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Oxygénez votre innovation

Par AURÉLIE BARBAUX - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3250
Dans les consortiums, entreprises et laboratoires mettent en commun leur brevet autour d'une problématique partagée, à l'image d'Alcatel-Lucent Bell labs.
Dans les consortiums, entreprises et laboratoires mettent en commun leur brevet autour d'une problématique partagée, à l'image d'Alcatel-Lucent Bell labs.
© D.R.

Innover seul n'est plus possible. Trouver des partenaires extérieurs est devenu indispensable. Voici cinq leçons d'open innovation.

Avec la mondialisation des échanges et la réduction des délais de mise sur le marché de produits et de services, il n'est plus possible d'innover seul. Le processus de création doit être revu pour accélérer la perception des tendances, la veille technologique, la résolution de problèmes et se fonder sur le partage et la collaboration. C'est le concept d'open innovation, ou innovation ouverte, mis en pratique par le précurseur Procter et Gamble depuis 2005. En France, les grandes entreprises se l'approprient depuis deux ou trois ans. Selon une enquête du cabinet de conseil Bluenove menée début 2011, elles étaient 90 % à penser que l'open innovation était un moyen d'innover plus rapidement. Ce qui ne veut pas dire qu'elle en maîtrise les arcanes. Leçons tirées des premiers retours d'expériences.

1 - CHOISIR SES COMBATS

Mieux vaut s'en convaincre au préalable, opter pour une stratégie d'innovation ouverte entraîne une modification en profondeur du fonctionnement de l'entreprise. La démarche ne doit pas être cantonnée à la direction R et D ou innovation - quand elle existe - mais il ne s'agit pas pour autant de faire la révolution. « Aucune entreprise ne part vraiment de zéro en la matière. Avant de se lancer, il faut faire l'inventaire des initiatives d'ouverture existantes », rappelle Martin Duval, le PDG de Bluenove. Ensuite, il faut définir un périmètre. Certaines entreprises, dont les cycles de développement sont très courts (six à dix-huit mois), à l'instar du secteur de la high-tech, auront intérêt à généraliser la démarche à l'ensemble de l'entreprise. Pour le reste de l'industrie, « mieux vaut y aller progressivement », tempère Raphaël Bassert de Capgemini Consulting. Dans le transport, l'ouverture pourra ainsi commencer par de nouveaux marchés à conquérir, comme les services pour les constructeurs aéronautiques.

2 - SORTIR LA VEILLE DE LA R & D

Une fois les combats choisis, il faut organiser la veille, la récupération des idées, des tendances... « Surtout ne confiez pas cette veille à la R et D, mais plutôt à une structure spécifique, expliqe Pascal Thomas, directeur de l'innovation de Pagesjaunes Groupe. Le temps de la R et D est trop long pour l'open innovation. » Pour dénicher les start-up intéressantes pour l'évolution de l'entreprise, on pourra créer une structure vouée à leur accompagnement, à l'image de Microsoft avec le programme BizzTalk. Ou organiser un concours via une structure originale, comme l'équipe Nova External Venturing, le département de Saint-Gobain chargé d'établir des partenariats stratégiques. La constitution d'un fonds d'investissement indépendant est un autre levier d'action. Et pour la prise de contact, le recours à un intermédiaire extérieur n'est pas sans avantages. Comme l'observe Martin Duval, « sollicitées par une agence indépendante, les start-up sont plus confiantes et craignent moins d'être piégées par un grand compte, qui pourrait faire traîner un contrat ». Ou voler leur technologie.

3 - DÉMINER LES PROBLÈMES DES DROITS

Les questions de propriété intellectuelle représentent l'un des premiers freins à l'innovation ouverte. Pour éviter les problèmes, SFR ne travaille avec une start-up que si elle est soutenue par un membre du comité exécutif. Et le fonds Ecomobilité Partenaires de la SNCF n'investit dans une entreprise que si elle a un parrain en interne. La création de consortiums est en vogue. Les entreprises et les laboratoires y mettent en commun leur brevet autour d'une problématique partagée, pour aller plus vite. « Ce n'est pas un supermarché, explique Jean-Luc Beylat, le directeur d'Alcatel-Lucent Bell labs France, impliqué dans le consortium GreenConnect. Chaque partenaire paie une participation et peut ensuite négocier librement l'utilisation de la propriété intellectuelle partagée. »

4 - PARTAGER SANS COMPTER

L'autre grand frein à l'innovation ouverte est le syndrome dit du « Not invented here », qui incite à rejeter ce qui vient de l'extérieur. « Ce n'est pas qu'un problème d'ego. C'est la survie d'une équipe qui semble parfois en jeu », rappelle Jean-Luc Beylat. Il est donc indispensable de communiquer sans relâche en interne pour expliquer la logique de ce mode de fonctionnement et ses bénéfices. Bien sûr, c'est le dirigeant qui doit porter la stratégie. Il faut également apporter du concret. « Au lieu d'aller voir la direction de la communication à chaque succès, le mieux est d'organiser un rendez-vous régulier, tous les trimestres par exemple, pour raconter les belles histoires des partenariats réussis », conseille Martin Duval.

5 - MESURER LA TENDANCE

Près de 56 % des entreprises ne prévoient de récolter les fruits d'une stratégie d'innovation ouverte qu'après plusieurs années. Trois à cinq ans, avancent de leur côté les consultants de Capgemini Consulting. Les indicateurs classiques tels que l'investissement en R et D et le taux de nouveaux produits dans le chiffre d'affaires ne suffisent pas. « La vraie mesure de l'efficacité d'une telle politique n'arrivera qu'en fin de cycle, reconnaît Jean-Luc Beylat. Mais on peut quand même mesurer la pente, en tenant compte de l'évolution de multiples indicateurs, comme le nombre de partenariats, de projets lancés et l'occupation des incubateurs internes. »

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