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Où sont les emplois verts ?

Le 28 janvier 2010 par Agathe Remoué | L'Usine Nouvelle n° 3177

Le gouvernement a annoncé le 28 janvier un plan de mobilisation pour soutenir les emplois verts. Un coup de pouce urgent car, pour l'heure, les entreprises ont du mal à trouver les bons profils.

Valérie Létard est formelle. Les 600 000 emplois verts promis par le Grenelle de l'environnement sont une hypothèse basse. La secrétaire d'Etat auprès du ministère de l'Ecologie ne craint pas de renchérir sur un chiffre déjà sujet à caution. En effet, en juin 2009, le Boston Consulting Group avait évalué à 600 000 emplois l'impact des 450 milliards d'investissements promis par le Grenelle à l'horizon 2020. Mais depuis, la crise s'est accentuée et la réalité du terrain a rattrapé les espérances folles placées dans cette « croissance verte ». Certes, le secteur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique a été porteur d'espoir l'an dernier, avec une création nette de 145 000 postes, selon l'Ademe. En décembre 2009, l'organisme public évaluait la croissance de l'emploi dans les éco-activités à 3 % par rapport à 2008 alors que la moyenne des autres industries était proche de 0,9 %. Mais, contre-exemple, le bâtiment, pourtant largement mis en avant comme source d'embauches nouvelles a vécu une année terrible. La Fédération française du bâtiment signalait même la perte de 36 600 emplois au premier semestre 2009. Dans cette profusion de chiffres, difficile d'évaluer la réalité des emplois créés.

SOUTENIR LES FILIÈRES TRADITIONNELLES

Définir le périmètre des emplois verts est complexe. La CFDT et la CGT ont demandé au cabinet Syndex d'explorer l'autre côté de la médaille verte : la destruction d'emplois dans les filières traditionnelles générée par le durcissement des contraintes environnementales. Dans le secteur automobile, par exemple, la montée en puissance des moteurs hybrides entraînerait la perte en France de 4 000 à 8 000 spécialistes du moteur thermique à l'horizon 2020. La réglementation plus drastique dans la sidérurgie détruirait pour la filière fonte entre 3 000 et 6 000 emplois... « Résultat, le solde net de créations d'emplois pour 2020 serait plus proche des 60 000 que des 600 000 annoncés en fanfare », regrette Jean-Pierre Bompard, le délégué à l'environnement pour la CFDT.

Autre question : combien de ces emplois promis sont-ils « verts » ? Peut-on parler de métier vert pour la pose des rails de tramway par exemple ? Un poste pourtant comptabilisé dans le Grenelle. Il s'agit plutôt là de soutien à l'emploi dans les filières traditionnelles par le développement de marchés liés aux politiques du Grenelle. Par ailleurs, ces activités tirées par de nouvelles normes ou de nouveaux marchés créent-elles de nouveaux métiers ? Pas vraiment. « Le coeur de métier ne change pas mais la complexité des objectifs augmente. Un conducteur de ligne en chimie, par exemple, doit désormais savoir gérer les déchets que son travail génère... », indique Gérard Pignault, le directeur de l'Ecole supérieure de chimie physique électronique de Lyon. Ce serait davantage une mutation profonde de l'ensemble des métiers qui se dessine.

DES MESURES ASSEZ MODESTES FACE À L'ENJEU

« Depuis dix ans, les cadres doivent être bilingues en anglais pour être embauchés. Dans deux ou trois ans, c'est le développement durable qu'ils devront savoir manier couramment ! », lance Nicolas Vermersch, le directeur France du cabinet de recrutement Michael Page.

Pour mieux identifier ces postes, leur évolution et les moyens à mettre en place pour les pourvoir, l'été dernier, Valérie Létard s'est vu confier la mission d'une sorte de « Grenelle de l'emploi vert ». Dix filières prometteuses ont été identifiées et scrutées à la loupe par des comités composés d'experts, de syndicats professionnels, de formateurs... : transport, bâtiment, eau, assainissement, électricité, énergies renouvelables... Le 28 janvier, lors d'une conférence nationale de mobilisation des filières et des territoires, ces comités ont rendu leur verdict et proposé quelques plans d'actions : incitation à la formation continue, création de bacs pros...

Les mesures annoncées sont finalement assez modestes face à l'enjeu. Car il s'agit rien moins que d'imaginer l'avenir du paysage industriel français. De préparer et favoriser la reconversion des entreprises et celle des salariés. Le travail réalisé par le comité de pilotage mis en place par le ministère a le mérite, en revanche, d'établir une photographie assez précise des métiers et des besoins. « J'ai été agréablement surpris par ses conclusions : la filière électrotechnique (gestion technique du bâtiment, des réseaux électriques, de l'éclairage...) va recruter 225 000 personnes d'ici à cinq ans », constate Jean-Luc Thomas. Développement durable ou pas. Ce titulaire de la chaire électrotechnique du Cnam est chargé de présider le comité de la filière électromécanique. L'automobile, en revanche, sera peu pourvoyeur d'emplois.

Il s'agit aussi de donner de la visibilité à des filières peu attractives comme l'électricité ou la chimie. « Si les jeunes comprenaient la dimension développement durable de ces métiers, peut-être auraient-ils davantage envie de venir », commente Jean-Luc Thomas.

Pour lancer des actions mieux coordonnées, le ministère lance des appels d'offres régionaux. L'objectif est de créer onze plans d'engagements entre les régions, l'Etat et les branches professionnelles pour lancer des expérimentations à l'échelle des territoires. A l'image de l'Alsace, par exemple, qui vient de former avec l'Ordre des architectes 350 d'entre eux à l'efficacité énergétique.

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