Panne de crédit
Par LAURENT GUEZ, Directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3260Si Moody's ou Standard and Poor's se mettaient à noter les dirigeants de la planète, leurs paroles seraient sévèrement dégradées.
Les dirigeants du monde sont-ils à la hauteur des événements ? C'est l'une des questions que pose, depuis 2008, la crise financière. Tout se passe comme s'ils n'avaient pas compris les causes profondes du dérèglement. Une économie trop financiarisée ? Un endettement excessif des États ? Un déséquilibre des échanges au profit de la Chine ? Ou plutôt l'incapacité des pays matures à produire assez de richesse pour soutenir leur niveau de vie ? Pas facile de guérir quand on ne sait pas ce que l'on a. Alors, nos dirigeants cherchent des boucs émissaires : les traders, les agences de notation, l'Europe des Vingt-Sept, la Chine, le yuan, l'euro...
Incapables d'établir le bon diagnostic, les maîtres du monde semblent gesticuler. Pas toujours visionnaires, ils parlent trop vite. Leur crédibilité s'effrite. Avant le sommet de Bruxelles, Barack Obama diabolisait la zone euro, dangereuse pour le monde entier, car incapable de remettre ses banques en ordre de marche. Quel aplomb, alors que ses propres atermoiements du mois d'août ont coûté à son pays le fameux triple A !
De ce côté de l'Atlantique, ce n'est guère mieux. Et ce n'est pas l'accord obtenu le 26 octobre qui changera la donne. Le gouvernement grec n'a plus de crédit, à tous points de vue. En Italie, Silvio Berlusconi est démonétisé. La chancelière allemande, contestée, paraît moins solide que jamais. En France, on navigue à vue. Souvenez-vous, lorsque Dominique Strauss-Kahn avait invité les débiteurs de la Grèce à « prendre leurs pertes », il avait déclenché un tollé. François Fillon avait jugé la proposition « irresponsable ». Quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy se félicitait que l'Europe efface 50 % de la dette grecque détenue par des créanciers privés. Si Moody's ou Standard and Poor's se mettaient à noter les dirigeants de la planète, leurs paroles seraient sévèrement dégradées.
Ancien numéro deux du Medef, aujourd'hui président de la Scor, Denis Kessler n'a pas tort quand il se désespère des solutions proposées. Intervenant lors des Assises de l'industrie organisées par « L'Usine Nouvelle », le 19 octobre, il ironisait sur le plan de rigueur français, dans sa première mouture. Si le PDG d'une entreprise en difficulté présentait un tel plan, disait-il, il se ferait éjecter par son conseil d'administration.











