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Numérique : La foire aux start-up

Publié le

Enquête Entrée dans le monde de l'économie 2.0 et du digital, la Chine a adapté à sa sauce le modèle des jeunes pousses et du capital-risque.

Ce samedi de septembre l'activité bat son plein sur Nanjing Road, la grande artère commerçante de Shanghai. Au 1788, face à l'imposant temple bouddhiste de Jing'an, se dresse l'un des multiples gratte-ciel de la cité. Là, au 17e étage dans une boutique de mobilier design, se déroule la session shanghaienne de Make Sense, une plate-forme internationale vouée à l'entrepreneuriat social créée par deux Français. Sagement assises, 80 personnes, parmi lesquelles beaucoup d'étudiants chinois et quelques « expats », écoutent avec attention de jeunes entrepreneurs sociaux façon 2.0 exposer leurs projets en anglais. L'un défend YES, un réseau d'éducation partagé, l'autre une entreprise qui implante des jardins potagers d'entreprise sur les toits d'immeuble. Puis, un Israélien résidant ici détaille la plate-forme d'achat de panneaux solaires qu'il a créée et expose sa volonté de mettre à disposition des projets de développement partout dans le monde. Place ensuite à des ateliers Post-it en petits groupes. Autour des « paperboards », les suggestions pointent pour améliorer les projets. Un Indien trentenaire conseille en connaisseur. Installé à Shanghai, il en est à sa troisième start-up et vient de vendre l'une d'elle, une société de jeux pour mobile, à un géant chinois de l'internet. « Ici, l'environnement est bon pour les jeunes entrepreneurs », assure-il. Bref, il faut se pincer pour ne pas se croire à Boston ou à Palo Alto. « Fin 2011, s'est tenu à Shanghai, un Start-up week-end anglophone, cela a fait un tabac », relate Sacha Guyon, un développeur web, membre de la Jeune Chambre économique française (JCEF) de Shanghai.

Loin de l'image d'Épinal des « ateliers de la sueur », la Chine est le pays qui s'engage dans l'économie digitale. Bruno Bensaid, le fondateur de la société d'investissement Shanghaivest explique : « Dans le numérique, des start-up sortent de partout, c'est une effervescence. » Ce français a également créé la version chinoise de MobileMonday, ce forum mensuel autour de l'internet mobile qui compte 3 000 membres à Shanghai. Quoi de plus normal dans le pays du milliard d'abonnés mobile, des 538 millions d'internautes et des 200 millions d'utilisateurs de Weibo, le Twitter chinois. La Chine, c'est aussi le pays du premier site mondial de vente en ligne Alibaba et de son emblématique créateur, Jack Ma.

 

Le web business version Beijing

Pour s'en convaincre, cap sur le quartier de Zhongguancun au nord-est de Beijing, la Silicon Valley chinoise. C'est là, dans le district de Haidan, qui comprend les universités Tsinghua et Beida, et plusieurs instituts de l'Académie des sciences, que la Chine a fait ses débuts dans l'économie 2.0 voilà quinze ans. Les géants du web Sohu, Youku et autres Aigo y sont installés comme Microsoft, Google ou Oracle. Dan Serfaty, le patron de Viadeo, aussi. « Il y a ici un écosystème avec ses start-up, ses incubateurs et ses financiers », lance Nicolas du Cray, le responsable en Chine des investissements d'Orange Capital. En 2005, Tsinghua a créé son TusPark, quatre tours de verre accueillant des sociétés innovantes, un incubateur et un fonds de 75 millions de dollars. De plus, peu à peu s'est développé un terreau de « business angels ». « Certains sont disposés à prêter 50 000 ou 100 000 dollars, même à des Occidentaux s'ils jugent un projet intéressant », s'étonne Olivier Toison, membre de la JCEF de Shanghai.

En matière de start-up, la Chine compte plusieurs points chauds. À celui de Beijing s'ajoutent Shenzhen, tirée par les sociétés locales comme Huawei ou Tencent ; Shanghai, portée par son cosmopolitisme ; Dalian, où Cyril Ebersweiler,un entrepreneur français, a créé l'incubateur Chinaccelerator. Mais l'an passé, Zhongguancun a, à lui seul, attiré 36% du venture-capital chinois, soit 5,2 milliards de dollars investis dans 544 opérations, dixit les chiffres officiels. C'est là aussi que Kai-Fu Lee, une vedette du numérique chinois a planté sa base. Cet américain né à Taïwan a dirigé Google China avant de créer, en 2009, l'incubateur Innovation Works. Le modèle ? Accueillir de jeunes diplômés ambitieux travaillant en équipe sur des projets web ou internet mobile pour générer des start-up. Après avoir créé un fonds de 180 millions de dollars, Kai-Fu Lee va en monter un autre de 280 millions de dollars, abondé par des financiers chinois, des groupes internationaux (Foxconn, SAP, Autodesk...) et des fonds californiens, comme la Silicon Valley Bank ou Sequoia. Jouant du réseau dense des Chinois installés en Californie, les poids lourds américains du venture-capital sont présents ici. Non sans difficulté. « La loi interdit aux étrangers de détenir des licences internet. Cela crée des montages complexes passant par des sociétés offshore, portant l'activité, et d'autres chinoises qui portent les licences, avec les risques que cela comporte », explique Olivier du Cray. Quant à la phase de sortie, Sina a été la première société high-tech cotée au Nasdaq en 2000, un exemple suivi par d'autres. Mais depuis un an, les scandales comptables de sociétés cotées aux États-Unis ont asséché le filon. Pas de quoi refroidir les ardeurs. Il reste beaucoup d'argent en Chine. « Plus que le financement, la difficulté est de dénicher de bons projets », estime l'universitaire Michel Grenié. Car la high-tech chinoise pratique beaucoup la copie. Dans les services pour mobiles, nombre d'idées ne font que dupliquer les succès japonais ou coréens. Des milliers de sites d'achats groupés clonant Groupon ont aussi fleuri depuis deux ans avant de presque tous disparaître. Nicolas du Cray tempère : « Certes, il y a beaucoup d'échecs, mais le talent des entrepreneurs chinois vient de leur rapidité d'exécution et, par exemple, de leur capacité à monétiser des services mobiles pour de faibles montants. Ce qui, avec la masse, génère des revenus conséquents. » La Chine a inventé la poudre. Et peut-être un nouveau modèle d'économie digitale.

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