Pas de croissance sans une vraie solidarité financière avec l’Espagne et l’Italie

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Sommet européen
© P.Segrette - La présidence de la République

François Hollande et de nombreux pays européens voulaient acter dès jeudi soir  des mesures en faveur de la croissance, mais les deux pays qui ont le feu à leur porte ont exigé des assurances sur un soutien de la zone euro, avant de passer à la suite du programme.

Longue nuit à Bruxelles. Vers 2 heures du matin, après une brève interruption lors de laquelle  François Hollande est venu s’expliquer devant la presse, le sommet se poursuivait encore. Le nouveau président français avait décidé de faire souffler sur son premier Conseil  Européen le grand vent de la croissance et de l’espérance.

Il espérait faire rapidement adopter un pacte de mesures d’investissement de 120 milliards pour venir  compléter une vision de son prédécesseur selon lui trop exclusivement axée sur la  discipline budgétaire prise.  L’idée était de garder pour la fin du sommet, ce vendredi 29,  les sujets plus lourds comme l’approfondissement de l’intégration économique et le problème espagnol et italien (La question de la Grèce semble être passé au passage par pertes et profits).

Le président français avait présenté tout comme le président du Conseil M. Van Rompuy sur cette démarche sur trois horizons temporels.  "Ce dont l’Europe a besoin c’est une action sur la stabilité financière, une mise en mouvement vers la croissance et une vision à long terme." Sous-entendu sur son organisation politique. Les  premières discussions  ont porté sur les mesures du pacte de  croissance et les contours du budget pluriannuel de la commission également tourné vers cet objectif. Mais les marchés ont enrayés la belle chorégraphie.

Spéculation sur les dettes

Car l’Espagne et l’Italie sont arrivées au Conseil, très sombres, avec un  regain de la spéculation sur leur dettes souveraines pour les deux pays auxquels se rajoutent une faille du système bancaire pour l’Espagne.  Alors que  les mesures sur la croissance paraissaient les plus consensuelles, il n’a pas été possible de réunir les 27 pays dès ce soir sur le sujet. C’est l’Espagne et l’Italie qui les ont bloquées arguant qu’elles avaient besoin d’assurance immédiate sur un soutien financier avant de passer au reste. 

En fait, en commençant par les mesures de moyen  terme alors que deux grands pays européens voient le feu à leur porte, il y avait sans doute une erreur tactique. François Hollande a tenté d’accréditer l’idée d’une péripétie et s’est montrer compréhensif avec ces deux alliés : "l’Espagne et l’Italie, sous pression, veulent une cohérence. Je leur ai dit le pacte de croissance nous devons le faire à 27 mais la stabilisation financière c’est le problème des 17 de la zone euro."

Il a reconnu  aussi que "ce serait une erreur de penser que deux pays ont des problèmes et les autres n’en n’ont pas, nous sommes tous concernés." Face au blocage, il a été décidé d’avancer la réunion de l’euro groupe qui ne devait avoir lieu que demain midi pour voir comment répondre aux exigences de l’Espagne et de l’Italie. Leurs demandes  sont relativement identifiées : l’Espagne veut que le MES (mécanisme européen de stabilité) recapitalise directement ses banques sans que cela passe par l’Etat, pour ne pas dégrader encore sa signature, ce qui n’est pas exactement prévu à l’heure actuelle.

Le cabinet Roland Berger a estimé les besoins de recapitalisation des banques italiennes à 62 milliards d’euros. L’Italie de Mario Monti cherche un dispositif qui consentirait des taux plus bas à des pays vertueux qui ont déjà engagé un certain nombre de réforme. Sur ces deux points, il faudra rallier l’Allemagne.  Et commencer par rassurer les marchés. Même avec des mesures de croissance, on ne coupe pas à ces deux principes de réalité.

Anne-Sophie Bellaiche, A Bruxelles

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