En 1998, les Français entraient dans l'ère des 35 heures et des RTT. La "majorité de gauche" défendait alors l’idée que le travail se partage, permettant ainsi de résorber le chômage tout en améliorant les conditions de travail. Après quatorze ans de polémiques qu’en est-il ? Tribune sur le sujet signée Olivier Duha, Président de CroissancePlus.
Le chômage n’a pas diminué : il concerne toujours quasiment 10% de la population. Les conditions de travail ne sont pas meilleures : le trop plein de stress au travail fait toujours la une des medias. L’objectif politique n’est donc pas atteint. Mais surtout, cette réforme a eu des effets dévastateurs sur notre économie. Mécaniquement, la réduction du temps travaillé a déclenché une augmentation vertigineusement du coût du travail, diminuant ainsi la capacité de nos usines à produire en France et à vendre à l’international. La course à la nécessaire productivité pour amoindrir les effets du "travailler moins" sur le coût horaire de production a même dégradé le quotidien de nos concitoyens. Les salariés doivent faire autant avec moins. Enfin, nous constatons, en tant que chefs d’entreprise, que le goût du travail s’amenuise.
Est-il possible après 14 ans "d’expérimentation", d’admettre une erreur de raisonnement ? Peut-on continuer à dresser un diagnostic calamiteux de l’état de la France sans en tirer les conséquences ? Il n’est jamais trop tard pour corriger les erreurs, pour s’alléger des chaînes qui entravent la croissance française et la création d’emplois ou pour écouter ceux qui ont un minimum de légitimité à s’exprimer sur ce sujet : les entrepreneurs. Leur expérience n’est ni idéologique, ni théorique : elle est empirique.
Or que disent-ils ? Premièrement, qu'il est faux de croire que les 35 heures n’existent plus depuis les allègements consentis sur les heures supplémentaires. Le référentiel reste 35h, les heures supplémentaires restent marginales et ne sont pas de nature à faire baisser le coût horaire du travail
Deuxièmement, qu’il est faux de penser que les 35 heures représentent un progrès social. Elles ont entrainé la création des fameuses RTT, soit entre 2,5 et 5 semaines de congés en plus par an. Ainsi, quand le responsable export d’une PME française pose 9 semaines de congés par an, son homologue et concurrent allemand n’en a que 4. Il ne faut pas s’étonner du dynamisme des entreprises allemandes et de leurs succès commerciaux. Or, lorsqu'un pays contrarie son potentiel d'accumulation de richesse, il handicape inéluctablement sa dynamique de progrès social
Le débat récent sur le coût horaire du travail trouve une large partie de sa réponse dans la quantité de travail. Il est donc urgent de rouvrir ce dossier en ayant à l’esprit trois objectifs: redonner du pouvoir d’achat au salarié, restaurer notre compétitivité au plan international et retrouver de la croissance pour nos usines et nos industries de services. Les entrepreneurs savent qu’une entreprise où les équipes travaillent plus fera plus de croissance, se développera, et donc embauchera.
Reste l’ardente question de la rémunération. L'augmentation de la durée légale du travail à 39 heures représenterait "une augmentation de salaires de 11,5%" dont le financement pourrait être réparti en trois 1/3, à savoir : l’Etat par un mécanisme de TVA emploi (baisse du coût du travail compensée par une hausse de la TVA et/ou CSG), l’entreprise par une augmentation des salaires pour un autre tiers, et les salariés.
Cette démarche permettrait à la fois d’augmenter immédiatement le pouvoir d’achat des salariés, mais aussi d'améliorer la compétitivité de nos entreprises. L’effort demandé aux entreprises relève de l’investissement et celui demandé aux salariés nous semble être justifié au regard des emplois sauvés mais aussi créés.
Les entrepreneurs de CroissancePlus ont le sentiment que le déclassement qui gagne parfois les salariés d’une "France immergente" trouve ses racines dans le fait que ces derniers ne travaillent pas assez. Leur force de production est l’un des moteurs puissants de la croissance et celle-ci est indispensable pour maintenir et créer des emplois dans notre pays. Que les pouvoirs publics entretiennent l’illusion depuis 14 ans que travailler moins est compatible avec un meilleur pouvoir d’achat, un confort social bonifié et une sécurité de l’emploi garantie est une négation de la réalité dont tous nos concitoyens subissent les conséquences. Il est impératif pour notre compétitivité de revenir aux 39 heures.
La croissance est une volonté. Notre qualité de vie est une conquête. Notre réussite est un état d’esprit. Soyons combatifs.









