Normandie : En attendant le vent

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3294

  Face à l'émergence possible d'une filière industrielle dans l'éolien offshore, la région adapte son outil aux productions d'avenir.

Deux nouvelles usines « vertes ». Osilub à Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime), créée par Total Lubrifiants et Veolia Environnement, est capable de recycler 120 000 tonnes d'huiles moteur usagées par an. Elle vient d'être mise en service après un investissement de 55 millions d'euros avec, à la clé, 50 emplois. La seconde est la centrale de cogénération biomasse au bois de Cofely (GDF Suez), pour un montant presque équivalent (57,5 millions d'euros). Elle alimente désormais en vapeur l'usine de trituration d'oélagineux contiguë de Saipol à Grand-Couronne (Seine-Maritime). Elle a généré une cinquantaine d'emplois directs et indirects.

"Aucune région industrielle n'échappe à la crise. Cependant, toutes ne sont pas égales devant elle. De ce point de vue, la Normandie est plutôt bien armée pour en sortir par le haut, estime Jean-Karl Deschamps, le vice-président de la région Basse-Normandie, chargé du développement durable. Bien sûr, nous sommes au milieu du gué, mais outre ses solides fondamentaux (nucléaire, construction navale, agroalimentaire, aéronautique, pétrochimie et logistique), la Normandie voit sa ligne d'horizon dégagée. Et ce, grâce aux énergies marines renouvelables et au passionnant défi à relever de la création d'une filière industrielle autour des deux futurs champs éoliens offshore de Courseulles-sur-Mer (Calvados) et de Fécamp (Seine-Maritime)."

POUR RUIA SEALYNX CHARLEVAL, C'EST RENAULT OU RIEN

Les 550 salariés du fabricant de joints d'étanchéité pour l'automobile Ruia Sealynx n'en démordent pas : ils veulent devenir une filiale de Renault, qui absorbe 85 % de l'activité de leur entreprise. « C'est la seule solution d'avenir pour notre usine qui a perdu 550 emplois en dix ans », martèle Jérémy Durdu, le délégué CGT du site de Charleval (Eure). Devenu en mai 2011 une filiale de l'indien Ruia, Sealynx est en redressement judiciaire. « Aucun repreneur n'a déposé de dossier et c'est tant mieux. Les deux candidats, Stomil Sanok et Cooper Standard Automotive, voulaient nous dépecer. Renault, depuis des années l'unique décideur et financeur de nos activités, doit prendre avec le gouvernement, son actionnaire majoritaire, ses responsabilités et nous filialiser. »

La Basse-Normandie a pris une longueur d'avance sur la Haute-Normandie où les investissements liés à l'éolien offshore ne seront pas déclenchés avant 2014. « Nous lançons cette année un investissement de 100 millions d'euros sur le port de Cherbourg (Calvados) pour préparer la construction dès 2013 d'une usine d'hydroliennes par DCNS et de deux usines par Alstom, une de pâles et une de mâts d'éoliennes », précise Jean-Karl Deschamps. Ces trois usines, qui seront les noyaux durs de la future filière, généreront, selon leurs promoteurs, 3 000 emplois d'ici à cinq ans.

Si la Haute-Normandie doit patienter pour toucher à l'or bleu des énergies marines renouvelables, ses grands industriels, concentrés en Seine-Maritime, assurent en revanche leur mutation vers les productions d'avenir. À l'instar de Renault qui investit 230 millions d'euros à Sandouville pour remplacer la fabrication en déclin de véhicules haut de gamme par celle d'un véhicule utilitaire, "garant de la pérennité du site", selon le constructeur. À Cléon, le site de Renault bénéficie d'un programme en cours de 300 millions d'euros. D'une part, pour augmenter la production de son moteur économe et polyvalent R9M, au succès mondial. D'autre part, pour la fabrication du moteur électrique Renault.

Autre métamorphose de l'outil, chez Linex Panneaux. Laurent de Sutter, le PDG de ce spécialiste des panneaux agglomérés en bois et en lin, estime que "la filière bois est une filière d'avenir". Il adapte, pour 55 millions d'euros, son usine d'Allouville-Bellefosse à la demande des marchés. Une démarche omniprésente dans la pétrochimie. Esso Raffinage SAS (Exxon Mobil) apporte ainsi à Port-Jérôme 120 millions d'euros, essentiellement pour augmenter sa production de gazole. Pour le même motif, Total achèvera bientôt, à Harfleur, un investissement de 700 millions d'euros. À Lillebonne, le spécialiste du caoutchouc Lanxess Elastomères mise 30 millions d'euros sur le développement des pneus économes en carburant. Nouveaux produits aussi chez Tereos à Lillebonne (lire encadré).

Des investissements cependant peu fertiles en emploi, si ce n'est pour les chantiers qu'ils génèrent. Une faiblesse des embauches à laquelle échappe l'aéronautique. Celle-ci investit, à l'image d'Aircelle à Harfleur, mais plutôt dans la matière grise afin de préparer les avions de demain, comme l'A 320 Neo. Cette filière recrute cette année quelque 400 ingénieurs et techniciens en Normandie.

À l'inverse, les sous-traitants automobiles sont les plus touchés par la crise. Tel l'américain Honeywell Matériaux de friction à Condé-sur-Noireau (Calvados, 323 salariés), dont la délocalisation de l'activité en Roumanie, en 2013, semble sans appel. Ou bien Ruia Sealynx à Charleval dans l'Eure [lire ci-dessus]. Des entreprises dont les salariés en appellent, comme ceux de la raffinerie du Suisse Petroplus à Petit-Couronne (Seine-Maritime) en quête d'un repreneur, à l'intervention du gouvernement. Ce dernier tient assurément en Normandie un véritable laboratoire pour tester le redressement productif.

Tereos assure l'avenir à Lillebonne

Traditionnellement productrice de bioéthanol et bientôt de gluten, avec la mise en service en cours d'un investissement de 60 millions d'euros, l'usine Tereos de Lillebonne (Seine-Maritime) bénéficie d'un nouvel investissement de 110 millions d'euros. « L'enjeu est de diversifier les activités de cette usine, en y ajoutant une unité d'élaboration de sirop de glucose, précise Pierre-Christophe Duprat, le directeur de la division amidon de Tereos. La polyvalence du site va nous mettre à l'abri de sa dépendance au marché inconstant du bioéthanol et garantir des débouchés et des revenus pour nos agriculteurs coopérateurs. » Consacré à l'installation d'équipements industriels, l'investissement sera opérationnel début 2013. Il devrait générer 20 emplois. Le sirop de glucose produit sera destiné pour moitié à l'industrie agroalimentaire et pour moitié à l'industrie de la chimie et à la pharmacie. L'an passé, l'usine a transformé 820 000 tonnes de blé en 300 000 m3 d'éthanol et 300 000 tonnes de drèches pour l'alimentation animale.

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