Nos fleurons en font-ils trop ?
Par LAURENT GUEZ, directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3265Si Dassault avait lancé un programme « Mirage 2000 new generation », sur le modèle de l'A 320 NEO, il aurait pu capter les nombreux clients qui n'ont pas les moyens de s'offrir le Rafale.
Le nouvel échec du Rafale, auquel les Suisses viennent de préférer le Gripen suédois, fait mal à la France. Sur ce coup-là, les experts étaient pourtant confiants ! Aujourd'hui, il ne reste que six prospects sérieux : l'Inde, le Brésil, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et la Malaisie. Alors bien sûr, si le gouvernement indien - qui doit bientôt trancher entre l'avion français et l'Eurofighter Typhoon - faisait le « bon » choix, ce serait un bonheur et un soulagement. Pour Dassault Aviation, pour la balance des paiements, pour la nation tout entière. Depuis sa naissance, le Rafale a été utile, c'est une évidence. Même sans contrat à l'export. Avec ses ingénieurs à la réputation mondiale, le réseau de compétences qu'il fédère et ses milliers d'emplois embarqués, il a beaucoup apporté à la France et à son industrie (lire notre enquête, page 28). Ses performances, vérifiées cette année de façon spectaculaire dans le ciel libyen, ont renforcé notre diplomatie. Pourtant, même s'il est considéré comme le meilleur chasseur du monde, le Rafale pêche par son prix, surtout en période de disette budgétaire. À l'inverse de l'industrie française dans son ensemble, qui n'a pas assez misé sur la qualité, il souffre en fait de « surqualité ».
Dommage que l'avionneur français n'ait pas eu la même idée pour son Mirage 2000 qu'Airbus avec son A320. Lancé en 1984 (l'année où l'armée de l'air française mettait en service le Mirage 2000), l'A320 a connu une superbe carrière commerciale. L'an dernier, conscients qu'ils n'auraient plus de cash pour développer son successeur, les dirigeants d'Airbus ont lancé l'A320 NEO, une version modernisée et dotée de moteurs dernier cri. Depuis cette annonce, le « nouvel » A320 a enregistré 1 300 commandes ! Les situations ne sont jamais totalement comparables, mais si Dassault avait lancé un programme « Mirage 2000 new generation », il aurait pu capter les nombreux clients qui n'ont pas les moyens de s'offrir le Rafale. En particulier ceux qui avaient plébiscité le Mirage 2000.
Hélas, tout se passe comme si nous avions le chic, en France, pour fabriquer des produits trop basiques ou trop sophistiqués. Trop basiques pour affronter la concurrence des pays à main-d'oeuvre bon marché. Trop sophistiqués pour remporter les grands appels d'offres. Comme le Rafale, l'EPR d'Areva et l'AGV d'Alstom sont souvent écartés des compétitions parce qu'ils sont trop bons. Or, ce sont les fleurons de notre industrie !











