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L'usine Agro

"Nous ne sommes pas Danone et l’avons assumé dès le début !", raconte Christophe Audouin, patron de Les 2 Vaches

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le

Dix ans après sa création, Les 2 Vaches, la "pépite" bio de Danone, est désormais considérée comme un modèle à suivre au sein du géant mondial des produits laitiers. Alors que Danone boucle le rachat d'un spécialiste américain du bio, WhiteWave, Rencontre avec  Christophe Audouin, directeur général de Les 2 Vaches, et de Stonyfield France, la filiale bio de Danone.

Nous ne sommes pas Danone et l’avons assumé dès le début !, raconte Christophe Audouin, patron de Les 2 Vaches
Christophe Audouin, directeur général de Les 2 Vaches, marque de yaourts bio
© Photo Sylvain Guitz/Les 2 Vaches

L'Usine Nouvelle - Comment se porte Les 2 Vaches ?

Christophe Audouin - Depuis dix ans, nous avons toujours accompagné voire tiré la croissance du marché bio : notre but était de le dépoussiérer un peu, lui apporter plus de joie, le rendre plus compréhensible pour le consommateur. En 2016, le marché a connu une croissance exceptionnelle de 16%, et Les 2 Vaches de 25% : nous vendons désormais pour 35 millions d’euros de yaourts en France.

En 2006, le lancement de Les 2 Vaches par Danone avait suscité de la suspicion dans le monde biologique. Pensez-vous avoir convaincu aujourd’hui ?

Au-delà de la réussite de notre business model, nous pouvons être fiers de ce point. Par le travail que nous avons réalisé, notre projet de filière « Reine Mathilde » - que nous cofinançons avec nos partenaires, dont l’Agence BIO et même un concurrent et acteur historique du bio, Triballat – notre relation avec nos éleveurs et notre militantisme, nous avons gagné la confiance de consommateurs pointus sur la bio. Mais aussi celle du milieu : je suis membre de Synabio, le syndicat des transformateurs et distributeurs bio.

Vous appartenez à un groupe qui promeut des produits à des prix accessibles. Comment résolvez-vous l’équation compliquée du prix dans la bio ?

Nous ne sommes pas Danone et l’avons assumé dès le début ! Nous sommes Stonyfield France, la deuxième entreprise de Danone en France (et un peu à l’étranger, voir encadré), et un pur player du bio. Pour nous, le meilleur prix est lié au partage de la valeur, à la capacité à rémunérer correctement les éleveurs, tout en choisissant les meilleurs ingrédients. Quitte à être généreux, en rajoutant par exemple de la crème dans une crème dessert, car la qualité est plus importante que la quantité. Comme la plupart des acteurs sérieux en bio, nous assumons d’être 30 à 40% plus chers au kilo que les produits conventionnels comme ceux de Danone. Si nous faisons de bons produits,  nos consommateurs répondront toujours présents.

Evitez-vous que votre lait ne provienne d’élevages industriels ?

Lorsque nous avons commencé, nous n’avions pas un seul éleveur, et achetions tout à la coopérative laitière Biolait. Petit à petit, nous nous sommes engagés dans la conversion, et travaillons aujourd’hui avec vingt-huit éleveurs normands. En fonction des aléas climatiques et de la saisonnalité des ventes, nous complétons par Biolait à hauteur de 20 à 30%, et cela fonctionne très bien. Nous privilégions un modèle très globalement herbager extensif (vaches en extérieur, disposant d’un hectare chacune en moyenne, avec très peu d’entrants…). Mais il ne s’agit pas forcément de petites fermes, la taille moyenne est de 80 à 100 vaches.

Mais il vous est impossible de ne pas importer certaines matières premières …

Avec l’accélération très forte du marché, nous assistons à de vrais problèmes de qualité et de disponibilité des ingrédients bio. Il y en a forcément qu’on ne pourra jamais faire venir de France, comme la vanille de Madagascar. Et même nos fruits, qui pourraient être francisés, ne le sont pas : la faute à une filière des fruits bio non structurée dans l’Hexagone, uniquement destinée aux fruits de table. Nous sommes très transparents là-dessus. Mais travaillons depuis deux ans sur le sujet. En septembre, pour fêter nos dix ans, nous avons fait fabriquer un yaourt avec des fraises de Plougastel et des rhubarbes du Nord de la France… Peut-être pourrait-il être commercialisé dès cette année…

Vous espériez être bénéficiaires en 2015: est-ce le cas ?

Oui, et encore plus en 2016. Pendant des années, nous nous sommes positionnés comme « un lab » au sein du groupe Danone. Mais depuis 2015, ce qui est formidable, Les 2 Vaches est perçu comme un modèle à part entière dont le groupe peut s’inspirer…

Quelle est votre spécificité aux yeux de Danone?

Ce n’est pas uniquement le bio, mais aussi la façon dont on innove: l’agilité pour mettre sur le marché des produits, des gammes plus courtes, une organisation comme une start-up à part entière avec une équipe restreinte (nous sommes moins de vingt) et très entrepreneuriale, très proche de notre usine et de nos éleveurs, une autonomie sur la stratégie… Mais avec le soutien des fonctions support de Danone.

A sa création, Les 2 Vaches avait promis de reverser 10 % de ses bénéfices à des œuvres environnementales. L’avez-vous fait ?

Nous avons finalement abandonné cette idée afin de donner la priorité à des projets concrets portant sur notre écosystème. Nous finançons ainsi une grande partie du programme “Reine Mathilde”, qui vise à faire de la Basse-Normandie une région experte de l’agriculture biologique et faciliter la conversion des laitiers.

Demain, que sera le bio pour Danone ?

Aujourd’hui, nous sommes dans la continuité des engagements visionnaires de Franck Riboud et Emmanuel Faber. En 1972, Antoine Riboud expliquait dans le discours de Marseille que la responsabilité d’une entreprise ne peut pas se limiter aux usines. Le rapprochement avec Stonyfield s’est inscrit dans cette démarche : le groupe Danone a racheté la troisième entreprise de yaourts aux Etats-Unis, mais aussi senti le potentiel et l’engagement du bio et les opportunités pour la France. Depuis, Danone est aussi entré au capital de Glenisk, spécialiste des yaourts biologiques en Irlande et de Happy Family aux Etats-Unis. Ce sont de nouveaux modèles, plus ouverts et diversifiés, mais avec un socle commun : une alimentation saine, respectueuse de l’environnement et bonne pour ses consommateurs.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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