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Obama Pacifique

Le 12 novembre 2009 par Pierre-Olivier RouaudRédacteur en chef délégué | L'Usine Nouvelle n° 3169
Obama Asie

Après son épuisante première victoire sur la santé, un chômage à 10,2 % et les pleurs de Fort Hood, Barack Obama doit avoir besoin d'air frais. C'est celui du Pacifique qu'il va prendre. Ce vendredi, il débute un périple asiatique - son premier - de sept jours. Il le mènera au Japon, à Singapour pour le sommet géant de l'Apec (Forum Asie-Pacifique), en Chine et en Corée du Sud. Commerce, défense, Corée du Nord, Birmanie... Les enjeux sont multiples.

Au Japon, d'abord, Barack Obama va devoir composer avec le gouvernement de gauche, imprévisible, du PDJ, dirigé par Yukio Hatoyama. C'est au milieu d'un furieux débat qu'atterrira Air Force One. Le sujet ? Le renouvellement des bases militaires américaines (47 000 hommes), dont le gouvernement prétend réduire l'emprise. Pour Washington, c'est « no ». Son pouvoir dans la région repose sur ces bases qui actent aussi la sujétion de Tokyo, son plus sûr allié en Asie. Obama devra faire montre de diplomatie mais aussi de fermeté. Le saura-t-il ? Ce sujet illustre par ailleurs l'ambivalence de bon nombre de leaders asiatiques, partagés entre la méfiance envers une Amérique trop sûre d'elle et la crainte d'une future hyperpuissance chinoise. La question n'est pas que théorique. Au vu de son déficit démographique, certains avancent qu'à la moitié du siècle, le Japon sera devenu un satellite de la Chine au sein d'une vaste zone yuan. Déjà, il a été dépassé par son grand voisin en termes de PIB en parité de pouvoir d'achat. Un début. On attend 9 % de croissance en Chine cette année ; Tokyo sera à -5 %.

Venons en maintenant à l'étape chinoise. Et à la question monétaire. Washington dénonce la faiblesse du yuan, qui freine ses exportations et survolte celles de Pékin. En dix ans, le commerce bilatéral (407 milliards de dollars en 2008, deux fois celui avec le Japon) a quintuplé... pour mieux creuser le déficit commercial américain : 268 milliards de dollars.

La Chine, sur ses 2 200 milliards de dollars de réserves (dix-huit fois celles de la France !), en a accumulé plus d'un tiers en bons du Trésor américain. Elle s'inquiète pour ses placements et menace, dit-on, de trouver des substituts. Ainsi, au moindre commentaire sur le dollar d'un sous-gouverneur de la Banque populaire de Chine, celui-ci dévisse. Comme le faisait souvent son prédécesseur, le secrétaire au Trésor Tim Geithner a dû en juin venir rassurer la Chine sur la solidité de l'économie américaine. Barack Obama fera de même. Lui qui mène une politique étonnement conciliante sur le Tibet ou sur les droits de l'homme, peut-il espérer convaincre Pékin de relever sa monnaie ? Assurément non. Pas plus que de s'engager sur un accord bipartite sur le climat, préalable pourtant à toute avancée à Copenhague.

 

Ne peut-on rien attendre de ce voyage sinon d'interminables banquets ? Si, sur le commerce. La crise et l'arrivée d'un démocrate à la Maison-Blanche n'ont pas conduit au déferlement du protectionnisme tant redouté. Tout au plus à quelques passes d'armes (pneus et tubes chinois, volailles américaines...) que personne n'a intérêt à voir s'étendre. Le simple fait d'acter cette « paix » serait remarquable. En permettant aussi de penser au delà. Entre les 21 pays de l'Apec (54 % du PIB mondial), on reparle ainsi du vieux projet d'accord de libre échange. Voilà de quoi, pour les deux rives du Pacifique, redonner une perspective à l'économie mondiale dépassant le, sans doute éphémère, keynesianisme triomphant. Ouvrant la voie à une relance de Doha. Mais c'est viser trop haut pour un seul voyage.

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