Pékin confirme son intérêt pour le marché de la dette américaine
Le 09 mars 2010par Langi Chiang et Alan Wheatley
PEKIN (Reuters) - La Chine, qui détient les premières réserves de change au monde, a réitéré mardi son engagement sur le marché de la dette d'Etat américaine, tout en se montrant prudente sur les placements en or.
"Le marché du Trésor des Etats-Unis est le premier marché mondial des obligations d'Etat. Aussi, comme vous pouvez l'imaginer, le marché du Trésor américain est-il important pour nous", a déclaré Yi Gang, responsable de l'Administration publique des changes, lors d'une conférence de presse en marge de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le parlement chinois.
La composition précise des 2.400 milliards de dollars de réserves de changes chinoises est un secret bien gardé. Compte tenu de ses avoirs relativement faibles en or, certains se sont demandés si la Chine ne continuait pas à acheter, malgré les démentis officiels.
Yi Gang s'est attaché à décourager les attentes de ceux qui anticipent une augmentation des placements en or de la Chine. Le pays a révélé l'an dernier détenir 1.054 tonnes du métal précieux, contre 600 tonnes en 2003.
A l'horizon de 30 ans, l'or n'est pas un placement très intéressant, a estimé Yi Gang et la Chine ne ferait que faire monter les prix si elle entrait sur le marché.
"INVESTISSEUR RESPONSABLE"
"C'est, de fait, impossible que l'or devienne un débouché d'investissement important pour les réserves de change de la Chine", a-t-il déclaré. "J'ai 1.000 tonnes actuellement et même si je doublais ce montant, compte tenu des cours actuels, cela ferait environ 30 milliards de dollars."
"Cela ne ferait que porter la part de l'or (dans les réserves chinoises) à environ 2%, contre le niveau actuel de 1%", a-t-il ajouté.
"Le marché international de l'or est très limité. Si j'achetais de l'or à une échelle massive, je ferais sans aucun doute monter les prix mondiaux de l'or", a déclaré Yi Gang lors de la conférence de presse.
Les cours de l'or étaient en recul d'environ trois dollars l'once mardi matin à environ 1.121 dollars, reflet des débouclages de positions spéculatives liées au problème de la dette grecque plutôt qu'à la déception qu'auraient pu susciter les propos de Yi Gang.
Devant le Parlement, Yi Gang avait indiqué que la Chine n'était pas dans la spéculation à court terme sur les devises et se comportait en véritable investisseur.
"C'est un comportement d'investissement sur les marchés et je ne veux pas que cela soit politisé", a souligné le responsable. "Nous sommes un investisseur responsable et nous pouvons certainement parvenir à un résultat gagnant-gagnant dans le processus d'investissement."
Selon des banquiers, les deux tiers des réserves de change chinoises sont investies en dollars. Yi Gang a souligné que les réserves chinoises étaient aussi placées en euros et en yens et certaines devises émergentes.
"Les réserves de changes sont principalement investies en obligations émises par les Etats et les organismes d'Etat des pays développés et en développement ayant des notations de crédit élevées, dans des actifs émis par des sociétés et des organisations internationales, etc.", a déclaré Yi Gang.
PEU DISERT SUR LE YUAN
Les investisseurs sont particulièrement désireux d'informations sur le yuan compte tenu de l'importance du commerce extérieur chinois, mais Yi Gang s'est montré peu disert sur le sujet. La Chine a de fait réarrimé sa devise au billet vert depuis la mi-2008 à un cours de 6,83 yuans environ de façon à aider ses entreprises exportatrices à faire face à la crise du crédit.
La Chine avait renoncé au lien avec le dollar en 2005, laissant le renminbi s'apprécier d'environ 20% par rapport à la devise américaine avant la crise.
Comme prévu, Yi Gang a réaffirmé la politique officielle selon laquelle la Chine maintiendrait sa devise fondamentalement stable et a ignoré une question sur des propos du gouverneur de la banque centrale Zhou Xiaochuan, qui a déclaré samedi que la Chine finirait par sortir "tôt ou tard" de sa "politique spéciale sur le yuan" adoptée contre la crise.
Yi Gang a toutefois signalé que les anticipations de hausse du yuan allaient augmenter cette année en raison des taux d'intérêt relativement élevés du pays, tandis que les exportations allaient rapporter plus, la reprise mondiale suscitant un regain de demande pour les produits chinois.
"Les investissements directs étrangers en Chine devant augmenter régulièrement, la Chine va se retrouver avec une pression plus importante liée à la hausse des rentrées de changes", a-t-il indiqué.
Version française Danielle Rouquié, édité par Dominique Rodriguez
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