Obama et Romney, deux visions très différentes des dépenses militaires

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HMS Ocean, porte-avions de la Royal Navy
© Royal Navy

Le débat du 22 octobre 2012 l’a confirmé : peu de choses séparent Barack Obama et Mitt Romney, en matière de politique étrangère. Les deux candidats à la Maison blanche s’opposent en revanche fermement sur le budget de la défense.

Pour l’année fiscale qui a commencé le 1er octobre, le budget de base du Pentagone s’élève à 525 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 88 milliards de "fonds spéciaux" pour la guerre en Afghanistan.

Si Barack Obama est réélu, il entend stabiliser le budget de base sur les dix prochaines années, en l’augmentant uniquement du montant de l’inflation. Quant aux milliards économisés grâce à la fin des opérations de combat en Afghanistan fin 2014, le président américain n’a aucune intention de les intégrer au budget du Pentagone.

"Après une décennie de guerre, je crois que le peuple américain reconnait qu’il est temps d’investir chez nous", a déclaré Barack Obama lors du débat de lundi dernier. "Nous allons pouvoir utiliser ces ressources pour remettre les Américains au travail, en particulier nos vétérans, et reconstruire nos routes, nos ponts, nos écoles."

En janvier dernier, Barack Obama avait d’ailleurs présenté les grandes lignes d’une armée allégée, plus moderne et plus "lean" : réduction des forces terrestres de 100 000 hommes en cinq ans et investissements centrés sur les forces spéciales, les drones et la cybersécurité.

Romney promet de renforcer l’US Navy

Dans le camp républicain, la clé de voûte du programme de Mitt Romney est la promesse de dépenser au minimum 4% du PIB pour la défense. A l’heure actuelle, le budget du Pentagone représente 3,4% du PIB (4,2% avec le coût de la guerre en Afghanistan), mais selon les analystes, le plan de Barack Obama ferait tomber ce chiffre à 2,6% en 2022.

Fidèle à la tradition républicaine, Mitt Romney se pose donc en grand défenseur de l’armée américaine. "Je reviendrai sur les coupes claires et arbitraires du président Obama qui vont dévaster notre armée", a-t-il déclaré début octobre lors d’un discours consacré à la politique étrangère. Selon plusieurs experts, cette promesse de Mitt Romney ajouterait entre 1800 et 2200 milliards de dollars sur dix ans au budget de la défense, soit 35% de plus que les dépenses prévues par le président démocrate.

Où ira cet argent ? Tout d’abord, le candidat républicain entend revenir sur la décision de son adversaire de réduire les forces terrestres (armée de terre et marines) de 100 000 hommes. Il envisage également d’investir d’avantage dans la défense anti-missiles.

Moins de chevaux et de baïonettes...

Mais sa principale proposition concerne le renforcement de l’US Navy. S’il est élu, Mitt Romney promet la construction de 15 bâtiments par an, dont trois sous-marins nucléaires, contre une moyenne de dix (dont deux sous-marins) sous le premier mandat de Barack Obama.

Lors du débat du 22 octobre dernier, le renforcement de la marine a donné lieu à une cinglante passe d’armes entre les deux candidats. A Mitt Romney qui soulignait que l’US Navy n’avait jamais eu aussi peu de bateaux depuis 1916, le président a rétorqué, moqueur : "nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes".

S’il est élu, Mitt Romney a également promis d’ajouter de nouveaux F-22 à l’inventaire de l’US Air Force. Lockheed Martin a annoncé qu’il soutiendrait cette proposition, laquelle est toutefois jugée irréaliste par de nombreux experts. Ces derniers soulignent plusieurs obstacles : coût très élevé (près d’un milliard de dollars) de la remise en route de la production –interrompue début 2012-, difficulté à retrouver certains sous-traitants, nécessaire modernisation du programme, etc.

Au final, le programme de l’ancien gouverneur du Massachussetts manque assez clairement de détails, ce que ne se privent pas de souligner les démocrates. "Mitt Romney n’arrête pas de parler d’un renforcement des capacités mais il ne dit pas pourquoi on en a besoin", souligne Gordon Adams, professeur à l'American University à Washington et ancien conseiller de Bill Clinton pour le budget de la Défense.

Quant à Barack Obama, il a estimé que la promesse de Mitt Romney d’augmenter le budget de la défense relevait d’un calcul politique et non d’une nécessité pour le pays. Comme de nombreux commentateurs l’ont souligné, le candidat républicain a essentiellement mis l’accent sur le renforcement de la marine américaine. Or, les chantiers navals jouent un rôle important dans les Etats-clés de Floride et de Virginie.

Enfin l’annonce, la semaine dernière, de la composition du "Conseil militaire" de Mitt Romney a suscité de nombreuses critiques et soulevé des inquiétudes de conflits d’intérêt. On y trouve en effet d’anciens très haut-gradés de l’armée américaine, qui occupent désormais des postes à responsabilité dans l’industrie de la défense (Lockheed Martin, Textron, Alliant Techsystems, etc.).

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