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Déclarations tonitruantes, rapport au Président, proposition de loi parlementaire... C'est l'effervescence sur le made in France. Mais derrière le consensus de bon aloi, les industriels sont divisés et les politiques n'ont pas la main. Une fausse bonne idée ?
Normalement, c’est interdit, car cela brise l’amitié. Mais le 6 mai, Yves Jégo, le député de Seine-et-Marne, est venu à l’Elysée offrir au Président deux couteaux. Des laguioles. L’un venait du Bangladesh, au prix de 4,50 euros, l’autre d’Aveyron, pour 100 euros. Il illustrait par ce présent le drame de « La mondialisation anonyme », titre du volumineux rapport sur le made in France qu’il a remis au Président.
La démonstration a dû irriter la fibre économique très patriotique de Nicolas Sarkozy. Ce dernier vivait déjà le sauvetage d’Alstom contre la Commission européenne en 2004 comme son « pont d’Arcole ». Mais aujourd’hui, il ne lui suffit plus de sauver les entreprises françaises. Il entend s’assurer qu’elles jouent bien leur rôle, en fabriquant sur le territoire national, afin de maintenir des emplois en France. La crise a renforcé sa conviction. « Les grandes entreprises qui n’avaient plus de nationalité ont tout de suite trouvé à quel Etat s’adresser pour être secourues », lance-t-il le 12 novembre 2009, dans le Vercors. A elles de comprendre en retour ce qu’elles doivent à leur pays. Voilà pour la philosophie. Le chef de l’Etat n’entend pas s’arrêter là. Il veut mettre en place un système permettant d’évaluer et de valider l’origine des produits tout en le rendant lisible aux consommateurs, ses alliés dans cette affaire.
Ça ressemble à du made in France, ça a la couleur du made in
France... mais ce n’est pas du made in France. Champignons de
Paris, couteaux Laguiole, savon de Marseille, melons charentais...
On jurerait à leur consonance des produits « bien de chez nous ».
Loin s’en faut. Les champignons viennent en général des Pays-Bas,
les fameux couteaux marqués d’une abeille arrivent de Chine, le
savon de Turquie et les melons du Maroc! Les producteurs étrangers
ont trouvé la faille pour profiter de l’image France tout en fabricant
chez eux: lancer des produits en y apposant des appellations
qui n’ont pas été protégées. Les producteurs de Champagne ne
parviennent pas à récupérer leur nom aux Etats-Unis, où le mot
est devenu un terme générique.
Mais les étrangers ne sont pas les seuls à se franciser à bon compte. Les industriels français peuvent
« nationaliser » des produits en se glissant dans les mailles subtiles
du code des douanes. Le premier principe consiste à provoquer
un «changement de position tarifaire» du produit. Exemple:
une assiette de table fabriquée en Chine sur laquelle on appose
en France un dispositif d’accrochage se transforme en article de
décoration, change de position et peut ainsi revendiquer une
origine française. Autre possibilité: jouer sur le pourcentage de
valeur ajoutée. Un tee-shirt fabriqué au Bangladesh pour 1 euro,
sur lequel on appose une broderie de 5 euros faite en France, passe
au-dessus des 45% de valeur ajoutée française et décroche le droit
d’arborer une étiquette made in France. M.D.
Photo: des couteaux Laguiole... chinois
Dans la high-tech, la fabrication en France n'est plus de mise. Et lorsque
la conception reste hexagonale, les entreprises masquent leur origine.
Nombre d’entreprises françaises de la
high-tech évitent de crier sur les toits leur
nationalité française! Elles considèrent
même qu’elle peut leur nuire à l’export,
sans leur procurer, en contrepartie, un avantage sur
le marché national. Parrot (prononcez « parrotte »), le
numéro un des kits mains-libres pour l’automobile,
a peut-être établi son siège social sur les bords du
canal Saint-Martin à Paris, mais son patron Henri
Seydoux a d’emblée choisi un nom anglo-saxon
pour s’imposer à l’international. Chez Archos, qui
développe des produits concurrents d’Apple, tous
les produits portent des noms bien anglais (Internet
Tablet, Home Tablet...). Il accole d’ailleurs à son nom
le slogan « Entertainment your way » et nemontre
pas que ses produits sont conçus par une société
française. Emmanuel Cordonnier, le
président d’Etiam, un fournisseur de
solutions logicielles destinées à traiter
les images médicales, reconnaît
souffrir de l’absence de réputation de
la filière française dans ce domaine.
« Il vaut mieux cacher le fait que
l’on est français. Pour ne pas être
pénalisé à l’export, nous avons
choisi un nom latin. » Sofradir, qui
conçoit et fabrique des systèmes infrarouges
pour le civil et le militaire, réalise 70% de son chiffre
d’affaires à l’export. Ce qui ne l’a pas empêché de
racheter, en 2008, une société américaine. Certes,
pour son savoir-faire, mais aussi pour « avancer
caché » sur le territoire américain... P.D.
Photo:La société Archos
baptise ses produits
en anglais, comme
la PC Tablet


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