NOKIA VA MIEUX, MERCI !
Par PAR EMMANUELLE DELSOL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3261Le numéro un mondial retrouve le moral. Avec une gamme de smartphones tout neufs, une stratégie industrielle affirmée et une R et D créative.
Séquence émotion. Sur un écran géant, le patron de l'usine de Nokia de Salo en Finlande, tout sourire, brandit fièrement le premier Lumia sorti des chaînes. À quelques milliers de kilomètres de là, à Londres, ce 26 octobre 2011, le public du Congrès Nokia World applaudit. Enfin ! Après des mois d'annonce de licenciements, de renoncements, d'érosion de parts de marché, Nokia - qui reste plus gros vendeur de mobiles au monde - retrouve son lustre... grâce à un smartphone haut de gamme, digne de ce nom, qu'il a mis à peine plus de huit mois à développer. Et qui arrive à point nommé. Alors que les ennemis Apple et Samsung se livrent une guerre de brevets sans merci, et que RIM, l'un des leaders du marché, se débat dans le fond des classements.
Mises à rude épreuve, les équipes ont tout donné pour accoucher de ces nouveaux bébés. « Nous sommes fiers, confirme Henry Tirri, le nouveau directeur technique (CTO). Ces Lumia n'ont été inscrits à notre feuille de route que le 11 février dernier. » Ce jour-là, Nokia décidait de se tourner inexorablement vers le système d'exploitation mobile Windows Phone de Microsoft. Et de laisser petit à petit de côté ses produits maisons, Symbian et Meego. Une transition cruelle, mais nécessaire, pour que le finlandais reste le numéro un mondial des mobiles en nombre d'unités vendues.
Réorganisation industrielle
Pour réussir ce tour de force, l'industriel a d'abord décidé de conserver le châssis de son N9. Sorti cet été équipé de Meego, ce smartphone affiche un design haut de gamme, un écran couvrant toute sa surface, une coque en polycarbonate d'un seul tenant. Les bureaux d'étude n'avaient plus qu'à y glisser Windows Phone pour le transformer en Lumia. Ou presque ! Car exécuter un tel salto arrière s'avère quasiment plus difficile que de partir d'une feuille blanche, rappelle Henri Tcheng, consultant télécoms pour le cabinet de conseil BearingPoint. Ne serait-ce que pour assurer la correspondance entre écran tactile et interface utilisateur. « La sortie rapide des Lumia démontre en tout cas la souplesse de l'ingénierie de Nokia », lance Carolina Milanesi, directrice de recherche pour le cabinet d'études Gartner Group.
Pour tenir son planning, le finlandais s'est également appuyé sur une nouvelle organisation industrielle. Il s'est résolu à sous-traiter une partie de la fabrication des Lumia au taïwanais Compal. Ce qui n'est pas tout à fait une première, puisqu'il avait déjà occasionnellement confié sa production à des firmes asiatiques. Mais cette stratégie permet d'accroître encore sa flexibilité. Les dix sites industriels, que Nokia détient en propre, sont en effet capables de basculer sur la production de quasiment n'importe quel produit de la gamme. Une souplesse essentielle sur le marché particulièrement volatile des mobiles, difficile à obtenir d'un sous-traitant. Le finlandais ne devrait donc pas généraliser l'expérience. En revanche, il indique clairement son intention de déplacer son centre de gravité industrielle en basculant une grande partie de la fabrication vers ses usines asiatiques à plus gros volumes.
Un moyen de renforcer sa présence déjà phénoménale à l'Est de la planète où les fabricants de mobiles ne font qu'émerger. Nokia revendique en effet 78 % des ventes de mobiles en Inde, 86 % en Russie et 64 % en Malaisie (juin 2011). En même temps que les Lumia, Nokia a d'ailleurs pris soin d'annoncer cinq nouveaux modèles, les Asha, réservés aux pays émergents. « Notre réseau industriel a été, est et continuera d'être une de nos compétences centrales et un avantage compétitif », tient à préciser un porte-parole interrogé sur le sujet. Et comme le rappelait Stephen Elop à Londres, « nous produisons 12 mobiles par seconde, un million par jour, 365 millions par an... ».
Maîtrise de la fabrication
Mais la réorganisation industrielle est aussi un moyen pour le PDG de Nokia, Stephen Elop, de diminuer ses coûts et de s'adapter ainsi à un marché aux marges réduites. Il a ainsi décidé de fermer son site roumain de Cluj pour en ouvrir un au Vietnam et se stabiliser à dix installations dans le monde. Quant à ses usines de Salo en Finlande, de Komarom en Hongrie et de Reynosa au Mexique, elles basculeront petit à petit vers la personnalisation du logiciel et de l'emballage pour leur zone géographique. Leur capacité de production, elle, migrera vers les usines asiatiques de Nokia.
Cette maîtrise de la fabrication permet aussi à Nokia de continuer à investir fortement en R et D (5,8 milliards d'euros en 2010, soit 13,8 % du chiffre d'affaires). Une démarche qu'il n'a jamais abandonnée, même si elle était moins en vue depuis quelques mois. Pour preuve, le prototype de tablette souple Kinetic, qui a bluffé tous les observateurs.
FORCES International Des forces de production et de vente partout. Microsoft Son partenariat autour de Windows Phone le booste. R & D Nokia n'a jamais cessé d'investir à spectre très large. FAIBLESSES Amérique Historiquement peu ancré sur les terres d'Apple. Tablettes Nokia n'a pas pris le virage. Logiciels Deux systèmes d'exploitaiton anciens (Meego et Symbian) à gérer. OPPORTUNITÉS Les émergents Nokia est très bien implanté en Inde et en Russie. La faiblesse de RIM Le fabricant des BlackBerry va de déboires en déboires. La guerre Samsung-Apple Pendant ce temps-là, la voie est dégagée pour Nokia. MENACES Apple L'américain continue à truster le marché des smartphones. Les Chinois Les équipementiers ZTE et Huawei s'attaquent au marché du mobile. Un marché instable Plus d'acteurs et des clients moins fidèles.

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