ENQUÊTE L'automobile, la sidérurgie et l'agroalimentaire tirent l'activité industrielle du territoire avec des investissements qui pérennisent les sites en place.
Fin 2011 avait lieu à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) l'inauguration du site industriel du groupe pharmaceutique britannique GSK, fruit d'un investissement de 600 millions d'euros. Il n'y en aura sans doute pas d'aussi important de sitôt en Nord-Pas-de-Calais au vu des projets d'investissements annoncés sur les douze derniers mois. À part le chantier du terminal méthanier d'EDF à Dunkerque et le futur centre logistique dont le Groupe 3 Suisses international va se doter à Hem, dans l'agglomération lilloise, pour 70 millions d'euros, les gros programmes portent surtout sur des extensions de sites. En particulier dans le secteur automobile qui, avec plus de 50 000 salariés, emploie plus d'un quart des effectifs industriels régionaux.
À Valenciennes, Toyota a dégagé 25 millions d'euros pour adapter son usine à l'assemblage du modèle hybride de sa Yaris, lancé en production en avril 2012. Le constructeur japonais compte en produire 40 000 d'ici à la fin de l'année, soit 20% des véhicules sortant de son site français. À Douai, Renault prévoit de consacrer 420 millions d'euros pour adapter l'usine Georges Besse à l'assemblage de la remplaçante de l'Espace ainsi que des futurs Laguna et Scénic. Il faudra attendre fin 2014 pour en voir les bénéfices, quand les lignes d'assemblage de la future Espace seront opérationnelles. Ce projet s'inscrit dans le cadre d'un plan stratégique qui vise à rassembler à Douai la production des voitures moyen et haut de gamme de la marque au losange.
SEVELNORD EN MAL DE PARTENAIRE
L'avenir de Sevelnord et de ses 2 700 salariés est de plus en plus menacé depuis l'annonce de Fiat, le partenaire de PSA Peugeot Citroën sur le site d'Hordain, de ne pas renouveler sa coopération au-delà de 2017. La nouvelle est tombée il y a plus d'un an et le constructeur français n'a toujours pas trouvé de remplaçant. Le site de Hordain ne sait toujours pas s'il va pouvoir lancer de nouveaux modèles de véhicules. La direction mise sur davantage de flexibilité et sur une réduction des coûts de production pour gagner en compétitivité et concurrencer le site PSA de Vigo en Espagne, en compétition pour la fabrication du futur utilitaire de la marque. Les effectifs devraient passer sous la barre des 2 100 salariés. L'usine sort actuellement 420 véhicules par jour dont 57 monospaces (30 à partir de septembre).
Côté équipementier, quelques bonnes nouvelles également. À Gouzeaucourt, l'espagnol Gestamp agrandit son site et l'équipe de deux lignes de formage à chaud ainsi que de moyens de production nécessaires aux opérations de détourage. Le tout pour 20 millions d'euros, avec un démarrage de l'activité prévue en juillet 2013. Financées avec l'aide du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), ces installations permettront de fabriquer des pièces de carrosserie moins épaisses que celles obtenues par formage à froid et donneront au site une avance technologique garante de sa pérennité. Autre équipementier, Schaeffler Chain Drive Systems, qui fabrique des chaînes de transmission, prépare son déménagement à Calais pour l'été 2013 dans un site de production. L'industriel allemand a annoncé un investissement de 20 millions d'euros et la création d'une cinquantaine d'emplois d'ici à deux ans.
L'agroalimentaire porté par un tissu de PME
Les industriels de la sidérurgie et de la métallurgie confortent leur présence dans le Nord-Pas-de-Calais par plusieurs projets de modernisation. À Aluminium Dunkerque, Rio Tinto investit 57 millions d'euros dans de nouveaux équipements destinés à assurer la compétitivité de l'usine, la plus grosse du groupe (260 000 tonnes d'aluminium produites par an). Plus au sud, près de Valenciennes, à Trith-Saint-Léger, Laminés marchands européens (LME) envisage d'accroître de 30% sa production d'acier courant livrée sous forme de produits longs. Toujours dans le valenciennois, un des rares territoires à ne pas avoir perdu d'emplois industriels ces dix dernières années, le métallurgiste Metalnor a inauguré, fin juin 2012, une usine qui lui a coûté 2,25 millions d'euros. Il y découpe à la demande plus de 2 000 tonnes de tôles et de bobines d'acier par mois, soit deux fois plus qu'il y a dix ans.
À Boulogne-sur-Mer, la nouvelle zone industrielle aménagée sur l'ex-friche de la Comilog a accueilli cette année l'usine de Marine Harvest. Le groupe norvégien y a investi 11 millions d'euros. Spécialisé dans la transformation du saumon, le site emploie 130 salariés. À proximité, Océan Délices, via sa filiale Traiteurs de la mer, a annoncé la construction d'un atelier dédié à la réalisation de sushis. Il devrait ouvrir ses portes début 2013. Plus au sud dans les terres, Herta agrandit son usine de Saint-Pol-sur-Ternoise et la dote d'un outil de cuisson du jambon. Enfin, Soup'Ideal a lancé un programme d'investissement de 7 millions d'euros qui prendra effet cet été et englobe la reprise de la Légumerie de la Côte d'Opale, l'ajout d'une ligne de conditionnement UHT et l'optimisation de sa logistique.
Dans le Nord-Pas-de-Calais, le dynamisme industriel ne repose pas que sur les ténors de l'automobile et de la sidérurgie, il est aussi porté par les projets de ses PME. Des PME nombreuses dans l'agroalimentaire, secteur le moins touché par la crise selon l'Insee. Ses effectifs ont augmenté au moins jusqu'au début de l'année 2012.
500 millions d'euros de gazoduc entre Dunkerque et Cuvilly
Pour raccorder au réseau de transport national de gaz le terminal méthanier d'EDF à Dunkerque, actuellement en chantier et dont la mise en service est prévue fin 2015, GRTgaz a commencé en mars l'installation du premier tronçon du gazoduc qui reliera la station de Pitgam (Nord) à celle de Cuvilly (Oise) sur 191 km. Ce gazoduc double la première canalisation Artères des Hauts de France qui date de 1997. Le projet de cette Artère des Hauts de France II représente un investissement de 500 millions d'euros. Elle transportera le gaz en irriguant au passage les grandes agglomérations urbaines, dont la région parisienne, ainsi que des clients industriels et des stockages souterrains. Les travaux mobilisent environ 400 personnes. Entre 40 et 50 millions d'euros seront injectés dans la vie économique locale à travers la sous-traitance, les fournitures et matériaux, l'hébergement, les carburants et les locations ainsi que la main-d'oeuvre locale. Le chantier a démarré par la pose d'un premier tronçon de 51 km entre Pitgam et Nédon dans le Pas-de-Calais, qui devrait être livré en novembre. L'Artère des Hauts de France II constitue la première étape d'une autoroute du gaz de près de 500 km qui se poursuivra jusqu'à Voisines (Haute-Marne). L'investissement total de l'opération s'élève à environ 1,1 milliard d'euros.









