Pascal Husting, nouveau numéro 2 de Greenpeace International
Par Camille Chandès - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3246
A 50 ans, Pascal Husting devient directeur des programmes de Greenpeace International, entité qui coordonne les activités de l’organisation écologiste dans le monde. Il devient ainsi le bras droit du Sud -Africain Kumi Naidoo, le directeur général de l’ONG. Une promotion pour ce Luxembourgeois que l'on peut présenter comme le meilleur ennemi des industriels.
Janvier dernier, dans l'ambiance feutrée du très select Automobile club de France, Pascal Husting fait face à un aréopage de dirigeants du CAC 40. ArcelorMittal, Lafarge, Saint-Gobain, Total... ils sont tous là. Le directeur général de Greenpeace France, invité comme orateur au dîner annuel de l'association Entreprises pour la protection de l'environnement, rappelle à ces grands patrons leurs responsabilités, au-delà du simple intérêt de leurs actionnaires.
"Christophe de Margerie s'est jeté sur le micro. Il a commencé à m'attaquer en disant que, derrière mon discours conciliant, Greenpeace était une organisation sans aucun respect pour son adversaire", s'amuse le Luxembourgeois. Des sorties comme celle du patron de Total, il y est habitué : les entreprises, il les pratique depuis plus de quinze ans.
"Pascal Husting a travaillé pendant des années dans la finance, il n'est pas étranger au monde des affaires", rappelle Luis de Lozada, le directeur juridique de la société de gestion PhiTrust, avec laquelle Greenpeace a déposé, lors de la dernière assemblée générale de Total, une résolution sur les risques liés à l'exploitation des sables bitumineux.
Après avoir été professeur de sport dans un centre fermé pour adolescents délinquants, le jeune Pascal change radicalement de cap, bien décidé à gagner de l'argent. À 30 ans, il devient auditeur au cabinet d'expertise comptable Grant Thornton. Cette expérience, qu'il considère comme "une parenthèse de cinq ans dans un parcours", ses détracteurs écologistes ne manquent jamais de la rappeler.
"J'ai gagné beaucoup d'argent et j'ai roulé en grosse cylindrée allemande. Mais j'étais déjà parfaitement conscient de participer à quelque chose de très éloigné de l'idée que je me faisais de mon engagement professionnel."
Tractations et actions choc
Son épanouissement, il va le trouver chez Greenpeace. "Je me lève de très bonne humeur le matin, je me sens tellement libre", reconnaît-il. Alors qu'il était venu prêter main-forte à une amie d'enfance, administratrice de Greenpeace Luxembourg, afin de s'occuper des finances, Pascal Husting se prend au jeu. C'était en 1995.
Son ambition et ses compétences en gestion font le reste dans son ascension. Nommé directeur exécutif de Greenpeace Luxembourg en 1997, il arrive à la tête de Greenpeace France en 2005. Il s'attaque à un bureau dévoré par les luttes de pouvoir et au bord de l'implosion.
Suppression du télétravail, création d'un service RH, instauration de grilles salariales et d'entretiens annuels d'évaluation, culture du résultat... la méthode Husting décape. "Il est direct, parfois trop, fiable et déterminé. Il a assumé la responsabilité de décisions impopulaires auprès des équipes, mais il a relancé le bureau français", analyse Yannick Jadot, député européen d'Europe Écologie qui a travaillé à ses côtés. Au point de le hisser parmi les trois bureaux les plus dynamiques de Greenpeace dans le monde.
Cette détermination, les entreprises ne peuvent l'ignorer. Tractations en coulisse, mais aussi blocages de convois de déchets nucléaires ou du chantier de l'EPR à Flamanville, dans la Manche, camping de militants au siège d'EDF après la catastrophe de Fukushima... l'insaisissable Pascal Husting est derrière toutes ces opérations, marque de fabrique de Greenpeace.
L'homme reste une figure à part dans le milieu écolo. À l'aise avec les mondanités, il se fixe des limites. Pas question de monter dans un avion pour un voyage officiel. Indépendance oblige. "Je déplore que certains de mes collègues d'ONG le fassent." Pas question non plus d'enfourcher le cheval d'une certaine écologie de la décroissance.
Son enfance dans le bassin minier luxembourgeois l'a familiarisé avec l'industrie. L'Europe des services, très peu pour lui. "Si nous pouvions passer tous les ans une semaine en Italie dans notre famille, c'était aussi grâce à cette forme de capitalisme. L'écologie bobo qui prône un retour à la nature, ça me dégoûte", décoche-t-il.
Lui préconise plutôt l'action citoyenne pour influencer les décisions politiques. Son regret ? Le manque de liens entre ONG et syndicats. "Ils ne sont pas à l'aise avec nous. Ils restent persuadés qu'il y a quelque chose d'antinomique entre préserver la planète et les emplois. Je suis presque prêt à dire que la CGT, en défendant le nucléaire, est une machine à détruire l'emploi." Le franc-parler décidément...
Sportif Passionné de sport, Pascal Husting tente au cours des années 80 de percer dans l'athlétisme, sans véritable succès. Ferrariste Amateur de Formule 1, il a un faible pour Ferrari. Une passion commune avec Serge Orru, DG de WWF France. Efficace À la tête de Greenpeace Luxembourg, il fait passer le nombre d'adhérents de quelques milliers à plus de 10 000 entre 1997 et 2005. Facétieux auditeur financier, il plaçait sur la table de réunion des articles dérangeants pour les clients de son propre cabinet.

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