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« NOUS DEVONS CHANGER DE LOGICIEL »

Par PROPOS RECUEILLIS PAR SOLÈNE DAVESNE ET LAURENT GUEZ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3262

Pour Frédéric Lefebvre, le secrétaire d'État chargé des PME, du Commerce et de la Consommation, l'État doit revoirsa façon de soutenir l'économie.

Cela fait tout juste un an que vous êtes entré au gouvernement. Dans quel état se trouvent aujourd'hui les PME ?

Je constate un double phénomène : quand ils parlent d'eux-mêmes, les patrons sont plus confiants que quand ils évoquent la situation économique. Il en va de même pour les consommateurs. Or cette inquiétude entraîne une moindre prise de risques, qui est de nature à ralentir la croissance.

Faut-il réactiver les dispositifs imaginés en 2008 pour soutenir l'accès au financement ?

Personne ne sait si la situation va être aussi difficile qu'en 2008. Avec François Baroin nous voulons être prêts à réagir si nécessaire. Nous allons reprogrammer une réunion assez rapidement avec les réseaux bancaires. J'ai annoncé il y a quelques jours que je mettais en place un numéro « Soutien TPE / PME » (le 0810 00 12 10) pour les artisans, les entrepreneurs qui ont des difficultés de crédits ou de démarches administratives. Ils seront orientés à leur demande soit vers le Médiateur, soit vers le correspondant PME de leur département, qui facilitera leurs démarches.

François Fillon a présenté le 7 novembre un nouveau plan. Le temps de la rigueur est arrivé ?

Je n'utiliserai pas le terme de plan de rigueur. Oui, depuis quatre ans, nous avons adopté une trajectoire rigoureuse qui nous évite la brutalité des plans de rigueur de nos voisins. La dette, c'est une boule de neige. Elle peut se transformer en avalanche. Pendant 30 ans, les hommes politiques de droite comme de gauche ont utilisé l'échappatoire du déficit. Un pouvoir politique qui assume ce que nous assumons aujourd'hui, ce n'est pas courant à la veille d'échéances électorales. J'appelle cela du courage.

Le plan prévoit un certain nombre de hausses de prélèvements qui touchent des secteurs comme le bâtiment...

Tous les acteurs que je consulte me disent la même chose : ils sont d'accord pour contribuer à l'effort national, à condition qu'ils ne soient pas les seuls et que cela se fasse dans des proportions supportables. Notre plan de retour à l'équilibre repose sur un effort équilibré entre les dépenses et les recettes.

Équilibré ? Les deux plans Fillon comportent surtout des hausses d'impôts !

En prenant en compte toutes les mesures d'économies prises depuis 2007, l'effort sera de 51,3 milliards d'euros en 2012, dont 22 milliards liés aux économies antérieures en termes de dépense comme la RGPP ou la réforme des retraites. En 2012, il y aura ainsi 27,6 milliards de recettes supplémentaires pour 23,7 milliards d'économies. Mais on est dans un pays où on passe sous silence la baisse des dépenses pour ne parler que de l'augmentation de la fiscalité.

Est-ce pour les agences de notation que ce plan était nécessaire ?

Pas seulement. En 2007, le premier amendement que j'ai déposé en tant que député a été pour la règle d'or. Les événements de cet été, entre la crise grecque et la dégradation de la note souveraine américaine, ont été un moment de prise de conscience par nos compatriotes du danger. Le surendettement mène à un mur. Mais ce qui me frappe, c'est que cette prise de conscience n'est pas encore complète. On continue de voir des acteurs économiques ou des parlementaires, y compris de la majorité, qui nous demandent tel dispositif fiscal, telle subvention... Nous devons changer de logiciel.

Quel doit être ce nouveau logiciel ?

Même si c'est compliqué dans une période préélectorale, chacun doit faire preuve de responsabilité et ne défendre que des propositions réalisables. Il faut changer notre façon de faire de la politique, autant à droite qu'à gauche. Depuis que je suis au gouvernement, je vous mets au défi de trouver une réforme que j'ai entreprise qui ait un coût important pour les deniers de l'État. Si j'ai voulu prendre à bras-le-corps le dossier de simplification administrative, c'est parce que c'est le moyen pour moi de donner de l'argent aux acteurs sans que cela coûte au contribuable.

Les Assises de la simplification, justement, se sont tenues en avril. Dans quel délai les entreprises verront-elles leur paperasse s'alléger ?

De nombreuses améliorations sont déjà enclenchées. Dès à présent, nous avons mis fin à l'avalanche de normes tout au long de l'année en imposant deux dates pour leur publication, le 1er janvier et le 1er juillet. Pour les autres, le mouvement est lancé. Sur l'armoire sécurisée numérique, par exemple, qui évitera aux entreprises de fournir les mêmes informations plusieurs fois par an, nous sommes en train de construire l'outil de préfiguration. L'expérimentation commence le semestre prochain. Quant à la nouvelle fiche de paie, elle devrait se matérialiser d'ici un an.

Quelle est la prochaine étape ?

Je veux entrer dans une étape plus « structurelle », comme aux Pays-Bas. Plutôt que d'écoper, il nous faut un système pérenne de « vidage automatique ». Je suis persuadé qu'un des enjeux de la compétitivité française dans les années à venir sera notre capacité à alléger le fardeau des formalités.

Pensez-vous que l'industrie sera au coeur de la campagne présidentielle de 2012 ?

La campagne va se jouer sur les qualités humaines du candidat, mais aussi sur la capacité à créer un espoir pour le développement économique de demain. Nous sommes à un moment capital. Au G20, pour la première fois, le président de la République a obtenu des engagements des pays émergents pour prendre en compte la dimension sociale de l'économie. Il est curieux que personne n'ait relevé ce progrès ! Nous pouvons non seulement empêcher les entreprises de partir mais également les faire revenir. Une grande entreprise chinoise présente en France me faisait ainsi part, en marge du G20, de son intention de relocaliser dans l'Hexagone car la hausse des salaires chinois ne justifie plus une production loin de l'Europe. Un autre débat sera de savoir comment soutenir le travail.

Par une TVA sociale, par exemple ?

La TVA sociale a des avantages, mais dans sa conception classique, elle consiste à transférer des charges de l'entreprise vers le consommateur. Quand on regarde ce qu'ont fait nos amis allemands, il ne faut pas oublier qu'ils n'ont pas les mêmes moteurs que nous, pour qui la consommation est un moteur très important. Il faut trouver un circuit qui ne la fragilise pas. Il faut réussir à construire un dispositif neutre, qui permette à l'entreprise de retrouver sa compétitivité mais aussi au salarié de gagner en pouvoir d'achat. C'est un sujet auquel je réfléchis depuis longtemps.

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