Orange, pour l'exemple
Par Thierry Del Jésus - Publié leQui se rappelle encore chez Orange, que le groupe doit son nom à l’excentricité du fondateur de l’opérateur de téléphonie mobile britannique, Hans Snook ? Ce marketeur génial, qui a vendu sa société à France Télécom en 2000, avait trouvé son inspiration dans les valeurs du Feng Shui, un art millénaire chinois dont l’orange est l’une des deux couleurs symboles, le bien être et la prospérité de chacun l’objectif ultime. Après avoir fait fortune en Asie, Hans Snook avait ainsi aménagé ses locaux londoniens selon les règles du Feng Shui afin d’harmoniser l’énergie des lieux.
Neuf plus tard, digéré par France Telecom, Orange offre plus d’amertume que de bien être. Les 23 suicides enregistrés dans l’entreprise depuis février 2008 rappellent que le capital humain est une matière fragile. Depuis 1995, l’ex-monopole public a du encaisser une privatisation, l’ouverture de son marché à la concurrence, la conquête internationale qui l’a conduit à la quasi faillite, une mutation profonde de ses activités…et de ses salariés. Ces derniers – encore fonctionnaires à près de 60 % - ont du apprendre le langage commercial, se frotter au client alors que jusque-là l’abonné des PTT était leur obligé.
Techniciens et rois du réseau de télécommunication fixe, ils ont plongé dans la téléphonie mobile et l’internet. Fonctionnaires, ils sont devenus actionnaires de leur entreprise –devenu l’une des stars du CAC 40 - notés au résultat et « challengés » par une nouvelle génération de recrues. Excitant pour les dirigeants, passionnant pour les observateurs…épuisant pour les salariés. D’autant qu’il n’est pas rare d’en trouver, parmi eux, qui ont changé deux, voire trois fois de métiers. La plupart ont été orienté vers des fonctions commerciales (vente, centre d’appel…) alors qu’ils étaient en atelier ou sur les « lignes ». Depuis plusieurs années déjà, les syndicats ont alerté sur les dangers d’une si rapide transformation et de ses conséquences sur le niveau de stress dans l’entreprise. Aujourd’hui l’Etat s’en mêle. Après tout, quoi de plus normal s’agissant de l’actionnaire de référence.
Mais le cas d’Orange doit aussi lui servir d’exemple pour les autres entreprises dont il encore la charge, comme EDF ou la SNCF. Toutes deux, à l’image de France Télécom, sont sur des marchés fraichement dérégulés. Toutes deux connaissent déjà des mutations importantes. Toutes deux vont devoir aussi accompagner leurs salariés vers des changements profonds.
Allo, Hans Snook ?
Thierry Del Jésus
Rédacteur en chef adjoint de "L'Usine Nouvelle"

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