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Petite histoire du made in France

Par Thibaut de Jaegher - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3267
Nos emplettes sont nos emplois

C'est une vieille rengaine que viennent d'entonner certains candidats à l'élection présidentielle. Avec les slogans "Produire en France" ou "Acheter français", ils semblent redécouvrir les vertus d'un patriotisme industriel. C'est oublier que ces idées ont été maintes fois brandies par les partis et les industriels de tout bord à chaque période de crise.

C'est en Angleterre que le patriotisme économique voit le jour à la fin du XIXe siècle. À l'époque, ce ne sont pas les importations chinoises qui font peur mais les allemandes, comme le dénonce l'ouvrage "Made in Germany" de l'économiste Ernest Williams paru en 1897. Pour soutenir les industriels locaux, il demande aux Anglais d'appliquer la préférence nationale.

Cette peur de l'Allemand, qui contaminera aussi la France, sera l'un des ferments de la Première Guerre mondiale. Entre les deux guerres, l'argument devient commercial. Des entreprises comme Antar, Citroën ou Bernard Moteurs proposent à leurs futurs clients de favoriser l'industrie française en achetant leurs produits ou en soulignant qu'acheter étranger revient à favoriser le chômage de masse.

Le slogan reviendra sur le devant de la scène dans les années 1980, avec le communiste Georges Marchais qui scande "Fabriquons français !" En 1994, une campagne gouvernementale reprend ce message avec des mots toutefois moins tranchants : "Nos emplettes sont nos emplois".

Morale de cette très courte rétrospective ? En période de crise, flatter la fibre patriotique est plus aisé que de s'interroger sur les raisons qui font qu'une entreprise ou un produit a décroché.

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