La centrale nucléaire alsacienne devrait être fermée d'ici à la fin du mandat de François Hollande, en 2017. Elle deviendrait un site pilote du démantèlement des installations atomiques.
L'accident de Fukushima n'a pas détruit la filière nucléaire mondiale, mais a fait une victime : la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin). Durant la campagne présidentielle, le nouveau chef de l'État, François Hollande, s'est engagé à fermer les deux réacteurs alsaciens d'ici à la fin de son mandat, en 2017. Objectif affiché : engager la France sur la voie d'une réduction de la part du nucléaire dans son mix énergétique, de 75% aujourd'hui à 50% en 2025.
La centrale de Fessenheim était la cible idéale pour commencer. Même si l'Autorité de sureté nucléaire (ASN) a estimé qu'elle pouvait continuer de fonctionner sous réserve qu'EDF réalise des travaux (salle de commandes sécurisée, alimentation d'ultime secours, etc.), la doyenne des installations hexagonales cumule les handicaps. Elle compte deux réacteurs de 900 MW mis en service en 1977. Située à proximité de la frontière allemande et à 40 kilomètres de Bâle, en Suisse, elle faisait l'objet d'une opposition virulente chez nos voisins.
Incertitudes sur les emplois
Une fermeture trop rapide poserait toutefois quelques problèmes d'alimentation électrique en France et au-delà de nos frontières. Cet hiver, la consommation a connu une succession de pics vertigineux, dont le record absolu a atteint 101 700 MW, bien au-dessus de la capacité de production nationale. L'arrêt de Fessenheim devrait donc intervenir après la mise en service - au mieux en 2016 - du réacteur EPR, pour l'instant en construction à Flamanville (Manche), d'une puissance de 1 650 MW.
Côté allemand, le réseau de transport d'électricité EnBW Transportnetze, qui achète une part de la production de la centrale alsacienne, s'est inquiété de devoir recourir plus fréquemment aux outils de production alternatifs (gaz et charbon). "Il faut prévoir une substitution partielle en matière de production électrique. C'est un sujet qui doit être traité sérieusement, socialement et techniquement. Cela prendra donc un peu de temps", précise François Brottes, le député (PS) de l'Isère, conseiller énergie de François Hollande lors de la campagne. Le président lui-même a déjà annoncé que la fermeture ne se fera pas avant 2017.
EDF va également devoir compenser un manque à gagner. Selon Jean-Marc Miraucourt, le directeur de l'ingénierie nucléaire de l'exploitant, "les deux réacteurs de Fessenheim sont les plus rénovés de tout le parc". Ils ont fait l'objet d'une troisième visite décennale en 2009 et en 2011, ce qui a engendré 380 millions d'euros d'investissements, notamment pour le remplacement des générateurs de vapeur. Et d'autres travaux sont à venir.
L'ASN préconise d'installer une source froide supplémentaire avant le 31 décembre 2012 et de renforcer le radier, la dalle de béton sous le bâtiment réacteur, d'ici le 30 juin 2013. EDF a estimé le coût de ces travaux à 20 millions d'euros supplémentaires. "Ce montant me semble extrêmement faible", juge David Dornbusch, le président de l'ONG Cleantuesday, ancien chercheur au CEA et chez Areva.
EDF va-t-il investir alors que la fermeture de la centrale grèvera ses résultats de 190 millions d'euros à 400 millions d'euros par an selon les sources ? Peut-être. Et ce, à cause du problème social que posera la fermeture. Le site de Fessenheim compte 700 salariés d'EDF et 200 sous-traitants permanents, auxquels s'ajoutent de nombreux emplois indirects. Selon François Hollande, "tout le personnel sera reclassé et Fessenheim deviendra un site pilote pour le démantèlement des centrales en fin de vie". "Cette décision ne doit pas avoir de conséquences sociales", ajoute François Brottes. Or, tous les salariés ne seront pas forcément employés sur ce chantier.
Neuf réacteurs sont actuellement en cours de démantèlement en France, mais ils sont peu consommateurs de main-d'oeuvre. Dans les Ardennes, sur le site de Chooz 1, en cours de déconstruction, "il reste 20 agents EDF et quelque 80 salariés de sous-traitants", assure Thierry Rosso, le directeur de Fessenheim. Toutefois, il n'est pas sûr que les emplois perdus soient compensés par le développement des énergies renouvelables...
Le 2 mai 2012, Greenpeace s'invitait dans la campagne présidentielle pour dénoncer le nucléaire. Un activiste allemand a survolé en parapente motorisé la centrale du Bugey (Ain) et largué un fumigène rouge sur le bâtiment de l'un des quatre réacteurs, avant de se poser dans l'enceinte où il a été interpellé. Le même jour, Greenpeace révélait la vidéo d'un survol à basse altitude de La Hague (Manche), datée, selon l'ONG, de novembre 2011.
Par ces actions, l'association veut mettre l'accent sur le risque terroriste et les dangers d'une éventuelle attaque aérienne. En décembre 2011, neuf militants avaient atteint le bâtiment abritant l'un des deux réacteurs de la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) pour y déployer une banderole. Au même moment, deux activistes s'étaient cachés pendant quatorze heures dans l'enceinte de la centrale de Cruas (Ardèche). Cinq autres intrusions ont eu lieu depuis 1986. La plus importante se produisit le 4 décembre 2003 : 45 personnes étaient entrées dans la centrale de Penly (Seine-Martime) pour protester contre la construction d'un réacteur EPR de quatrième génération, projet qui n'est plus à l'ordre du jour.









