ENQUêTE Le projet Koniambo Nickel est en voie de finalisation dans la province Nord. Cet investissement de 5 milliards de dollars doit permettre une production annuelle de 60 000 tonnes de nickel.
Une usine, un port minéralier et un long convoyeur qui descend le minerai du massif. Bienvenue à Koniambo, dans le nord de la Grande Terre. Depuis deux ans, la société Koniambo Nickel, qui a pour actionnaires Xstrata (51%) et la Société minière du sud-Pacifique (SMSP, 49%), construit l'un des deux nouveaux projets nickélifères de Nouvelle-Calédonie. Le brésilien Vale a, lui, choisi Goro, au sud. La rencontre avec les chefs coutumiers constitue l'incontournable porte d'entrée sur les terres kanakes. Après les discours, place à la coutume et à la remise de cadeaux symboliques (un peu d'argent, du tabac, des étoffes).
L'usine du Nord ? "C'est un projet politique", affirme l'un des "vieux", comme ils sont appelés ici avec respect. Les Kanaks se sont battus pour cette usine, déjà évoquée par le général de Gaulle en 1966. La décision finale a été prise après les affrontements sanglants d'Ouvéa, en 1988. Jusqu'ici, seule la SLN, filiale d'Eramet, a exploité la principale richesse du Caillou : l'archipel possède les deuxièmes réserves de nickel au monde, derrière l'Australie. L'usine de Koniambo doit favoriser le développement de la province Nord, habitée majoritairement par des Kanaks et administrée par les indépendantistes de l'Union nationale pour l'indépendance (UNI).
5 milliards de dollars
KNS est le plus important investissement industriel à entrer en production en France en 2012.
La SMSP est propriété des tribus. "L'usine va financer la culture kanake, et créer les bases économiques de l'autonomie", ajoute un autre "vieux". Méfiants quant à la pollution, les chefs coutumiers sont satisfaits de voir les jeunes désormais occupés. Mais ils craignent un développement à deux vitesses. L'arrivée d'importantes sommes d'argent pourra-t-elle être compatible avec une société fondée sur l'échange et non pas sur l'accumulation ? Plus dynamiques et souvent plus qualifiées, les femmes ont trouvé avec le projet Koniambo Nickel le moyen d'acquérir leur indépendance dans une société très patriarcale.
Une usine de 17 modules
Le groupe minier anglo-suisse Xstrata aura finalement investi 5 milliards de dollars (près de 4 milliards d'euros) dans un ensemble intégré capable de produire 60 000 tonnes de nickel par an. Pour construire son usine géante au meilleur prix et dans les délais les plus courts, Koniambo Nickel a choisi la voie de la modularisation. Les 17 modules ont été fabriqués par COOEC à Qigdao, en Chine. Deux ans et huit millions d'heures de travail plus tard, ils étaient livrés par des navires semi-submersibles de 216 mètres de longueur. Le plus haut des modules fait 46,5 mètres et pèse 3 500 tonnes.
L'usine broie, sèche et calcine le minerai de nickel à 1 000 °C. L'ajout de charbon permet d'ôter l'oxygène du minerai qui a été réduit. Il est ensuite fondu dans un four à arc électrique à 1 600 °C. Le ferronickel ainsi obtenu est séparé des scories. Coulé dans des poches recouvertes de briques réfractaires de 75 tonnes, quatre à cinq fois par jour, le métal est affiné et transformé en grenailles de ferronickel. L'éprouvé procédé pyrométallurgique Nickel Smelting Technology pend en charge l'essentiel des particules, poussières et gaz habituellement relâchés dans l'atmosphère.
Une entreprise indienne a construit la centrale thermique au charbon. Elle est dotée de deux boilers Siemens de 270 MW alimentés avec du charbon broyé et séché. Deux réacteurs, équipés de turbines diesel Rolls Royce de 97 MW apporteront de l'énergie en complément. Koniambo Nickel est relié au réseau électrique néocalédonien, dont il pourra recevoir 35 MW. Il pourra aussi lui revendre l'électricité produite sur le site qui serait non utilisée. L'ensemble des contrôles a été regroupé dans une salle sécurisée, à l'abri des cyclones et des explosions. Elle est équipée d'une centaine d'automates et de 70 serveurs.
Le port accueillera les vraquiers acheminant le charbon en provenance d'Australie. Les granulats de ferronickel seront exportés, eux, par conteneurs. La saprolite, qui contient le nickel, est extraite à quelques kilomètres de l'usine. Après décapage de la surface, l'extraction et le transport du minerai et des stériles s'effectuent à l'aide de pelles hydrauliques et de tombereaux de 50 à 100 tonnes. Le terrain accidenté et la nécessité d'extraire plusieurs qualités de minerai pour assurer une teneur régulière en métal excluent l'utilisation d'équipements de plus grandes tailles. Tous les équipements sont pourvus d'un système de positionnement par satellite.
Un convoyeur en deux parties de près de 12 kilomètres de longueur transporte le minerai à l'usine, située au pied du massif de Koniambo. Pleinement opérationnel à la fin 2013, le complexe Koniambo Nickel emploiera un peu plus de 2000 salariés, à terme en majorité mélanésiens.
"Un minerai de qualité et abondant"
IAN PEARCE, directeur général de Xstrata Nickel
Quelles sont les forces de Koniambo ? Le premier avantage de Koniambo est la qualité et l'abondance de son minerai. Nous disposons d'au moins vingt-cinq ans d'extraction de saprolite à 2,5 % de teneur, au rythme d'une production de 60 000 tonnes par an. Ce minerai peut être traité par pyrométallurgie, alors que la limonite, utilisée dans d'autres projets, requiert l'utilisation d'hydrométallurgie, nettement plus complexe. L'utilisation de cette dernière technologie, à long terme, nous permettra de traiter les latérites, prolongeant la vie du complexe d'une cinquantaine d'années.
Ce projet est-il rentable dans les conditions actuelles du marché ? Nous connaissons les incertitudes du marché à court terme. Mais nous sommes persuadés de la rentabilité du projet à long terme, en raison de la forte croissance attendue de la demande, de 4 % à 5 % par an. Il faudra un Koniambo chaque année pour répondre à la croissance de la consommation mondiale de nickel. Xstrata détient 51 % du capital de KNS et la SMSP 49 %. Pensez-vous reproduire ce modèle inédit sur d'autres projets ? Cette structure de financement a attiré l'attention d'autres pays comme Cuba. Ce modèle était important pour des personnes très attachées à leur terre [ndlr : les kanaks], mais il est difficile à reproduire.













