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Nouveau vélo européen

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3266
Pierre-Olivier Rouaud
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Du fait du schisme britannique, le pacte s'inscrit hors des traités actuels.

Jacques Delors popularisa en son temps une métaphore. Pour ne pas chuter l'Europe, tel un vélo, doit avancer. C'est à ce pédalage que se sont livrés les leaders européens les 8 et 9 décembre à Bruxelles, lors d'un énième « sommet décisif ». Le résultat est connu : un pacte entre les 17 membres de la zone euro élargie aux États volontaires, dans le meilleur des cas neuf pays. Poussé par sa base eurosceptique, le Premier ministre britannique a refusé d'engager Londres, faute de garanties sur de futures régulations financières... ce qui n'avait rien à voir avec le sujet. Le pacte prévoit des règles budgétaires strictes, la généralisation de la règle d'or et des sanctions en cas de déficit dépassant 3 % du PIB.

Il avance la mise en route du mécanisme de stabilité financière, sans changer le rôle de la Banque centrale européenne. Depuis 1958, l'habitude des crises européennes est telle que, sauf exceptions (référendum de 2005), on est certain qu'après un tête-à-queue, le vélo reprendra sa route comme avant. Cette fois c'est différent, pour trois raisons au moins. Premier point, si le projet aboutit, les 26 vont changer de braquet. Au-delà du clash britannique, majeur, le pacte crée un nouveau paradigme ne pouvant conduire qu'à une intégration fiscale ou budgétaire plus étroite. Avec un risque : celui que ce changement profond, décidé dans l'effervescence d'une nuit de négociation ne butte sur la question majeure de l'adhésion des peuples.

Deuxième point. Du fait du schisme britannique, le pacte s'inscrit hors des traités actuels. Une première. Un peu comme si l'on créait une autre Union, à côté de l'existante ou que l'on changeait de bicyclette. Même si la créativité juridique va permettre la soudure entre la nouvelle Europe et celle que nous connaissons, c'est là une Terra incognita et une bombe à retardement dans le jeu entre Londres et les 26. Enfin, cet accord sacralise la prééminence de l'approche intergouvernementale sur celle dite communautaire (Commission). Cela s'explique par l'inefficacité des institutions bruxelloises engluées dans la bureaucratie et le déficit de leadership, et surtout par la volonté des États de reprendre en main la course. C'est la fin d'un idéal et cela va compliquer le traitement d'autres dossiers clés (politique agricole...). Reste le fond. Comme l'expose Martin Wolf, l'éditorialiste du « Financial Times », la crise de la zone euro est pour de nombreux pays avant tout celle de leur déséquilibre extérieur (balance courante), et donc celle d'un manque de compétitivité. Avancée majeure et positive, le pacte ne change rien à cela. Le comble serait d'avoir changé de bicyclette et de faire fausse route.

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