Patrick Devedjian : « Le grand emprunt soutiendra le plan de relance »

Le 21 juillet 2009
Patrick Devedjian,
Ministre chargé de la mise en œuvre du Plan de relance
Patrick Devedjian, Ministre chargé de la mise en œuvre du Plan de relance
© © Luc PERENOM

Déploiement de la fibre optique, EPR, véhicule propre, pôles de compétitivité, nouvelles lignes TGV… Le ministre chargé de la relance a des idées pour bien utiliser les milliards de l’emprunt.

Faut-il s’attendre à une aggravation de la situation économique, en particulier du chômage?

Je ne me fie pas aux prévisions alarmistes. En janvier, on prévoyait une catastrophe pour mars, en mars, on l’attendait pour juin… En fait, nul ne sait ce que sera la situation à la rentrée. On s’achemine vers 700000 chômeurs de plus cette année, mais l’augmentation se fait moins forte chaque mois, grâce notamment au plan de relance. Selon les professionnels, un logement neuf représente 1,2 emploi pour dix-huit mois, soit 120000 pour les 100000 logements prévus dans le plan; la rénovation de l’ancien en crée 1,8, soit 36000 emplois pour les 20000 logements à rénover, toujours pour dix-huit mois. Si l’on ajoute les travaux publics, j’estime le plan à un total de 250000 emplois créés ou sauvegardés. La prime à la casse fonctionne au-delà des prévisionsavec 200 000 véhicules financés en partie par la prime. J’observe qu’à Sochaux, PSA est revenu aux 3x8.

Faisons-nous mieux que les autres ?

Ce plan a un avantage, son efficacité immédiate, et un inconvénient: il est en avance sur ceux de nos voisins. Il sera déployé à 75% en 2009 et à 25% en 2010. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. Les plans finiront bien par converger.

Le grand emprunt prendra-t-il, d’une certaine façon, le relais du plan de relance?

Ce n’est pas un deuxième plan de relance. L’utilisation de l’emprunt, à partir de 2010, n’aura pas de visée contracyclique, il s’agit bien d’un plan de sortie de crise. Néanmoins, le plan et l’emprunt, tous deux tournés vers l’investissement, sont des parents proches.

Quels seront les investissements prioritaires, une fois l’emprunt levé?

Le plan de relance s’attaque à l’immédiateté de la crise, par l’investissement qui prépare l’avenir, mais aussi par des mesures sectorielles, en direction de l’automobile par exemple, et avec un volet social fort, par le Fonds d’investissement social. L’emprunt le prolonge, il a une vocation stratégique.

Le plan et l’emprunt, tous deux tournés vers l’investissement, sont des parents proches.

P.Devedjian


Il doit financer des investissements à haut rendement, et pas des dépenses de fonctionnement. Il permettra d’aider à développer des filières industrielles. Je prends l’exemple de la filière bois: nous avons en France une ressource sous-exploitée et une organisationpeu productive. Peu importe qui sont les propriétaires d’une forêt, l’essentiel est qu’ils exploitent les mêmes essences! Il y a bien d’autres sujets: le numérique, en déployant la fibre sur le territoire; le nucléaire, avec un troisième EPR en France. Cela créerait beaucoup d’activité et d’emplois. Il faudra aussi miser sur le véhicule décarboné : les pôles de compétitivité n’ont pas encore joué leur rôle sur cet enjeu majeur. Nous devrons d’ailleurs mettre en oeuvre, très vite, une révision des pôles: plus d’argent dans ceux qui marchent et ont une vocation mondiale, moins dans les autres.



Tout un programme. Vous avez d’autres pistes?

Investir dans quatre nouvelles lignes de TGV (c’est un point acquis), sur les nanotechnologies, sur les biotechnologies, domaine où nous ne sommes guère en avance. Christine Lagarde a aussi parlé de la poursuite du programme Ariane, même si les Allemands n’y sont guère disposés. On peut imaginer aussi de renforcer la plate-forme maritime du Havre, ce qui a déjà commencé, et enfin reprendre des parts de marché sur les ports du Nord. Je pense aussi à l’agroalimentaire, une de nos filières d’excellence, aux projets du Grand Paris (notamment Eole), ou à tout ce qui a trait à l’isolation des bâtiments.

La crise est-elle comparable à celle de 1929, comme on l’a dit, ou la réponse des gouvernements a-t-elle atténué ses effets ?

On a tiré les leçons de la crise de 1929 et appris ce qu’il fallait faire ou non. Ben Bernanke, le président de la Fed, a fait sa thèse sur la grande dépression. Les gouvernements ont réagi vite, avec une certaine coordination –au moins en matière financière. Ensuite, nous nous sommes mis d’accord pour faire de la relance. Avec, c’est vrai, un manque de coordination lié aussi aux structures administratives de chaque pays.

C’est-à-dire?

Les défauts de la France se transforment parfois en atouts! C’est ce qui s’est produit avec notre vieux système centralisé. En réunissant les 22 préfets de région, le gouvernement prend une décision, aussitôt relayée sur le terrain. Sous l’autorité des préfets, les efforts conjoints des trésoriers payeurs généraux (TPG), des Urssaf, d’Oséo et du médiateur du crédit ont permis d’agir vite et d’éviter à certaines entreprises de plonger. Dans un pays fédéral, ce n’est pas la même musique. En période normale, notre administration est un peu lourde, mais en période de crise, elle fait merveille. Elle est même bâtie pour les crises !

Dans le cadre du plan de relance, quelle a été l’attitude des élus socialistes, nombreux en région ?

Ils ont été irréprochables.

L’industrie sortira-t-elle affaiblie de la crise ?

Tout ce qui est faible, hélas, disparaît. Bien des sous-traitants ne résisteront pas. La crise accélère les mutations technologiques, mais à quel prix ! Prenez l’automobile: en Europe, elle est en surcapacité, et l’on a sans doute un constructeur de trop. Ce secteur doit se remettre en cause, ce qui sort des usines ne correspond pas aux désirs des consommateurs, qui veulent des produits plus simples, moins chers à réparer. Le modèle du futur n’a pas encore été inventé. Le client pourrait acheter une petite voiture électrique pour la ville et louer un véhicule classique thermique pour les grandes distances. La crise de l’automobile n’est pas conjoncturelle, elle est conceptuelle.

Parce qu’il a prêté 6 milliards d’euros à PSA et Renault, l’Etat devrait leur dicter leur comportement ?

Quand on prête autant d’argent, on peut au moins donner son avis. Je crois à l’Etat stratège, pas à l’Etat interventionniste. Cela veut dire s’interroger sur les filières industrielles qu’il faut dynamiser.

C’est donc à l’Etat de conduire les choix industriels ?

Dans une certaine mesure. Prenons l’internet haut débit: il y a une nécessité de couvrir l’ensemble du territoire avec un réseau de fibre. Le marché ne peut pas répondre. Les opérateurs se battent sur les zones les plus rentables (Neuilly, leXVIe arrondissement de Paris…), mais délaissent les zones isolées! Des territoires sont abandonnés, à l’heure où le haut débit devient une condition du développement. L’Etat doit jouer son rôle. Il doit marier équité et compétitivité. Idem pour la TV haute définition.

Selon vous, à quand la sortie de crise ?

La remontée sera progressive et lente avec la récession de3%cette année. Mais on repassera au-dessus de zéro l’an prochain.

Propos recueillis Par Laurent Guez, Catherine Moal et Pierre-Olivier Rouaud

 


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1 réaction

SORTONS du NUCLEAIRE | 21/07/2009 - 16H55

Areva (en Finlande, chantier commencé fin 2005 : 38 mois de retard, 3 milliards de surcoûts) et EDF (à Flamnville, chantier commencé fin 2007: déjà 1 an de retard, 1 milliard de surcoût... pour le moment) n'arrivent pas à construire leurs EPR respectifs. Il est donc absurde de parler d'un second EPR (annoncé à Penly) et encore moins d'un troisième. Le nucléaire français se ridiculise et va laisser une facture immense aux contribuables...

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article extrait de L'Usine Nouvelle

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