Novo Brasil
Par Pierre-olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3204
Le 3 octobre se tient le premier tour de la présidentielle au Brésil. Et le dernier tour de piste d'un ex-métallo : après deux mandats, Lula, 64 ans, ne peut se représenter. Dommage. À 80 % d'approbation, il est le leader le plus populaire au monde. On le sait, il veut passer le relais à sa proche collaboratrice, Dilma Rousseff, 62 ans, une ex-révolutionnaire qui fut chef de la maison civile (Premier ministre). Sans réel charisme, inconnue jusque-là du public et des leaders internationaux, Lula lui fait bénéficier de sa popularité. Bien des Brésiliens, en votant pour cette rude technocrate, proche des milieux d'affaires (elle pointe à 50 % dans les sondages contre 25 % pour le candidat de droite José Serra) voudront prolonger le mythe. Car il n'est rien de dire que le pays sort transformé de ces huit ans. Sur la scène mondiale, le Brésil a gagné ses galons d'aspirant « grand ». Avec son ministre des Affaires étrangères Celso Amorim, Lula a su faire compter une voix originale venue du « tiers-monde », ferme mais non agressive. Au sein des G3, G5, G21, G77, ces groupes disparates rassemblant en gros les « non-riches », le Brésil est un animateur clé. Parfois un meneur comme à l'OMC, où ses intérêts l'opposent à l'Europe ou aux Etats-Unis. Il y a bien sûr aussi la diplomatie régionale, dans ce cône sud-américain toujours fragile où le pays est un pôle de stabilité. On doit évoquer aussi le rapprochement avec le continent noir, conduisant peut-être à une « Brafrica » comme il y a une Chinafrique.
Cela nous amène à l'économie. L'affaire est un peu injuste pour Cardoso, le précédent président qui avait remis à l'endroit les fondements macro-économiques, mais sous Lula l'économie a souri. L'État trône sur 260 milliards de dollars de réserves et après avoir traversé la crise sans casse, le FMI prédit 7 % de croissance cette année et 4 % en 2011 sur ce marché attractif pour le Rafale, le TGV, les barrages, l'auto....
Certains des amis du président lui reprochent bien d'avoir endossé l'habit social-démocrate mais ses programmes « bourse famille » (éducation) ou « faim zéro » ont marqué un progrès pour des millions de laissés-pour-compte. La classe moyenne, surtout, a profité de ce « novo Brasil », tout comme les géants de l'industrie (Embraer) des matières premières (Valle) ou de l'agro-industrie (Sadia). Et si le Brésil a su diversifier son économie pour ne pas s'en tenir à la rente (au contraire de la Russie), la Providence lui a, sans rancune, souri. Avec les dernières découvertes offshore, on lui promet d'entrer dans le club des dix premiers détenteurs de réserves d'or noir (d'où les capitaux pharaoniques que Petrobras va lever), un terrain connu pour Dilma Rousseff qui fut l'ordonnatrice du Programme d'accélération de la croissance (PAC) et ses grands travaux.
Mais toute médaille a son revers. Et si le pays va mieux, ses performances restent en deçà de celles de l'Inde ou la Chine par la progression du PIB par habitant. Il y a aussi les inégalités persistantes et la criminalité faisant du Brésil l'un des pays les plus violents du monde (55 000 meurtres par an).
Dans cette démocratie contrastée, amoureuse de la samba, du football et des telenovelas mais riche d'une vraie vie intellectuelle, violente comme les images du film choc « La Cité de dieu » mais portée sur la ferveur religieuse et la douceur de vivre, l'action publique figure parmi les plus complexes au monde. Au-delà d'assurer la succession d'un populaire barbu, pour le (la) prochain(e) président(e), ce ne sera pas le moindre des défis.
Au-delà de l'héritage de Lula, les défis du futur leader du Brésil sont la croissance, les inégalités et la criminalité.

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