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Nucléaire : Areva et GDF Suez vont s’allier

Par Ana Lutzky - Publié le
Areva nucleaire reacteur
© DR

Un tandem face à EDF pourrait se concrétiser, sur fond de refonte de la filière nucléaire en France. Reportée, la signature d’un accord entre Areva et GDF Suez ne serait qu’une question de semaines.

« Un accord va être signé », a indiqué Areva joint par l’Usine Nouvelle.com, confirmant les informations des Echos sur une imminente alliance stratégique entre  GDF Suez et Areva. Selon le quotidien, cet accord devait être soumis au conseil d'administration de GDF Suez le 20 janvier.  Mais le regain de tension entre Areva et EDF ont conduit les deux partenaires à décaler la signature. Discuté entre les deux groupes depuis longtemps, l'accord ne comporte pas de volet capitalistique, mais inclut des coopérations de long terme.

GDF Suez :

- exploite déjà des centrales en Belgique
- aimerait faire de même en France. A Penly, le groupe se bat pour y assurer un rôle d'exploitant aux côtés d'EDF (avoir des agents travaillant dans la centrale, mener aussi les débats de l'enquête publique…)
- détient 5% de la nouvelle usine d'enrichissement d'Areva, Georges Besse 2, contrairement à EDF.

Areva :

- a pour client historique EDF, puis l'allemand E.ON. GDF Suez deviendrai le troisième.
- siège via sa patronne, Anne Lauvergeon, au conseil d'administration de GDF Suez.
Petit frère de l’EPR pour les nouveaux pays nucléaires

L'alliance prévoit des études communes pour la construction de réacteurs en France, dont des éléments liés à l’EPR, des accords croisés en matières d'ingénierie et de formation. Mais avant tout, ce partenariat devrait se traduire par la participation de GDF  Suez au développement de l'Atmea, le réacteur de moyenne puissance (1.110 MW) qu'Areva conçoit avec son partenaire Mitsubishi Heavy Industries (MHI). Un produit de premier plan pour séduire les nouveaux pays nucléaires, où les besoins sont énormes mais le réseau électrique insuffisant pour supporter de gros EPR. La Jordanie est l’un des prospects, parmi d’autres qu’Areva ne souhaite pas nommer.

En participant au design détaillé du réacteur Atméa (le design doit être terminé dans l'année), et en l’achetant ensuite pour fournir des solutions clé en main à des clients à l’international, GDF Suez serait alors armé pour frapper aux portes des BRIC et des nouveaux émergents. Une stratégie similaire à celle d’EON, qui collabore déjà avec Areva sur le Kerena, réacteur à eau bouillante de taille moyenne (1200 MW). Le trio GDF Suez-Areva-MHI pourrait alors constituer des synergies porteuses : MHI regroupe tous les corps de métier d'une centrale nucléaire, cuves, turbines, portiques, sauf le génie civil. Autre avantage : pour construire ses centrales nucléaires, MHI compte sur des partenaires locaux. Son alter ego brésilien Nuclep à Rio de Janeiro (pressuriseurs, générateurs de vapeur) et trois sites chinois : Chengdu, Shenzhen et l'usine d'Areva à Deyang. De quoi permettre de fabriquer sur place si le Brésil ou la Chine achètent l'Atmea.

Gourmand dessalement d'eau de mer

Autre pan d’importance de l’accord, la réalisation d'études sur l'utilisation du nucléaire pour le dessalement d'eau de mer. Des projets gigantesques dont GDF Suez s’est fait le chantre, et pour lesquels les besoins énergétiques se font fortement sentir. A Marafiq, par exemple, le principe du projet auquel participe GDF Suez  dans la cité industrielle de Jubaïl est simple : dessaler 800 000 m³ d’eau de mer par jour et utiliser une partie de cette eau pour nourrir des turbines qui fourniront 2 750 MW d’électricité (un peu moins de deux EPR),  l’autre pour répondre aux besoins en eau douce de la ville. Problème : ce projet fonctionne grâce à des turbines à gaz, moins puissantes et plus polluantes. Il constitue même la plus grosse centrale à gaz au monde. Autre exemple : la capitale de l’état du Victoria (Australie) vient d’annoncer l’ouverture de la plus grande usine de dessalement d’eau de mer d’Australie. C’est la France qui a décroché le marché avec Suez Environnement et Carbone Lorraine. Dans tous les cas de figure, l’apport du nucléaire serait crucial, indique GDF Suez.

La présentation de l’accord aux administrateurs de GDF Suez pourrait avoir lieu en février, avant le conseil d’administration sur les résultats annuels du groupe de mars. L’accord a déjà été avalisé par les représentants de l’Etat au conseil de surveillance d’Areva. Qu’en pensera la mission Roussely ? Mandaté par le gouvernement, l’ancien patron d’EDF doit rendre ses préconisations pour l'avenir de la filière nucléaire, en avril. Henri Proglio, l’actuel patron d’EDF, a son oreille, et veut faire de son entreprise le chef de file incontesté du secteur, replaçant Areva au rang de  simple fournisseur.

La nouvelle gamme des réacteurs Areva

EPR , le mastodonte : 1 600 MW.
Atmea 1, EPR conçu avec le japonais MHI : 1 100 MW
Kerena, un réacteur à eau bouillante conçu avec l’allemand E.On : 1 250 MW

L’Atméa est conçu avec un cœur à faible densité de puissance capable d'opérer en cycles de 12 à 24 mois. Le cœur pourrait être chargé jusqu'en totalité en combustible MOX. Il est conçu pour faire du suivi de charge (fonctionnement à puissance réduite) sur une plage de 30% à 100% de la puissance nominale. Le taux de disponibilité théorique est de plus de 92% sur la durée de vie du réacteur, conçu pour 60 ans. Ce taux de disponibilité est atteint par des systèmes de sûreté redondants permettant une maintenance en fonctionnement et une durée d'arrêt de tranche pour rechargement évaluée à 16 jours. Atméa atteindrait ainsi un rendement thermique de 37%.

 

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