"Nos clients doivent avoir moins de banques"
Par Arnaud Dumas - Publié le
ENTRETIEN L'économie réelle commence à ressentir les effets de la crise financière. Inquiètes, les entreprises freinent leurs investissements et les banques, de leur côté, se font parcimonieuses dans la distribution des crédits court terme. Franck Oniga, le directeur du marché "entreprise" de la Banque Populaire, nous explique comment la relation entre le chef d'entreprise et son banquier va devoir évoluer pour s'adapter au nouvel environnement économique.
L'Usine Nouvelle - Comment se comporte le crédit aux entreprises ?
Franck Oniga - Depuis octobre, nous enregistrons une baisse sensible des nouveaux crédits d'équipement accordés aux entreprises. C'est un phénomène lié très directement à la crise de cet été. L'instruction d'un dossier de crédit prend en effet du temps, jusqu'à un ou deux mois pour les demandes les plus importantes. La baisse ressentie au mois d'octobre s'explique donc par un arrêt des demandes du mois d'août. Cette baisse de production est avant tout liée à la baisse de la demande des entreprises. Car nous n'avons rien changé dans nos directives aux agences, nous n'avons pas demandé de restreindre l'octroi de crédit. Je rappelle que le crédit représente 60 % de notre chiffre d'affaire en banque de détail, c'est le nerf de la relation bancaire. Mais les chefs d'entreprises sont inquiets et anticipent les difficultés. Les projets d'investissement qui ne sont pas au premier rang de leur stratégie sont donc différés.
Qu'en est-il des crédits à court terme ?
Leur niveau est stable, nous renouvelons les lignes. Pas toujours à la hauteur de ce que souhaiteraient les chefs d'entreprise, qui voient leur besoin en fonds de roulement (BFR) augmenter et leur trésorerie se tendre. Ma réponse consiste à leur dire que nous avons des solutions multiples pour couvrir les besoins à court terme, elles ne se limitent pas à des facilités de caisse ou à du découvert. Nous voulons continuer à maintenir le crédit à court terme, mais en le diversifiant. Il faut une approche de type conseil auprès des entreprises pour les orienter vers d'autres solutions, comme l'affacturage, la cession de créances Dailly ou même l'assurance contre les impayés.
N'y a-t-il pas aussi un problème de ressources de la part des banques pour octroyer des crédits ?
Toutes les banques françaises ont revu à la baisse leurs plans de refinancement sur les marchés pour 2012. Comme le marché interbancaire se referme, les banques doivent collecter plus de ressources clientèle, pour moins dépendre du marché. A la Banque Populaire, nous avons plus d'un million de clients professionnels et entreprises, il vaut mieux dépendre d'un million d'acteurs économiques que des opérateurs de marché ! La conséquence est un changement durable et profond de la relation entre l'entreprise et la banque. Pour faciliter l'obtention d'un financement la domiciliation du chiffre d'affaire est importante. Nous devons demander à nos clients d'étoffer la relation bancaire ce qui nous permet de jouer pleinement notre rôle. Cela peut conduire à une réduction du nombre de banques pour un client. Ce qui était avant une bonne pratique dans la banque : avoir un niveau de flux proportionnel au niveau de crédits octroyés. Aujourd'hui, cela devient incontournable.
Y a-t-il des secteurs d'activité que vous jugez plus risqués que d'autres ?
Nous effectuons une surveillance consolidée des risques, mais nous n'avons en aucun cas de politique sectorielle de risques. Les Banques Populaires régionales sont autonomes dans leur manière d'octroyer des crédits. Dans un secteur sinistré, vous trouvez toujours un chef d'entreprise qui fait bouger le modèle, on ne veut donc pas l'exclure du crédit. Quelque soit le secteur considéré l'appui d'Oséo et la remise en place des outils qu'il avait utilisés pendant la crise de 2008 pour aider les entreprises en difficultés est souhaitable. Par exemple, la restructuraction d'un crédit court terme en crédit à moyen terme, moyennant une garantie Oséo. La Fédération bancaire française (FBF) a réitéré la demande à l'Etat pour qu'il dote Oséo des moyens pour remettre en place ce dispositif. Nous ne sommes pas encore dans la situation où les entreprises en ont besoin, mais on pourrait y arriver.
Propos recueillis par Arnaud Dumas

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