Après huit mois de procédure, l'ISO (
International Standard Organisation) vient d'accorder la norme 29500 au format bureautique de Microsoft, Office Open XML (OOXML). Ce dernier permettra bientôt d'enregistrer les documents produits avec la suite Microsoft Office (Excel, Word, etc.) dans un format XML normalisé.
« Les éditeurs de logiciels, grandes entreprises, collectivités, sociétés de services, etc. ont désormais la garantie que Microsoft respecte un standard international » se réjouit Frédéric Bon, président de la commission de normalisation Afnor (commission formats de documents révisables).
En septembre dernier, l'Afnor et de nombreux autres membres de l'ISO avaient voté contre la standardisation d'Open XML. Une des demandes importante de l'AFNOR était de pousser Microsoft et l'ECMA à scinder son format en deux parties. C'est aujourd'hui chose faite. La première partie "OOXML Strict" définit le format de document bureautique. Pour être conforme une application créant un nouveau document doit n'utiliser que OOXML Strict. Tandis que la seconde partie, OOXML Transitionnal décrit le format à respecter pour assurer une compatibilité avec les anciens formats bureautiques propriétaires. Une garantie pour pouvoir utiliser les formats Excel très anciens par exemple. Ce découpage simplifie le travail des éditeurs de logiciels qui souhaitent gérer uniquement les nouveaux documents.
Deux standards ISO
Pour les défenseurs des logiciels libres, cette standardisation est incompréhensible. «
Pourquoi l'ISO a-t-il certifié deux normes pour un même document bureautique ? C'est l'antithèse d'un standard ! Imaginez qu'il existe deux types de prises électriques en France ou deux largeurs pour les rails des trains », remarque Alexandre Zapolsky, patron de l'éditeur open source Linagora.
L'ISO a en effet promu le format ODF 1.0 (Open Document Format) comme standard (ISO 26300) il y a deux ans. Considérant que « personne n'utilise la version 1.0 d'ODF, mais plutôt la version 1.1, l'AFNOR a refusé à ce standard ISO le rang de norme AFNOR, essentiellement pour des raisons techniques » indique Frédéric Bon.
Microsoft se retranche derrière ces problèmes techniques pour ne pas adopter le standard 26300. Il faut dire que l'adoption d'ODF 1.0 aurait aussi favorisé le glissement des entreprises vers la suite bureautique libre et gratuite OpenOffice.org. Or, Office rapporte près de 30% des revenus annuels de Microsoft.
Comme certains pays et grandes entreprises ont commencé à intégrer le standard ISO 26300 (ODF 1.0) dans leurs recommandations technique, Microsoft a utilisé une procédure accélérée (Fast Track) pour standardiser son nouveau format bureautique auprès de l'ISO. Il entend ainsi répondre à la demande d'ouverture des entreprises et administration.
Vers une meilleure interopérabilité
A court terme, les entreprises devront gérer deux formats bureautique incompatibles. «
Cette situation n'est pas idéale » reconnaît Frédéric Bon. «
Mais les entreprises ont enfin la garantie de ne plus être dépendantes d'une suite logiciel. Et tous les efforts sont faits pour rendre les deux formats inter-opérables. C'est une avancée majeure ! » estime-t-il. Il existe déjà des passerelles entre les deux formats. L'une des plus utilisées dans le monde a d'ailleurs été développé par Clever Age, la société fondée par Frédéric Bon.
A long terme, la standardisation d'Open XML devrait favoriser une meilleure interopérabilité avec ODF. C'est d'ailleurs l'une des contraintes imposées par l'ISO à Microsoft. L'interopérabilité devrait se concrétiser par la prise en charge des deux formats directement au sein d'OpenOffice.org.
« Nous avons adopté ODF en réponse à la demande du marché. Nous suivrons la même approche pour OOXML », explique John McCreesh, responsable marketing du projet OpenOffice.org. Microsoft n'a en revanche pas encore annoncé ce qu'il comptait faire.
Dans quelques années, l'harmonisation progressive des deux formats permettra peut être d'aboutir à un troisième et unique standard... En attendant, la commission européenne a ouvert une enquête sur le déroulement du vote. De nombreux pays (France, Norvège, etc.) auraient adopté une position plus favorable à Microsoft juste avant le vote final.
Frédéric Bordage