Numérique et présidentielles : haut débit, croissance et open data
Par Emmanuelle Delsol - Publié le
L'EBG (Electronics Business Group) réunissait le 24 novembre élus de la République, représentants de la société civile et industriels. Objectif : cerner davantage le programme numérique des candidats à l'élection présidentielle. Mais finalement, ce sont surtout les intervenants qui leur ont suggéré des pistes. Sur trois thématiques : aménagement du territoire, croissance et libertés fondamentales.
"Pas de débit, pas d'économie"
La première table ronde a abordé l'épineux sujet de l'aménagement du territoire. Et les représentants des collectivités locales ont une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme face à un déploiement des réseaux qui ignore une bonne partie de la France. Un drame pour leurs administrés adeptes de quadruple-play, mais surtout une catastrophe pour les entreprises. Sans penser forcément aux usages les plus pointus d'internet, celles-ci, même petites, ont besoin du réseau pour gérer leurs stocks, passer leurs commandes, ou vendre leurs produits.
Certes, le gouvernement et les opérateurs promettent la fibre optique même dans les zones peu denses pour deux tiers de la population en 2020. Mais comme le précise Hervé Maurey, sénateur de l'Eure, auteur du rapport sur le déploiement du très haut débit en France en 2010, "la première question est celle de la montée en débit. Aujourd'hui, de nombreuses zones n'ont pas d'ADSL du tout. Même pas à 512 kbps."
Selon lui, seuls 77% du territoire dispose d'une couverture supérieure à 2 Mbps. Un niveau de connexion en dessous duquel une entreprise ne peut pas travailler. Les élus locaux ont bien compris cet enjeu et ne veulent pas voir leur territoire déserté. "Dans un sondage récent réalisé par l'association des maires ruraux sur les priorités de ces derniers, les sondés placent le numérique devant les écoles et les infrastructures routières", ajoute Hervé Maurey.
Le sénateur remet en cause le modèle de déploiement du très haut débit fixe qui ne repose que sur des entreprises privées avec une logique de recherche de résultats et non de service public. Même si il ne remet pas en cause cette logique. Free et France Télécom, les deux opérateurs présents, se défendent à l'unisson -une fois n'est pas coutume- rappelant qu'ils déploieront la fibre dans le cœur des villes mais aussi les agglomérations. Sur la 4ème génération mobile, en revanche, aucun commentaire. Les premiers déploiements devraient intervenir l'an prochain.
Les intervenants s'accordent sur un point : le prochain président de la République devra empêcher cette fracture numérique économique de se creuser encore davantage. C'est évidemment sur les moyens pour y arriver qu'ils se divisent. Les opérateurs veulent le champs libre, avec une réglementation stable et moins de taxes. Ils en viennent presque à regretter l'engouement des français pour le numérique.
Ainsi, Pierre Louette, secrétaire général de France Télécom explique que "le Président aura intérêt à ne pas susciter davantage d'impatience face au numérique, mais à mieux gérer celle-ci...". Les élus, eux, souhaitent organiser le territoire numérique comme le reste du territoire, en jouant les opérateurs d'opérateurs, et en gardant ainsi la main sur les décisions qui les concerne. Pour Hervé Maurey, il est également urgent pour l'Etat de reprendre plus globalement la main sur le sujet du numérique. "Il n'y a plus de pilote dans l'avion, puisqu'il n'y a plus de secrétariat d'état ni pour le numérique, ni pour l'aménagement du territoire."
"Le numérique, ce n'est pas seulement le Web"
Deuxième débat : le rôle du numérique dans la croissance. Les politiques ont-ils bien pris la mesure de ce qu'est le numérique et de son importance ? La réponse est claire. Non, disent les industriels tout comme les politiques. Guy Mamou Mani, président du Syntec Numérique insiste bien entendu sur les aspects économiques. "Le numérique, ce n'est pas seulement le Web. Le numérique chez les politiques ne doit pas se résumer à Hadopi. Dans une étude mondiale récente sur les usages d'Internet et du numérique en entreprise, la France est passée du 17e au 21e rang. C'est là le véritable enjeu." Les politiques, à quelques exceptions près, à droite comme à gauche, ne comprennent toujours pas ce qu'est l'écosystème numérique.
Parmi les exceptions, présentes au débat, Fleur Pellerin, chargée du pôle Société et économie numérique au sein de l'équipe de campagne de François Hollande et Laure de la Raudière, secrétaire nationale de l'UMP en charge du Numérique. Toutes deux insistent, au delà des clivages, sur la transformation en profondeur de notre société par le numérique, sur le plan économique mais aussi sociétal. Elles évoquent la e-santé, la e-éducation, la e-administration.
Philippe Lemoine, président du comité économie numérique du Medef, rappelle en quoi le secteur se distingue afin d'interpeller sur la façon dont il faut l'accompagner. Pour lui, opposer numérique et industrie traditionnelle est une erreur. Le numérique accompagne toutes les entreprises."On n'est pas face à des questions de stocks et de bas de bilan. Il faut financer la croissance du numérique en fonds propre. Il faut aussi accompagner une génération d'innovation qui a un modèle complètement nouveau."
Guy Mamou Mani insiste. "Nos politiques doivent comprendre que le numérique peut créer des dizaines de milliers d'emplois, à valeur ajoutée. Or, les lois se font au détriment de ces salaires à haute valeur ajoutée. Les programmes présidentiels évoquent la réindustrialisation, mais si c'est pour faire celle du 19e siècle, on se fourvoie. Il faut mener une réindustrialisation par le numérique. C'est ce qui redonnera la compétitivité aux entreprises."
Gauche et droite confondues, les politiques évoquent d'ailleurs également l'empilement injustifié des taxes sur les fournisseurs d'accès à Internet. Freins au bon développement du secteur. A n'en pas douter, Philippe Lemoine et Guy Mamou Mani répondront à l'appel à contributions lancé par le PS hier. Le Parti de François Hollande demande l'aide des citoyens pour élaborer le volet numérique de son programme présidentiel. Par mail, avant le 12 décembre : numerique2012@gmail.com.
"Une véritable économie va se créer autour de l’open data"
Dernier sujet, et non des moindres l'OpenData. Séverin Naudet, directeur d'Etalab, mission créée début 2011 pour une ouverture la plus large possible des données publiques, raconte. Le portail data.gouv.fr qui ouvrira début décembre donnera à tous les citoyens l'accès à l'ensemble des informations des bases de données administratives de l'Etat dans des formats facilement accessibles et réutilisables. Budgets, recettes, dépenses, mesures de la qualité de l'air ou de l'eau, données géographiques des services publics, effectifs et mesures de performance de ces derniers...
Bien sûr, pour le responsable de la mission, l'open data est un levier puissant pour recréer la confiance des citoyen dans les politiques et la légitimité des institutions. Mais pas seulement. "Une véritable économie va se créer autour de tous les services fabriqués à partir de ces données, affirme Séverin Naudet. A Londres, par exemple, Airtext.info combine les informations sur les allergènes, la qualité de l'air pour lancer des alertes. A Washington, la première ville à avoir joué le jeu de l'open data, 50 services de proximité ont été développés dès les premières semaines d'ouverture des données. Même chose à Rennes en France. Selon la Commission Européenne, l'impact économique de l'open data pourrait se situer entre 100 et 150 milliards d'euros."
Benjamin Ooghe-Tabanou, co-fondateur de RegardsCitoyens.org, association qui exploite les informations du site de l'Assemblée Nationale, raconte lui, les difficultés auxquelles il a été confronté. "Nous avons bien sûr pris conscience du grand nombre de choses que nous pouvions extraire de ces informations. Mais souvent, elles ne sont ni publiques, ni formatées." Et de rappeler que les données de l'Insee, de Météo France ou de l'IGN restent payantes.
Pour tous les intervenants, l'usage de formats ouverts et de licences libres d'utilisation des données, du type Creative Commons, s'impose. "Le principe de l'open data, rappelle néanmoins Séverin Naudet, c'est qu'un maximum de personnes puisse les utiliser." Data.gouv.fr contiendra un grand nombre de données au format CSV (tableur) ou dans des formats libres et ouverts. Mais il rappelle aussi que "95% du parc informatique français utilise des outils Microsoft." Sandrine Bélier, députée européenne EELV tempère néanmoins le débat : "Il ne faut bien entendu pas oublier le respect des données concernant les internautes."
2 réactions
Pierre Ygrié | 27/11/2011 - 22H19
Comment mettre le très haut débit à la campagne « dans » la campagne électorale et demander aux candidats de se prononcer sur quelques « évidences numériques » ? •
-Plus les services physiques sont faibles ou absents plus les services électroniques doivent être performants. En matière d'installation du très haut débit les ruraux devraient donc être prioritaires
•-la ruralité est « l’ avenir de la France » ! c’est ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy à Aubusson . Chiche !
•-Les ruraux ne pourront jamais être prioritaires dans le cadre actuel de la stratégie de concurrence par les infrastructures même en y apportant des améliorations ! Il faut donc changer de cap
•A l'instar de l'électricité en son temps le fibrage des campagnes ne sera pas possible sans le vote d'une loi de péréquation nationale Cette loi aurait déjà dû être votée lors de la discussion de la loi ¨Pintat à l'assemblée en 2009 . Deux propositions de loi sur le très haut débit , dont l’une « dort » depuis plus d’un an , sont en (non) discussion à l’assemblée ! une autre ,plus récente, au sénat. S’engageront t-ils à les faire mettre à l’ordre du jour pour qu’elles soient débattues avant les élections ?
•La société industrielle avait dépeuplé les campagnes, la société numérique peut aiderait à les repeupler
•Une ruralité moderne peut beaucoup apporter à la France. L'innovation, la croissance et l'emploi ont impérativement besoin de « campa campagnes intelligentes
Etc…
.En Gévaudan, le cri de la « bête » ne parvient pas à se faire entendre en dehors du Wolf Web World ! http://websdugevaudan.wordpress.com/
acign | 25/11/2011 - 14H55
L’affirmation selon laquelle « les données de l'Insee, de Météo France ou de l'IGN restent payantes. » est évidemment bien réductrice ; en effet la consultation des catalogues de ces trois organismes montre bien que, si les prestations spécifiques et certaines données très coûteuses, ou leur utilisation dans un contexte commercial, restent payantes, de nombreuses ressources, toujours plus nombreuses, sont gratuites et réutilisables par les citoyens, leurs associations, les organismes publics ou privés en charge d’une mission de service public, l’enseignement et la recherche; les catalogues en question sont ici :
INSEE : http://insee.fr/fr/bases-de-donnees/
Météo-France : https://public.meteofrance.com/public/accueil
IGN : http://professionnels.ign.fr/index.do
Dès lors, on peut se demander si l‘obstacle à surmonter est vraiment l’obligation de payer les droits d’utilisation de ces données dans certains cas, ou le refus de voir qu’elles sont gratuites dans de nombreux autres.

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