On a besoin d’un nouveau modèle pour innover plus vite, mieux, à moindre coût

Publié le
Yann-Maël Larher, doctorant en droit social à Assas sur les TIC dans l'entreprise
© DR

  Dans son ouvrage "Innovation Jugaad. Redevons ingénieux !", Navi Radjou propose aux entreprises occidentales un modèle alternatif d’innovation qui s’inspire du modèle de croissance des pays émergents.

A la lecture du livre "Innovation Jugaad. Redevons ingénieux !", co-écrit par Navi Radjou, Jaideep Prabhu, Simone Ahuja et Jean-Joseph Boillot et préfacé par le PDG de l'Alliance Renault-Nissan Carlos Ghosn, plusieurs enseignements s'imposent quant à une nouvelle vision de l'innovation.

On doit tout d’abord tenir compte des changements démographiques avec le poids considérable de l’Asie, avec la Chine et l’Inde en particulier. Ensuite on assiste a bouleversement technologique. Les BigData, réseaux sociaux… renversent les modèles économiques. Enfin, on ne peut que constater tous les jours l’amoindrissement du pouvoir d’achat de la classe moyenne en Occident. La pauvreté est de retour en Europe et en Amérique du Nord. La classe "consommante" commence à se rétrécir et souhaite plus de valeur à moindre coût. C’est particulièrement vrai pour les générations Y/Z, moins consuméristes, ou qui veulent consommer différemment. 

Le modèle d’innovation occidental est dépassé ! 

L’innovation est la solution pour répondre à ces grandes tendances. Mais la difficulté c’est qu’on ne peut pas continuer à innover de la même façon qu'avant. Les processus rigides étouffent la créativité et réduisent l’agilité. Après la Seconde Guerre mondiale, les grandes sociétés occidentales ont commencé à institutionnaliser leurs systèmes d'innovation, en créant des centres de R&D et en normalisant les processus opérationnels pour élaborer des produits commercialisables.

On se rend compte aujourd’hui que ce système n’est plus adapté au marché : il est trop consommateur de ressources, pas assez souple et surtout trop élitiste. Comme l’exprime Beth Comstock, Responsable Marketing de General Electric, dans le livre, "nos équipes sont très lentes. Nous n’innovons pas rapidement, il faut effectuer des changement de manière systématique"

L’innovation Jugaad, c’est quoi ? 

"Jugaad" est un mot hindi populaire qui peut se traduire par "une solution innovante, improvisée, née de l'ingéniosité et de l'intelligence". Jugaad représente une façon de penser et d'agir en réponse à des défis. C'est l'art de l'audace, celui de repérer des opportunités dans les circonstances les plus défavorables et de trouver des solutions ingénieuses et improvisées en utilisant des moyens simples. C’est pourquoi on parle d’innovation dite "frugale", qui signifie faire plus avec moins. On pourrait également transposer l’expression en parlant de "système D".

Comment inventer mieux plus vite et moins cher ? 

Pour mieux cibler les clients peu fortunés, de plus en plus d'entreprises créent des produits et des services de qualité, accessibles au plus grand nombre, dans un contexte de ressources limitées. Pour les entreprises, l'idée consiste à revenir à des produits plus simples, qui sont peut-être un peu moins sophistiqués mais robustes. Il s’agit de mieux répondre aux besoins des populations des pays émergents, mais aussi de plus en plus souvent des pays développés. 

Qu’est-ce qu’on invente sans ressources ? 

Les pays émergents manquent de ressources matérielles, mais pas d’ingéniosité et de débrouillardise. C’est l’absence de ressources qui les rend justement si innovants. Dans son ouvrage, Navi Radjou prend l’exemple de Mansukh Prajapati, un potier indien qui a conçu MittiCool, le réfrigérateur le plus écologique du monde. Développé en argile et 100% biodégradable, il fonctionne sans électricité et peut conserver fruits, légumes et lait frais pendant plusieurs jours.

On le voit aussi en Afrique, les télécoms sont un véritable catalyseur du développement économique. Ce continent qui avait beaucoup de retard est en train de sauter des étapes entières de développement, grâce à une stratégie ingénieuse de contournement. On peut notamment se passer d’une banque, quand le téléphone devient un moyen de paiement... En somme, on doit inventer un modèle d’innovation de rupture de produits, de services et de modèles économiques.  

Finalement, l’innovation frugale n'est pas circonscrite aux produits. Elle implique tout à la fois d'inventer de nouveaux modèles économiques, de repenser les modes de production et de distribution.

Yann-Maël Larher, doctorant en droit social à Assas sur les TIC dans l'entreprise
@yannmael

Deux approches possibles pour aborder l’innovation Jugaad, ou "frugale" :

TOP DOWN : Plutôt que de vouloir rendre homogène ce qui ne l'est pas, il vaut mieux tirer parti de l’existant et des forces de chacun. C'est ce qu’a initié Carlos Ghosn à la tête de l'Alliance automobile Renault-Nissan : "Nous voulons intégrer et créer des synergies entre l’état d’esprit Juggad des ingénieux indiens et la compétence "gestion de projets" de nos équipes françaises et l’expertise en technologies avancées japonaise". Avec le succès que l'on connait pour Dacia, qui est devenu la "vache à lait" du groupe Renault.

BOTTOM UP : La seconde approche consiste à imprégner progressivement la culture interne de l’entreprise à de nouvelles énergies venues de l'extérieur. C’est l’approche de General Electric. Des brevets passés aux oubliettes sont ouverts à des entrepreneurs. L’idée c’est de laisser les autres développer des produits que GE n’a pas l‘opportunité de développer en interne.

Imprimer

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
Recevez nos newsletters

Identifiez-vous