Obama contre America Inc.
Le 02 juillet 2010 par Pierre-Olivier Rouaud
Une image lui colle à la peau. Celle d'un président "anti-business". Une offense au pays de la libre entreprise.
Voilà donc Barack Obama rentré chez lui après l'insipide sommet du G20. Et à nouveau confronté à tous les soucis quotidiens de l'Amérique. Celui de la guerre en Afghanistan et de ses turbulents généraux, celui du désastre de BP dans le golfe du Mexique, celui de la (modeste) réforme financière. Celui, surtout, de la longue séquence qui s'ouvre vers les élections de Mid-term du 2 novembre à l'issue desquelles seront élus un tiers des sénateurs, la totalité de la chambre et près de 40 gouverneurs. Dans ce combat, le Président restera sur son quant à soi. La séparation des pouvoirs n'est pas un vain mot au pays de George Washington. Mais c'est bien sûr sa personne, sa politique, et son bilan (déjà) qui seront testés : les perspectives de redressement, la dette folle, le face-à-face avec la Chine, l'emploi surtout.
Une image lui colle à la peau. Celle d'un président « anti-business ». Une offense au pays de la libre entreprise, même s'il se défend vigoureusement du contraire. En janvier, un sondage de Bloomberg auprès d'investisseurs financiers montrait que 77 % d'entre eux jugeaient Barack « opposé » au monde des affaires. Voilà deux semaines, la Business Roundtable, l'une des principales associations patronales, réputée proche des démocrates a envoyé un missile. Son président, Ivan Seidenberg, et PDG de Verizon, a martelé que la Maison Blanche et la majorité créait « un environnement incroyablement hostile pour l'investissement et la création d'emploi ». Dans un réquisitoire de 50 pages, l'association recense des centaines d'entraves à la marche des affaires : de la réglementation des produits dérivés à la taxation des profits réalisé à l'étranger en passant par le moratoire sur les forages offshore.
En Californie, Carly Fiorina, l'ex-patronne de HP, et Meg Whitman, celle d'eBay, se sont lancées dans la course électorale, la première pour le poste de sénatrice et la seconde pour celui de gouverneur. Toutes deux soutenues par le Parti républicain, elles entonnent un même refrain, résumé par Meg Whitman : « Que les politiciens professionnels à Washington soient prévenus. Vous voici face à votre pire cauchemar : deux femmes d'affaires du monde réel qui savent comment créer des emplois. »
On le sait, cette nation a du mal à digérer les incroyables secousses qui l'affectent depuis la crise. L'interventionnisme fédéral a fait se lever un vent de fronde dans l'Amérique profonde contre le « big government », gonflant les voiles des « tea parties », ces mouvements antifiscalistes nés de la base.
Vu d'Europe, il y a une part d'injustice dans cela. Barack Obama n'était pour rien dans le naufrage de l'automobile ou de la finance quand il a décidé de renflouer GM ou de poursuivre le Tarp, mis en place par George Bush fils. Ajoutons que cet interventionnisme n'a rien d'unique. Il suffit de se souvenir du sauvetage pour plus de 100 milliards de dollars des caisses d'épargne américaines par George Bush père après 1989.
Oui, mais voilà, Obama, c'est aussi les 787 milliards de dollars du plan de relance, l'assurance santé obligatoire, le projet (mal engagé) de régulation de l'énergie ou celui, avorté sur les droits syndicaux (EFCA). Une nouvelle société, en sorte, plus complexe que celle du « business first ». Alors que les sondages se partagent équitablement entre pro- et anti-Obama, son expérience n'aura-t-elle été qu'une parenthèse ? Réponse à l'automne et surtout le 6 novembre 2012 pour la présidentielle.
Pierre-Olivier Rouaud
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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.

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