PÉRIODE D'ESSAI... ET PLUS SI AFFINITÉS

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3270

Les missions d'intérim peuvent être un tremplin pour décrocher un CDI. Pour les entreprises, les atouts sont nombreux : des intermédiaires motivés qui proposent le bon profil, des candidats connus...

La période n'est pas porteuse pour les intérimaires. Ce sont les premiers remerciés en cas de coup dur pour une entreprise, comme le montre le récent plan mis en oeuvre par PSA qui prévoit 700 départs. L'intérim, c'est d'abord de la flexibilité. À la hausse comme à la baisse. Une commande inattendue ? « Dès le lendemain, les agences d'intérim me présentent des candidats », indique Caroline Pichot, la responsable des ressources humaines d'American Air Filter. « Nous avons des fluctuations d'activité, l'intérim permet de s'adapter », confirme Laurent Vronski, le PDG d'Ervor, un fabricant de compresseurs d'air. Reste qu'à moyen terme la formule se révèle plus efficace pour évoluer vers un contrat à durée indéterminée (CDI) ou à durée déterminée (CDD). Prisme, le syndicat des agences d'emploi temporaire, a suivi une cohorte de 2 500 intérimaires pendant dix-huit mois. Résultat : 55 % d'entre eux étaient à l'issue de cette période en mission d'intérim ou inscrit à Pôle emploi et 39 % en CDI, en CDD ou en formation.

Quand l'entreprise connaît meilleure fortune, le responsable du recrutement se tourne parfois vers les intérimaires. Chez Rémy Martin, à Cognac (Charente), Jérôme Charpentier, a recruté 20 personnes en 2011, dont 17 pour les lignes de conditionnement. Le premier réflexe de ce responsable des RH a été de reprendre contact... avec ses intérimaires. « Nous gagnons ainsi du temps et nous améliorons la qualité du recrutement, détaille-t-il. Ce sont des personnes formées, qui connaissent l'entreprise et qui ont fait preuve de qualités relationnelles. » Treize personnes sont ainsi passées de l'intérim au CDI, après notamment un entretien pour vérifier leur motivation à travailler durablement dans l'entreprise. Tous ne sont pas intéressés. Selon Prisme, un quart des intérimaires n'aspirent pas à un poste fixe et préfèrent garder leur liberté.

La rapidité n'est pas toujours la seule explication du recours à l'intérim. Les DRH reconnaissent les compétences des agences de travail temporaire, surtout lorsqu'ils les comparent à celles de Pôle emploi, service universel et gratuit. « Ce n'est pas de leur faute, mais ils ne connaissent pas aussi bien leurs candidats », précise un industriel de la région lyonnaise. À force de leur confier des missions, les agences d'intérim sont en mesure d'évaluer les candidats. Les entreprises, de leur côté, connaissent leurs points forts et leurs points faibles. Et sont prêtes à payer pour un service sur mesure,

Du débutant au senior

Certaines agences de travail temporaire connaissent également très bien les entreprises. Comme SOS Intérim, avec laquelle travaille Caroline Pichot : « Je les vois au moins une fois par an. Ils viennent faire des études de poste pour voir les contraintes physiques, les règles de sécurité et l'environnement de travail que nous proposons. » Cette démarche permet de sélectionner des candidats qui correspondent au mieux au profil recherché. « Il arrive même que SOS Intérim m'appelle quand ils ont un bon chaudronnier, poursuit la responsable des ressources humaines. Ils savent que c'est une compétence que nous avons du mal à trouver. »

Les compétences rares ne sont pas les seules à pouvoir profiter de l'intérim. Tous ceux qui rencontrent des difficultés à se faire embaucher sur le marché du travail classique y ont intérêt : les seniors, les personnes en reconversion - comme ce pâtissier-boulanger devenu allergique à la farine et qui a rejoint American Air Filter -, les jeunes diplômés à la recherche d'un premier emploi et qui souhaitent multiplier les expériences. Comme Brice Vidal, qui travaille à l'institut Servier. « Á la fin de ma licence pro à Paris 6, raconte-t-il, j'ai été recruté pour une mission d'un an avec une possibilité de renouvellement. Par chance, un poste s'est libéré dans un autre laboratoire. C'est comme ça que j'ai décroché un CDI. » Les missions d'intérim constituent une bonne porte d'entrée dans la vie active pour les jeunes : 53 % de ceux qui ont effectué des missions sont en CDD, en CDI ou en formation après dix-huit mois, contre 23 % à être encore intérimaires.

Autre public qui peut tirer son épingle du jeu : les seniors. Ainsi, les cadres, qui effectuent pourtant un petit nombre des missions, peuvent y avoir recours pour rebondir, par exemple après un licenciement (lire ci-dessus). Lorsque le directeur général de Ziehl-Abegg FMV, François Zweig, a été confronté au départ d'un homme clé, ingénieur mécanicien en R et D, il a trouvé son remplaçant grâce à Michael Page Interim Management. « Je cherchais quelqu'un de façon urgente, dit-il. Je pensais recruter dans un second temps. La personne sélectionnée a très vite fait ses preuves. »

Autre cas de figure : l'intérim d'insertion. Un choix développé par Adecco, qui dispose d'un réseau d'agences spécialisées. Pascal Decary, le DRH de Veolia Propreté, y a recours : « Certains de nos appels d'offres exigent un quota de personnes en insertion. »

Si l'intérim reste pour beaucoup synonyme de statut précaire, il peut aussi contribuer à décrocher le CDI qui change tout. Une sorte de flexisécurité à la française, pas vraiment assumée, et donc réservée aux initiés...

TRAJECTOIRE D'INTÉRIMAIRES

Que sont-ils devenus après dix-huit mois ? 32 % en intérim 23 % au chômage 21 % en CDI 15 % en CDD 3 % en formation 1 % ne cherchent pas d'emploi Étude réalisée entre mars 2009 et octobre 2010 Source : Prisme 2011

LE COÛT DU MISSIONNAIRE

Pour trois mois de travail et un salaire brut mensuel de 2 333 euros 17 500 euros pour un intérimaire charges sociales et rémunération de l'agence d'intérim comprises. La somme perçue par le spécialiste du travail temporaire varie en fonction du nombres de missions effectuées. 12 705 euros pour un CDD charges sociales, prime de précarité et congés payés compris. À cela s'ajoutent les frais de recrutement internes ou externes si l'entrepise fait appel à une agence de recrutement (à peu près 20 % du salaire brut annuel). L'intérêt de l'intérim Plus la durée d'une mission est longue, plus l'entreprise amortit les frais qu'elle a engagés. Source : Walters people

« À plus de 50 ans, l'intérim m'a conduit au CDI »

JOSYANE ECKERT, gestionnaire de comptes clients chez Sita Spécialités

« Quand j'étais en CDI, l'intérim ne m'intéressait pas, cela me faisait même un peu peur », se souvient Josyane Eckert. Quand en 2002, Ista, son employeur, ferme, elle appelle pourtant plusieurs sociétés d'intérim pour leur confier son CV. Á plus de 50 ans, l'ancienne gestionnaire de comptes clients n'ignore pas que son âge est un handicap. Durant plusieurs années, elle enchaîne contrats à durée déterminée et missions d'intérim, dont certaines de deux ans. Après une embauche et un nouveau licenciement, elle a retrouvé un poste fixe chez Sita Spécialités. « J'y suis allée pour trois mois renouvelables, rappelle-t-elle. On m'a proposé un CDI avant la fin des trois mois. Pour travailler, j'ai accepté de baisser mes prétentions. J'espère aller jusqu'à la retraite, dans deux ans. Le contact avec le milieu professionnel, c'est essentiel. »

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