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Nouveau bras de fer autour du prix du lait

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Les producteurs, mécontents des prix payés par les industriels, ont entamé des actions de blocage des usines de Danone, Lactalis et Sodiaal

Occupation des locaux chez Lactalis à Domfront (Orne) et chez le groupe coopératif Sodiaal à Alençon, blocage de l'usine de Danone de Ferrières-en-Bray (Seine-Maritime) et de la fromagerie Gillot à Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne)... Depuis trois jours, les producteurs de lait français multiplient les actions contre les sites des grands industriels laitiers.

La colère est à la mesure de la baisse du prix du lait que les industriels laitiers ont appliquée aux livraisons du mois d'avril. Elle se chiffre entre 90 et 105 euros pour 1 000 litres, soit une baisse de 30 %, pour atteindre un prix moyen de 210 euros les 1 000 litres. « Un seuil historiquement bas », affirme la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL, affiliée à la FNSEA), qui lance un appel à la mobilisation le 19 mai prochain.

« Ce n'est pas par gaité de cœur que les industriels appliquent ces prix. Tous les marchés sont orientés à la baisse et les industriels laitiers doivent faire face à des pertes abyssales ! », justifie Jehan Moreau, directeur de la Fédération nationale de l'industrie laitière (Fnil). Les industriels plaident pour un ajustement des prix français sur les prix européens, à savoir 250 euros les mille litres en Allemagne et 220 euros en Belgique ou aux Pays-Bas, contre 315-320 euros en France. « Un prix de 210 euros pour le trimestre en cours nous permettra de retomber sur un prix moyen annuel de 260 euros, équivalent à celui de l'année 2006. En 2008, le prix moyen était de 330 euros » assure Jehan Moreau. « Nous souhaitions un prix de 260 euros pour ce trimestre », répond quant à lui Thierry Roquefeuille, secrétaire général de la FNPL.

Le marché mondial des produits industriels (beurre et poudres de lait) a atteint leurs plus bas niveaux historiques, la demande est atone et les stocks sont élevés. « Sur les produits de grande consommation (yaourts, fromages) écoulés en France, qui constituent 50 % du débouché du lait français, on enregistre des hausses de prix de 6 à 10 % selon les marques », fait valoir la FNPL. Les hausses de prix passées fin 2007-début 2008 se sont effritées, répond-on chez les industriels. « Avec la loi de modernisation économique (LME) qui instaure, pour les distributeurs, la liberté de négocier les tarifs avec les industriels, les baisses de prix sont en train de se faire sur le dos des producteurs ! », affirme Thierry Roquefeuille. Les deux camps sont irréconciliables, et la situation devrait rester très tendue jusqu'au 19 mai.

Patrick Déniel

Comment est fixé le prix du lait ?

Industriels et producteurs se retrouvent tous les trimestres au CNIEL, l'interprofession laitière, au sein d'une commission. En fonction d'indicateurs précis (évolution des prix des beurres et poudres, évolution des marchés des produits de grande consommation à l'export, prix pratiqués sur le marché allemand), elle émet des recommandations nationales en matière d'évolution du prix payé aux producteurs.

Dans chaque région, une commission interprofessionnelle se base sur ces recommandations nationales pour établir une recommandation tenant compte des spécificités régionales (zone de montagne, appellation d'origine contrôlée...). Ces prix sont généralement respectés par tous les industriels de la région. Ces derniers peuvent appliquer des majorations ou minorations en fonction de la qualité du lait (taux de matières grasses, taux de protéines) ou de la volonté d'encourager la production de lait dans les saisons basses (notamment l'été). Des compléments de prix peuvent aussi être appliqués en fonction des résultats financiers de la laiterie.

L'an dernier, la profession a été pointée par la DGCCRF, qui a qualifié d'entente le mode de fixation des prix du lait au sein de l'interprofession. Les conflits entre producteurs et industriels, privés de moyen de fixation des prix, ont alors repris à la fin de l'année. Faute de trouver un mode de détermination alternatif, les pouvoirs publics ont alors accordé à la profession une dérogation de cinq mois. Celle-ci s'est achevée au mois de mars. « Les industriels n'ont pas souhaité siéger aux dernières commissions régionales et nationale, mettant en avant la fin de la dérogation. Il faut que les pouvoirs publics nous redonne les moyens de discuter des prix sans tomber sous le coup de la DGCCRF », explique Thierry Roquefeuille, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Les marchés laitiers étant toujours aussi déprimés, la bagarre entre les producteurs et les industriels est alors repartie de plus belle...

P.D.

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