Pas de reprise en vue pour l’économie française
Le 12 mars 2010
Consommation, investissements des entreprises, export… Tous les moteurs de l’économie restent en panne. Résultat : aucun redémarrage en vue pour l’économie française en 2010, selon Euler-Hermes
Le constat est presque désespérant. Pour l’assureur-crédit Euler Hermes, l’économie française aura du mal à redémarrer en 2010. Au lieu de cela, elle devrait traverser une « longue période de convalescence », avec une hausse de 1 % du PIB seulement sur l’année. « La croissance est presque totalement expliquée par la progression des stocks, preuve que la reprise est purement technique », juge Karine Berger, la chef économiste d’Euler Hermes.
Dans l’immédiat, l’assureur-crédit ne voit aucun signe d’amélioration de l’activité. Un indicateur avancé l’inquiète en particulier. Les demandes déposées par les entreprises pour couvrir leurs encours fournisseurs ont continué à baisser ces dernières semaines, après avoir chuté de 21 % sur un an. Preuve que les échanges interentreprises restent au point mort. L’assureur-crédit n’observe pas non plus de redémarrage de l’activité dans le secteur de l’intérim.
De fait, tous les moteurs traditionnels de la croissance sont au point mort. La consommation des ménages devrait rester fragile et ne progresser que de 0,8 %, une hausse comparable à celle de 2009, selon le scénario de l’assureur-crédit. La faible hausse du pouvoir d’achat attendue en 2010 (0,8 % après 2,1 % en 2009) va modérer les dépenses des Français, déjà déprimés par la hausse du chômage.
Du côté des entreprises, la faible utilisation des capacités de production ne plaide pas en faveur d’un rebond de l’investissement productif même si les taux d’intérêt restent toujours bas. Enfin, la faible présence à l’exportation des entreprises française, qui a joué un rôle d’amortisseur pendant la crise, devrait à l’inverse les tenir à l’écart de la reprise nette du commerce mondial.
Conséquence : dans l’industrie, la production de biens d’équipement devrait continuer à reculer (de près de 1%). Seule une partie des biens intermédiaires, principalement la chimie minérale et la métallurgie, devrait profiter de la reprise technique. Pour les autres, le redémarrage ne devrait pas avoir lieu avant 2011. Pour les PME, il faudra tenir jusque là.
Solène Davesne
La fin des mesures de soutiens à la trésorerie des PME risque d’entraîner une recrudescence des défaillances en 2010, selon Euler Hermes, qui table sur une hausse entre 0 et 5 %. En 2009, les délais de paiement accordés par les administrations fiscales et sociales auraient permis de sauver « au minimum » de 6 000 entreprises. « A la fin de l’année 2009, nous avons été étonné de voir une forte baisse des défaillances », remarque Karine Berger. Ces mesures de soutien auraient représenté 30 milliards d’euros d’aide pour les entreprises selon ses estimations alors que le gouvernement les a chiffrés à 15 milliards d’euros. En 2010, « beaucoup d’entreprises qui ont réussi à survivre en 2009 risquent de se retrouver en difficulté », juge l’assureur-crédit. Des consignes de clémence auraient été données aux trésoriers payeurs généraux et aux Urssaf jusqu’en juin. Le pilotage de la fin du plan de relance s’annonce délicate.

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