Pénurie d’électricité : l’épouvantail allemand
Par Manuel Moragues - Publié le
articles liés
Pas de problème d’électricité cet hiver, selon EDFLa France pourrait-elle manquer d’électricité cet hiver à cause de l’arrêt de huit réacteurs nucléaires allemands ? C’est l’épouvantail qu’a agité Eric Besson, le ministre de l’Industrie et de l’Energie, lors d’une conférence de presse mercredi 9 novembre. L’analyse de RTE, en charge du réseau de transport d’électricité, est plus nuancée.
Radiateurs français contre réacteurs allemands à l’arrêt. Pour Eric Besson, le ministre de l’Industrie et de l’Energie, la fermeture de huit réacteurs nucléaires en Allemagne "réduit très clairement" la sécurité électrique de la France en cas de grand froid. La politique énergétique allemande a fait figure d’épouvantail, mercredi matin, lors de la remise au ministre du rapport analysant l’équilibre offre-demande d’électricité pour l’hiver réalisé par RTE, le gestionnaire du réseau de haute tension français.
Risque modéré, situation comparable à l’hiver dernier
Si la France est exportatrice d’électricité, elle doit depuis des années importer de l’électricité en hiver pour satisfaire la demande de pointe du soir, portée par le chauffage électrique. Selon l’analyse prévisionnelle présentée par Dominique Maillard, le président du directoire de RTE, le risque de rupture d’approvisionnement en électricité est modéré et la situation comparable à l’hiver dernier. La disponibilité du parc de production français devrait même être "en nette augmentation".
D’ici à la fin de l’année, cependant, cette disponibilité sera inférieure à celle de l’an dernier en raison d’un planning d’arrêt des centrales pour maintenance défavorable. Entre mi-novembre et fin décembre, prévoit RTE, la France devra importer de l’électricité pour satisfaire la pointe du soir, avec un pic d’importation à 3500 mégawatts (MW) début décembre.
Ces prévisions se fondent sur des températures proches des normales saisonnières. Un grand froid persistant corserait les équilibres. C’est l’héritage du choix du tout électrique. A chaque degré en moins, ce sont 2300 MW de plus - la production de deux réacteurs nucléaires - qui sont consommés en France, soit "la moitié de la thermosensibilité de la plaque continentale" européenne, précise Dominique Maillard. Des températures 6° à 8° en dessous des normales pendant 3 à 5 jours, comme en décembre 2010, demanderaient d’importer jusqu’à 7000 MW d’électricité en pointe, une valeur proche des 9000 MW de capacités de transit du réseau français. "Nous sommes toujours en risque en cas de froid extrême", conclut le dirigeant.
L’impact limité de l’Allemagne
Le risque vient-il de l’Allemagne ? "Nous sommes fragilisés par l’arrêt du nucléaire allemand", répond Dominique Maillard. Ce n’est pas tant la production d’électricité qui est en jeu que son transport, explique le dirigeant. Cinq des huit réacteurs arrêtés se situent au sud de l’Allemagne. Cette région passe donc du rôle de source d’électricité à celui de puits, modifiant les flux d’électricité.
En cas de forte demande, les transferts du nord au sud de l’Allemagne risquent de saturer le réseau germanique, qui ne pourrait acheminer autant d’électricité en France, qu’elle soit produite en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Norvège, que ne le permet théoriquement l’interconnexion France-Allemagne. Pour Eric Besson, la capacité d’import via l’Allemagne serait alors divisée par trois, passant de 3000 à 1000 MW. RTE est moins alarmiste : la capacité pourrait baisser de 4000 à 2900 MW. Cela représente une réduction d'environ 12% des capacités totales d'interconnexion de la France. Soit une fragilisation modérée.
Ces quelque 1000 MW en moins peuvent être comparés aux autres ressources dont dispose RTE, et notamment l’effacement de consommation. Même s’il ne renouvelle guère ses contrats EJP (Effacement de jours de pointe), EDF dispose encore d’environ 2600 MW de consommation effaçable chez ses clients. RTE développe pour sa part depuis 2008 l’effacement comme un mécanisme d’ajustement de l’équilibre offre-demande.
Ce sont aujourd’hui près de 3000 MW que le gestionnaire de réseau peut effacer, essentiellement via Energy Pool, start-up rachetée par Schneider qui agrège les consommations d’industriels comme Eramet. L’industrie, en particulier électro-intensive, est en première ligne pour voler au secours du réseau. De nouveaux appels d’offres devraient être lancés prochainement par RTE pour accroître la capacité d’effacement, en attendant la mise en œuvre du marché de capacité, en 2015, qui doit instituer l’effacement comme moyen d’assurer la pointe. Ca tombe bien, d’ici là l’Allemagne aura encore arrêté des réacteurs.

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












