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On déconstruira les épaves des navires dès 2011

Par Olivier Cognasse - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3212

Les scandales des navires poubelles ont accéléré la volonté du gouvernement de développer une filière de déconstruction. On attend dans les prochains jours le nom du site retenu pour implanter la première plate-forme de démantèlement.

L'odyssée de l'ex-porte-avions Clémenceau, à travers l'océan Indien, est restée dans toutes les mémoires. La coque Q 790 a fini ses jours à Hartlepool, au Royaume-Uni, pour être déconstruite par Able UK. L'ex-porte-hélicoptères Jeanne d'Arc attend son tour... comme plusieurs autres bâtiments militaires stockés au cimetière marin de Landévennec, dans un méandre de l'Aulne, au fond de la rade de Brest (Finistère). Sans compter les bateaux poubelles arraisonnés au large des côtes françaises qui pourrissent ici ou là. La situation demande une réponse urgente.

« Une filière européenne de démantèlement des navires en fin de vie ? Il faudrait attendre encore cinq ans », assure Eric Banel, le conseiller à la mer auprès du secrétaire d'État aux Transports, Dominique Bussereau. La France compte agir seule. Dans un rapport remis au ministre de l'Environnement le 28 juin dernier, le député (UMP) Pierre Cardo propose trois sites : Brest, Cherbourg (Manche) et Bassens (Gironde), où est déjà présent Veolia Propreté avec sa filiale Soborec. Un argument de poids. Le choix de Bassens, situé dans l'enceinte du port de Bordeaux, suppose toutefois que soient réalisés des investissements (grues, bassins de rétention, étanchéité du site, ...) et que le foncier soit rendu disponible. Cela coûterait entre 4 et 6 millions d'euros.

Dans les prochains jours, le ministère de l'Environnement devrait préciser où sera implantée cette filière française. Que les habitants du territoire concerné ne se réjouissent pas trop vite. En dehors d'éventuelles nuisances, l'impact sur l'emploi sera limité. Le démantèlement va créer tout au plus quelques dizaines d'emplois. Une inconnue de taille subsiste : comment rendre cette filière viable économiquement. « C'est un marché émergent et le coût de la déconstruction dépend fortement des variations des cours des matières premières », indique Olivier Dufaux, le directeur des grands projets chez Sita France.

DES BESOINS ESTIMÉS À 1,6 MILLION DE TONNES

À l'avenir, la « Royale » va mettre au rebut l'équivalent de 20 000 à 30 000 tonnes par an. Avec les secteurs de la plaisance et de la pêche, le tonnage pourrait doubler, notamment avec l'incitation de l'Europe à détruire une partie de la flotte de chalutiers. Patrick Rondeau, le responsable de l'environnement chez Armateurs de France, considère qu'une « installation qui tourne doit traiter 100 000 tonnes par an ». D'où l'idée de lier cette activité à du recyclage de matériel terrestre (du ferroviaire, par exemple) afin de trouver un équilibre économique.

« 200 000 tonnes peuvent être actuellement recyclées en Europe, précise Laurence Matringe, chargée de mission à la Commission européenne. Il serait possible de porter cette capacité à 1 million, notamment avec le site français. Elle ne répondrait pas totalement aux besoins qui sont estimés à 1,6 million de tonnes par an. » La Turquie, qui frappe à la porte de l'Europe, dispose à elle seule d'une capacité de 200 000 tonnes et pourrait la porter à 600 000 tonnes.

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