Alors qu’il semblait mettre la sourdine, Barack Obama ira en personne au sommet du climat, et s'engagera sur des objectifs chiffrés. Entre Californie verte et états charbonniers, l’Amérique slalome : démonstration en images.
L’heure est aux petits pas américains. Première nouvelle, Barack Obama a confirmé mercredi qu'il se rendra au sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique pour "donner de l'élan maximum aux négociations". Certes, le passage était quelque peu obligé : mieux lui vaut faire preuve de volontarisme climatique avant d’aller recevoir son prix Nobel à Oslo, le 10 décembre. Mais le geste compte. Plus tangible : les Etats-Unis proposeront des objectifs chiffrés de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES). Précisément, Washington devrait avancer une baisse de 17% d'ici 2020, par rapport à 2005, suivi de 30% en 2025 et 42% en 2030. Là aussi, les objectifs américains sont bien moindres qu’en Europe. Un petit 4% d’ici 2020 par rapport à 1990, contre 20% pour l’Union Européenne, et même 25% pour le Japon.
Quels rapports de force sont-ils à l’œuvre dans le twist que dansent les Etats-Unis d’Amérique sur le climat ? Le mois dernier, l’Usine Nouvelle.com s’est rendue sur les lieux à l’occasion de l’inauguration d’un démonstrateur de captage industriel de CO2 en Virginie, état charbonnier s’il en est. Coup d’œil dans le rétro pour mieux comprendre in situ la stratégie des petits pas.
Le plan climat américain à mi-parcours
Principal obstacle sur le chemin d’Obama pour s’engager à Copenhague : un sacré problème de timing. Englué par la réforme monstre de l’assurance maladie et la régulation financière, le Capitole ne s’est penché que tardivement sur la loi Waxman-Markey, le « plan climat » américain. Le projet de loi fixant une réduction à 17% d'ici 2020 par rapport à 2005 a été voté par la Chambre des représentants, et le projet de loi en débat au Sénat va jusqu'à 20%.
Reste que c’est justement au Sénat que cela bloque. Contrairement au Parlement, aux effectifs politiques relativement proportionnels à la population de chaque état, le Sénat compte 100 sénateurs : deux par état, point. Si la Californie ou le nouveau Mexique se sont engagés à grande vitesse dans la course de la croissance verte, les Etats charbonniers tels la Virginie sont des plus inquiets pour leurs emplois et leur industrie, tandis que les défenseurs de l’énergie nucléaire aimeraient y voir accorder plus de place. Et leur voix compte.
Le sénateur démocrate John Kerry, le républicain Lindsey Graham et leur collègue indépendant Joe Lieberman travaillent bien à forger un nouveau texte, qui devrait contenir des dispositions susceptibles de rallier les républicains, notamment sur le nucléaire. Mais l’heure tourne. Obama ne parviendra pas à faire voter le plan climat en interne avant le sommet international de Copenhague. Difficile dès lors de s’engager, alors que le Sénat américain est censé ratifier les accords internationaux signés par le président.
La salvation technologique pour les industries carbonnées
S’il est bien une chose à laquelle les entrepreneurs américains croient, néanmoins, c’est à la puissance de la technologie. La solution au changement climatique pour les émetteurs de gaz à effet de serre ne viendra pas des accords internationaux, estiment-ils, mais bien du progrès technique. Dès lors, ces derniers demandent au plus vite des fonds pour développer les technologies prometteuses qui permettront aux travailleurs du charbon, du gaz et du pétrole de sauver leur peau, en attendant la mutation vers les énergies renouvelables.
Parmi les technologies clés, celle du stockage du carbone. Encore très coûteuse et dont les risques restent à étudier, cette technologie permet aux centrales thermiques de continuer de tourner tout en stockant le carbone émis sous terre au lieu de le rejeter dans l’atmosphère. Une gageure à l’heure d’alimenter la consommation énergétique américaine, en attendant d’avoir su implanter les réseaux intelligents, éoliennes et panneaux solaires à haute rendement qui nourriront les véhicules propres de la société décarbonnée de demain. Les déclarations des élus américains qu'a pu glaner l'Usine Nouvelle.com lors de l’inauguration d’un projet pilote de 30 MW de captage et de stockage de carbone auquel participe Alstom, à Moutaineer en Virgine, sont en ce sens des plus représentatives (voir diaporama plus bas).
Entre financement de la transition technologique, poids des lobbies dans une démocratie des « checks and balances », crise économique, et innovations californiennes, le président des Etats-Unis louvoie. Une fois le sommet de Copenhague passé, il va devoir tout de même mettre le bouchées doubles pour faire voter le plan climat en interne : du fait des élections de mi-mandat, passé mars-avril, aucune réforme d’envergure ne sera envisageable.
Inscrit dans les couloirs du capitole : « Les américains sont des pèlerins de l’ouest, qui portent avec eux une conséquente somme de savoirs, de sciences, de vigueur et d’industrie ». Michel Guillaume Jean de Crèvecoeur, dit J. Hector St John, écrivain américano-normand ( 1735-1813) - © Ana Lutzky
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Timothy Juliani, du Pew center on global climate change, montre les 900 pages du plan climat à l'examen au Sénat américain.L'USCAP, un partenariat entre 45 gros industriels et 5 ONG qu'il a contribué à lancer, a dressé un plan climat dont s'inspire fortement aujourd'hui le plan climat en cours au Capitole. - © DR
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