imprimer

Patron du reste du monde

Par PAR LAURENT GUEZ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3224
Je suis très admiratif de ce que Bill Gates a fait, de ce qu'il fait encore et de ce qu'il va faire demain.
Je suis très admiratif de ce que Bill Gates a fait, de ce qu'il fait encore et de ce qu'il va faire demain.
© LUC PERENOM POUR « L'USINE NOUVELLE »

Entré en 1984 dans une petite start-up californienne nommée Microsoft, Jean-Philippe Courtois en est aujourd'hui le président international. À la tête de 100 filiales dans le monde entier, à l'exception de l'Amérique du Nord.

Les Américains appellent leurs collègues par leur prénom. Même quand ils sont haut placés. Chez Microsoft, qu'on ait l'accent californien, espagnol, russe ou chinois, on l'appelle « Jean-Philippe ». Il fait partie d'une « lignée » : celle des grands managers français du groupe. Jean-Philippe Courtois est en effet le digne héritier d'un cador, Bernard Vergnes, son premier patron, créateur de la filiale française puis patron de l'Europe. « Jean-Philippe » lui doit beaucoup, comme d'ailleurs à son autre père spirituel, Michel Lacombe. « Michel a succédé à Bernard à Paris, puis à la tête de Microsoft Europe. Il m'a beaucoup appris, en particulier la valeur du client. » Quand Michel Lacombe décède brutalement, en 2003, c'est Jean-Philippe qui reprend le flambeau européen. En 2009, nouvelle promotion : il est nommé président international. Âgé aujourd'hui de 49 ans, il pilote 100 filiales implantées dans 250 pays... Tout, sauf les États-Unis et le Canada : le reste du monde.

Quand le jeune diplômé de Skema (l'école de commerce de Nice, sa ville natale) arrive dans la start-up en 1984, elle compte 10 salariés à Paris, 350 dans le monde. Et n'a à son catalogue que son système MS-Dos, son logiciel Multiplan (l'aïeul d'Excel) et une souris. Jean-Philippe Courtois y passera quatorze ans. « Avec mon espèce de machine à coudre Compaq, je passais mes journées à faire des démos, se souvient-il. Il a fallu dix ans pour que Windows trouve sa place ! » Bill Gates mise sur la France, première filiale européenne, et lui fait confiance.

À la conquête de la Chine

« Il n'a pas un charisme fou, ni le sens de l'humour, confie un de ses anciens collègues, mais Jean-Philippe est un incroyable bosseur, prépare ses réunions ou ses voyages sans rien laisser au hasard. » Cela vaut pour une interview... Avant de rencontrer un journaliste, chez Microsoft, il faut consigner une série de « talking points » : ce dont il faudra parler... Nous aurons donc droit à la responsabilité sociale. « Dans un pays où nous sommes présents, nous devons contribuer à son développement, annonce le dirigeant. Au Portugal, nous avons signé un accord avec le premier ministre pour aider 10 000 chômeurs du textile à retrouver un job en leur apprenant à utiliser un PC. » Cherchons la faille, ou le sujet qui fâche... Un manager entré chez Microsoft avant même qu'il ne soit coté a dû faire fortune, non ? Jean-Philippe ne nie pas. Oui, il est riche, mais pas au point d'avoir perdu l'appétit. « Ce qui me motive, c'est l'impact des technologies sur le développement. » Administrateur de PlaNet Finance, l'ONG de Jacques Attali, il est bluffé par ceux qui s'engagent. « Bill » fait figure d'exemple, forcément. « Je suis très admiratif de ce qu'il a fait, de ce qu'il fait encore et de ce qu'il va faire demain. » La fondation de Gates, bien sûr, mais aussi son génie, les contrats de licence rédigés de sa main, ses intuitions marketing... « Il y a encore quelques années, Bill conduisait les « mid-year reviews », des exercices semestriels très importants dans notre management, raconte-t-il. La réunion pouvait finir à 4 heures du matin. Ses questions étaient d'une incroyable intensité. »

Ses chantiers du moment ? Mettre toute l'offre de Microsoft dans le « nuage » (cloud), imposer Windows Phone 7, ou encore Kinect, « le jeu vidéo où le client devient lui-même la manette ». Comme président international, placer les bons DG aux bons endroits. Et acquérir une position forte en Chine. « La clé de notre succès là-bas, estime-t-il, ce seront ces talents chinois que nous saurons attirer et former. »

Son talent à lui, en tout cas, a été repéré au-delà de Microsoft. Président non exécutif d'AstraZeneca depuis 2004, Louis Schweitzer a été séduit par ce profil fait de compétence et de retenue. Convaincu qu'il faut ouvrir les conseils d'administration à des étoiles montantes (pour éviter de se retrouver entre grands PDG amis), il l'a « recruté » au board. « Jean-Philippe est très à l'aise dans un environnement international, dit l'ancien PDG de Renault. Il sait qu'il est bon mais est dépourvu de toute arrogance. Pour être un bon administrateur, il faut avoir bûché, avoir lu les documents avant. C'est son cas. » Décidément, « Jean-Philippe » est parfait. Allez, un petit défaut ? « Si vous avez vu des gens qui me connaissent, ils ont dû vous le dire, lâche-t-il. Je suis très exigeant. J'enquiquine les gens. Je leur demande les choses dix fois jusqu'à obtenir un résultat. » Non, ils ne l'avaient pas dit.

EN QUELQUES MOTS

Voyage - Une cinquantaine de pays visités par an, 60 % de son temps loin des siens. Management - Une obsession du « scorecard », le tableau de bord qu'il adore, avec ses cases rouges et ses cases vertes. Citoyenneté - Une exigence pour Microsoft, surveillé par les autorités de la concurrence, ses clients, ses compétiteurs...

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter