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Obama : du symbole à la réalité

Le 05 novembre 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Ffrossard

Victoire par KO. Attendue et espérée. Le candidat plébiscité par 80 % de la planète, selon le Pew Institute, est élu à une large majorité. Avec Barack Obama, l'Amérique se réconcilie partiellement avec son image d'un pays de tous les possibles. D'un pays en rupture avec le carcan ultra-religieux et ultra conservateur. Une victoire de la politique en somme. Mais pour Obama et son entourage, les temps vont être difficiles. La conjoncture américaine n'a jamais été aussi tendue, la dette aussi élevée et l'horizon aussi sombre. La relance intérieure se heurtera fatalement à la réalité budgétaire et retardera d'autant les réformes.

Climat et Energie

Bonne nouvelle néanmoins. Les engagements du candidat sur le réchauffement climatique promettent un changement d'attitude des Etats-Unis envers l'environnement. Obama est en effet favorable à un plafond sur le permis de polluer et au principe du pollueur payeur,. « Le monde des affaires n'est pas propriétaire du ciel, qui est un bien public, et si nous voulons que les pollueurs cessent de polluer, nous devrons donner un prix à toute pollution », déclarait le candidat en 2007. Selon Jason Grumet, conseiller de Barack Obama sur l'énergie, « Barack Obama ne se permettra pas des jugements politiques pour entraver les recommandations lancées par la communauté scientifique ».
Mieux, Obama spécule sur une croissance verte pour booster l'économie et veut injecter 300 milliards de dollars pour réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis.

Une indépendance qui passe aussi par la très controversée utilisation du charbon propre. « Lorsqu'il était sénateur, Obama défendait l'attribution d'aides financières fédérales au charbon propre », précise Daniel Krajka, journaliste et spécialiste des matières premières de l'Usine Nouvelle. En Septembre, le futur président  déclarait à Reno, durant sa campagne électorale : « nous allons investir dans la technologie qui nous permettra l'utilisation de plus de charbon, la plus importante ressource de l'Amérique, avec pour but la création de 5 sites de production d'énergie, les premiers de ce genre, dotés de capture et de séquestration de carbone. »  Sur le nucléaire, Obama est prudent et prône un principe de précaution sur la gestion de déchets et la prolifération.

Doutes sur la politique étrangère

Pour le reste du monde, les attentes sur la politique étrangère du nouveau Président seront forcément revues à la baisse. Pour s'en convaincre, rappelons que parmi ses conseillers se trouvent Zbigniew Brzezinski, Anthony Lake ou encore Dennis Ross. Le premier est connu pour avoir soutenu le mouvement jihadiste en Afghanistan pour bouter les Russes hors des frontières, le second pour avoir été le principal conseiller de Clinton sur l'invasion en Haïti et le troisième conseiller spécial de Clinton, Bush senior et junior sur la politique israélo-palestinienne. Au vu du casting, la rupture attendue sur la politique étrangère pourrait être modeste. Barack Obama est d'ailleurs pour l'intégration de la Georgie et de l'Ukraine dans l'Otan, au risque d'une tension renforcée avec la Russie. Il est aussi pour le renforcement des troupes en Afghanistan avec l'aide de l'Europe. Concernant l'Iran, le nouveau Président fera « tout ce qui est en son pouvoir », pour éradiquer la menace nucléaire, du dialogue au recours à la force.

Economie et finance, risques et opportunités

Autre point. Sur la réforme de la finance mondiale, le nouvel élu sera probablement  au sommet du G20 le 15 novembre prochain. Sur ce point, Barack Obama avait déclaré au mois d'octobre, « le fait est que nos marchés financiers sont tellement interconnectés qu'à ce stade nous ne devons pas procéder tout seuls». De fait, ses conseillers économiques sont en contact étroit avec l'administration Bush en amont du sommet. Pour le nouveau Président, ce sommet et la crise financière peut être une superbe occasion de reprendre la main et remettre les Etats-Unis au cœur des règles du jeu économique, une place perdue au profit des européens.

Rappelons que les principaux bailleurs de fonds du candidat Obama sont les banques. S'il applique son programme de taxation des plus-values à hauteur de 20 % contre 15 % aujourd'hui, il est probable que les cadeaux fiscaux promis contrebalanceront cette mesure peu prisé des marchés.

Il faudra attendre le mois de janvier et le discours d'orientation du nouveau Président pour juger de ces différents points, mais surtout les prises de position du Congrès, arbitre suprême aux Etats-Unis.

Fabrice Frossard

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