. Depuis trente ans, selon l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), au moins 45 opérations de fracturations ont été réalisées – sachant que la France a connu 6 000 forages pétroliers –, « sans qu’aucun dommage n’ait été signalé », précise l’Office. Il s’agissait de réservoirs non conventionnels, mais aussi de productions classiques pour en renforcer la productivité. C’est le Bassin parisien qui a été le plus fracturé. Les deux dernières opérations ont été réalisées en 2010 par le canadien Vermilion, premier producteur de pétrole en France, sur le site de Champotran (Seine-et-Marne). 

 

Redémarrage très rapide des forages aux États-Unis

La baisse de la production de pétrole de l’Opep a entraîné un accroissement immédiat des forages de pétrole de schiste aux États-Unis mesurés par le nombre de plates-formes en activité. Depuis 2016, la production de pétrole de schiste est majoritaire aux États-Unis et le restera durablement. Dès 2010, il comptera pour environ 60 % de la production totale.

 

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