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OGM : La recherche comme gage d'indépendance

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
ValeriePecresseAFP

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, affirme son soutien à la recherche aux OGM dans une interview accordée à l'Usine Nouvelle.

Alors que les débats s'enlisent en Europe, les cultures et les recherches sur les OGM se déploient sur la scène internationale. Les semenciers et les chercheurs français ont de plus en plus de mal à rester dans la course.



Face aux investissements réalisés dans d'autres pays ou par des acteurs privés, l'effort budgétaire de 45 millions d'euros sur 3 ans suffira-t-il à rattraper le retard de la France dans les biotechnologies végétales ? Quelle somme le gouvernement allemand met dans ce programme ?
En dégageant ces 45 millions d'euros pour la recherche en biotechnologies végétales, c'est un signe très fort d'encouragement que lance le gouvernement à tous les chercheurs. Cet effort budgétaire ambitieux s'appuiera sur un partenariat franco-allemand : en 2009, 2010 et 2011, le gouvernement consacrera ainsi chaque année 15 millions d'euros, notamment par des appels à projets en partenariat avec l'Allemagne, sur les biotechnologies végétales. En prévision de ces appels à projets, et pour permettre aux équipes françaises de disposer des moyens nécessaires, 4 millions seront dégagés, en plus, dès cette année pour financer le renforcement des infrastructures de recherche à Clermont Ferrand et Montpellier. Grâce à cette augmentation sans précédent de leurs capacités, ces centres vont devenir de véritables plateformes technologiques de pointe et d'envergure internationale !

Quant aux modalités et au montant du financement allemand, rien n'est arrêté pour l'heure puisque c'est actuellement en cours d'examen au ministère fédéral de l'enseignement et de la recherche allemand.

D'autres investissements pourraient-ils être décidés en parallèle en France ?
Parallèlement à ce financement, l'Agence Nationale de la recherche poursuit son programme intitulé GENOMIQUE. Ce programme a pour objectif de continuer à financer les projets en génomique végétale et ainsi que des projets d'études d'impact des OGM. Ces trois dernières années ce sont tout de même 13 et 2M€ par an qui ont été respectivement consacrés aux deux programmes de recherche Genoplante et OGM. Cependant, on peut craindre un tarissement du fait qu'une grande partie des chercheurs tend à renoncer.

L'Inra a arrêté les programmes de recherche OGM à finalité agronomique il y a plusieurs années, reprendront-ils un jour ?
Ce n'est pas tout à fait vrai : l'Inra procède encore à des programmes de recherche OGM. J'ai d'ailleurs récemment visité le centre Inra d'Orléans qui réalise des essais sur des peupliers dans le cadre de la filière des biocarburants de deuxième génération. Je peux également vous citer un autre exemple de recherche menée à Colmar, sur la maladie du « court noué » qui touche la vigne.
Ensuite, je pense que la France comme grande puissance scientifique et agricole ne peut pas se permettre de tourner le dos définitivement à la recherche sur les OGM. Nous avons un devoir de recherche pour disposer d'une expertise scientifique et technologique indépendante. Cela nous permettrait de préserver notre indépendance économique dans l'hypothèse où les Plantes Génétiquement Modifiées deviendraient une nécessité en France dans les années à venir, par exemple pour adapter notre agriculture au changement climatique (stress hydrique), à l'apparition de maladies de plantes résistantes, à l'inefficacité et à l'utilisation en masse d'engrais et de pesticides ... Ces recherches sont aussi nécessaires si on ne veut pas rater des applications potentielles, telles que la production de nouveaux médicaments par des PGM en milieu confiné.

Enfin, grâce à nos recherches, nous serons aussi en mesure de contrôler ce que font ou feront les pays qui développent des Plantes Génétiquement Modifiées, en matière de risques sanitaires et environnementaux, car il serait illusoire de croire que les PGM et leurs pollens ne s'arrêteront à nos frontières !

Le nombre d'essais en champ s'est réduit considérablement en 10 ans, quel danger y voyez-vous ? Avez-vous la volonté de renverser la tendance ?
Effectivement, en France, le nombre d'essais en champ s'est réduit ces dernières années car il y a une réelle interrogation sur les PGM et leur utilisation.

« La France ne peut pas se permettre de tourner le dos définitivement à la recherche sur les OGM »

La plupart des interrogations traduisent en fait la limite actuelle de nos connaissances scientifiques de ces organismes et de leur impact sur l'environnement et la santé. Seule une recherche ambitieuse et de qualité pourra nous permettre de sortir de cette zone d'incertitude scientifique. La France se doit de dominer ces technologies pour que dans les années à venir, elle puisse en tirer le plein bénéfice tout en maîtrisant les éventuels risques en matière de santé, d'environnement et de développement économique.
Je pense que la recherche doit se poursuivre et se renforcer sous plusieurs aspects, un peu à l'image de la recherche sur le nucléaire militaire et civil. On ne doit pas laisser la recherche sur les PGM devenir à terme une recherche orpheline en France, il s'agit là d'une question d'indépendance nationale.

Avons-nous encore en France assez d'experts scientifiques pour gérer les dossiers OGM ?
Nous avons encore en France assez d'experts scientifiques afin de gérer les dossiers OGM, mais on doit reconnaitre que nous perdons des compétences, puisque certains de nos chercheurs se sont déjà expatriés. Il faut y voir là un signal d'alarme. Nous devons aussi attirer des jeunes chercheurs vers l'écotoxicologie pour renforcer notre expertise, car nous avons des besoins dans ce domaine.

Les recherches OGM à finalité agronomique se sont réduites en Europe au niveau académique et également au niveau des acteurs privés. Quels problèmes cela pose, pour vous ? Comment garder une place au niveau de la compétition internationale et sortir du surplace depuis 10 ans ?
Comme nous, tous les pays européens sont concernés par les PGM, mais tous n'ont pas la même attitude vis-à-vis des PGM. L'Europe souffre de ces discours différents, divergents qui induisent un manque de visibilité pour la recherche académique et les industriels, ce qui est dommageable. Afin de sortir de l'impasse, il est envisageable d'utiliser la présidence française de l'Union européenne pour réactualiser une véritable recherche européenne sur les PGM. Cela peut se greffer sur la révision de la PAC et le 7ième Programme Cadre de Recherche et de Développement.

Comment voyez-vous l'évolution de la recherche sur les biotechnologies végétales dans les 5 prochaines années ? Et sur les OGM en particulier ?
Les biotechnologies végétales vont bénéficier d'avancées technologiques majeures, et je pense à tous les progrès faits dans le domaine du criblage à haut débit. Il est aujourd'hui envisageable, grâce à nos centres équipés et automatisés, de connaitre la séquence de génomes végétaux en quelques mois. L'exemple de la vigne est flagrant, il a été possible de connaitre son génome en moins de 3 ans. De la même façon il est aussi possible de connaitre les caractéristiques des plantes utiles beaucoup plus rapidement. Ce sont ces caractéristiques naturelles présentes dans la biodiversité variétale qu'il nous faut explorer, les bonds technologiques nous permettent aujourd'hui d'envisager cette recherche à très grande échelle.


Propos recueillis par Anne Pezet


A lire aussi dans l'Usine Nouvelle N°3089
du 21 au 27 février 2008
Dossier : les plante OGM « L'impossible Statu quo » p.67 à 76

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