"On n'avait plus confiance dans les autorités japonaises"
Par Cécile Maillard - Publié le
[TEMOIGNAGE] - Damien Lieber, 19 ans et demi, étudiant en 3e année de l’INSA Lyon, s’est envolé au Japon au lendemain du séisme et du tsunami avec trois autres étudiants. Passionné d’aérospatial, il devait participer à un symposium international sur les nano-satellites la semaine suivante. Il a raconté à l'Usine Nouvelle son court séjour à Tokyo.
Vendredi 11 mars, dans la journée, l’ambassade de France au Japon et le quai d’Orsay nous ont indiqué qu’il n’y avait pas de contre-indications aux déplacements. Nous sommes donc partis le lendemain, samedi.
Dans l’après-midi, en correspondance à Vienne, nous avons appris qu’il y avait eu une explosion de centrale nucléaire. Nous avons appelé le quai d’Orsay, qui a été rassurant, nous indiquant qu’il s’agissait d’une explosion d’hydrogène, et que les autorités japonaises, expertes, indiquaient qu’il n’y avait pas de risque.
En arrivant à Tokyo, nous sommes allés nous signaler à l’ambassade de France, comme le quai d’Orsay nous l’avait conseillé, et nous sommes rendus à l’Université de Tokyo, où était organisée une cérémonie de bienvenue. L’ambiance était tout à fait normale partout dans Tokyo. On demandait aux habitants de restreindre leurs consommations d’électricité, mais il n’y avait pas de coupures. Dans les magasins, les gens faisaient beaucoup de provision de nourriture et d’eau, et quelques rayons étaient vides.
En rentrant à l’hôtel dimanche soir, nous avons appris que l’ambassade de France avait émis un communiqué qui envisageait deux options : ou on arrivait à refroidir le réacteur, ce qui était le plus vraisemblable, ou on allait vers une catastrophe nucléaire. On nous annonçait aussi une réplique du tremblement de terre d’échelle 7 dans les prochaines 48 heures…
Le lendemain, l’un de nous a décidé de rentrer. Nous avons appelé l’ambassade qui nous a assuré que le scénario de catastrophe nucléaire n’était pas d’actualité, et que si nous avions de fortes raisons professionnelles de rester, on le pouvait.
Nous allons donc au symposium et, à 11h30, on nous annonce l’explosion d’un autre réacteur. Là, on commence à ne plus avoir confiance dans les autorités japonaises, qui deux heures avant avaient été rassurantes… Deux heures plus tard, on nous annonce l’annulation du symposium, à cause des coupures d’électricité. On n’avait plus de raisons de rester, le choix était simplifié !
Les commerces fonctionnaient normalement
Une fois de plus, on rappelle l’ambassade, qui nous dit avoir fait une demande d’organisation de rapatriement au quai d’Orsay et attendre la réponse du ministère. L’ambassade, à ce moment-là, conseillait de s’éloigner de Tokyo, vu le risque nucléaire.
En plus, on craignait qu’un nouveau tremblement de terre n’aggrave la situation dans la centrale, et nous avons décidé de rentrer au plus vite. En prenant des billets d’avion sur internet, sans attendre un éventuel rapatriement organisé par l’ambassade. Nous avons eu des places pour le mardi soir, 20h40, et décidé de réserver un taxi, même si le prix était exorbitant, pour l’aéroport.
En effet, les coupures d’électricité rendaient très aléatoires les transports en commun pour Narita, on n’avait pas les horaires de ces coupures, et il y avait 8 heures d’attente devant la gare d’où partaient les trains pour l’aéroport.
Le mardi matin, à 8h30, on a regardé l’allocution télévisée du président de la compagnie d’électricité, et on l’a vu perdu, impuissant, dépassé. Ca a semé la panique ! Ceux, à l’hôtel, qui n’avaient pas encore pris de décision, ont choisi à ce moment-là de rentrer dans leur pays.
Pas de problème pour arriver à l’aéroport, qui est tout de même à 70 km du centre. Là-bas, il y avait du monde, mais tout était calme, les vols n’avaient pas de retard, les commerces fonctionnaient normalement. C’était très étrange…
Le pire moment, c’est quand on s’est retrouvé sans personne à qui faire confiance. Avec la pression de nos familles… Heureusement, le dimanche, avait été créé un groupe Facebook des Français présents au Japon en même temps que nous, dans lequel on échangeait des informations dès qu’on en avait. Ca a été d’un grand secours.
L’ambassade de France a été à notre service, nous a beaucoup aidés, rassurés, mais elle-même n’avait pas toutes les informations, parce que les autorités japonaises faisaient de la rétention d’informations.
Aujourd’hui, je voudrais surtout qu’on n’oublie pas les victimes du tsunami, qui sont sous la neige, sous le nuage radioactif. Il faut donner de l’argent à la Croix rouge japonaise, on peut le faire sur leur site. Les gens ne donnent pas parce qu’ils croient que c’est un pays riche, mais les victimes du tsunami n’ont plus rien…

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