NE M'APPELEZ PLUS JAMAIS HEULIEZ !
Par PAR CAROLE LEMBEZAT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3238
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ENQUêTE Sous le feu des projecteurs il y a un an, la PME a été scindée en deux. Pour percer, l'entité dédiée aux véhicules propres, Mia Electric, gomme ses origines.
Chacun chez soi ! Des tranchées partagent l'immense site industriel de la commune de Cerizay (Deux-Sèvres). Une haie d'arbustes et de buissons masquera bientôt le grillage en cours d'installation. D'un côté, Mia Electric, le constructeur de véhicules électriques, de l'autre, Heuliez, son fournisseur de châssis. Il y a un an, ces deux entités n'en formaient qu'une et défrayaient la chronique. Fin juin 2010, après des mois de rebondissements et de nombreux projets de reprise, le tribunal de commerce de Niort décide finalement de céder l'entreprise à une alliance composée du français BGI et des groupes allemands ConEnergy et Khol. Le premier conserve le nom d'Heuliez et reprend les activités d'emboutissage et de carrosserie. Les seconds récupèrent la partie dans laquelle la région Poitou-Charentes avait investi 5 millions d'euros. Baptisée Mia Electric, elle se consacre au développement et à la fabrication de véhicules « propres ».
« Chaque entité doit avoir sa propre identité », insiste Laurent Buffeteau, le directeur général de Mia Electric. L'accès à l'entreprise va d'ailleurs être déplacé afin de ne plus avoir la rue Louis Heuliez pour entrée principale. Cantine et infirmerie restent les seuls éléments communs aux nouveaux voisins. Partout, dans les bureaux comme dans les ateliers, le nom Mia Electric se substitue à celui d'Heuliez. Le moindre morceau de roue de carriole - le logo d'Heuliez - visible sur une porte ou sur un tableau d'affichage est remplacé par la fleur incrustée dans un carré aux angles arrondis, la griffe du constructeur. Parfois, la substitution se fait simplement, à l'aide d'un bout de papier soigneusement scotché, imprimé aux couleurs de la nouvelle entité. « Nous voulons créer une marque, pas juste fabriquer et vendre des véhicules, prévient Laurent Buffeteau. C'est très ambitieux ! »
Ligne de conduite Toyota
Les premières Mia seront livrées en juin à La Rochelle (Charente-Maritime) et en août à Nice (Alpes-Maritimes), deux villes où l'entreprise a remporté les marchés d'auto-partage. L'atelier de montage, avec sa forme en U dont chaque branche mesure 100 mètres de long, ressemble à celui de n'importe quel constructeur automobile. Au détail près qu'ici il n'y a ni automatisation à outrance ni rythme effréné de production. Sur la ligne, seul un véhicule « école » permet aux opérateurs de se faire la main. Les caisses arrivent par le haut, grâce à un rail relié à l'atelier de fabrication voisin du sous-traitant Heuliez. Le faisceau de câbles est reçu prêt à monter. Des rangements fraîchement repeints contenant les pièces à assembler sont placés en bord de ligne. Un robot se saisit des vitres et les colle sur les véhicules. Les batteries sont positionnées à la fin de la première ligne mais elles ne seront branchées qu'après l'habillage, par des opérateurs habilités.
L'objectif zéro défaut s'affiche partout. Après une série de contrôles, l'équipe de la première branche en U « vend » son véhicule à la branche chargée de l'habillage. Comme un fournisseur livre son client, en lui garantissant une qualité optimale et des délais respectés. « Nous appliquons la philosophie Toyota, soutient Laurent Buffeteau. Dès qu'un défaut est identifié, la ligne est arrêtée jusqu'à ce que le problème soit résolu. » Un peu plus loin, en périphérie de la ligne d'assemblage, des postes adaptés aux personnes handicapées (6 % des effectifs) permettent la préparation de certains éléments qui seront ensuite intégrés sur la ligne. L'entreprise dispose aussi d'une cellule d'essais basse et haute température pour tester ses prototypes, d'un banc de test dynamique pour contrôler ses véhicules en sortie de ligne de production ainsi que d'une piste d'essai de 1,5 kilomètre.
Présent au salon de Genève en mars dernier, pour la première fois avec son propre stand, Mia Electric y a dévoilé sa petite citadine, proposée en deux longueurs, ainsi que sa version utilitaire. Pour l'occasion, une gamme d'accessoires, comme un protège iPad, a été créée aux couleurs de la marque et assortie aux sièges des véhicules présentés. Ceux-ci avaient été redessinés par Murat Günak, ancien designer star de grands constructeurs automobiles allemands et français, aujourd'hui embauché chez Mia Electric. « L'objectif, c'est d'en faire un véhicule d'apparence plus solide », explique le directeur général. La solidité n'exclut pas le souci du détail. Comme la fleur du logo de Mia Electric, qui s'illumine sur le bouton d'ouverture et de fermeture de la portière. « Je suis convaincu que nous entrons avec l'automobile dans l'ère du téléphone portable, que l'on change régulièrement », assure Laurent Buffeteau.
Renault pour poisson pilote
Le directeur général de Mia Electric n'estime pas à plus de dix ans la durée de vie de son véhicule dans sa version actuelle. « Il faut taper vite et fort pour avoir une production diversifiée, avertit le dirigeant, la Mia doit vivre ! » Une dizaine de personnes, sur les 60 que compte le service de R et D, ont déjà été réorientées pour travailler sur la Mia 2. Dans le bureau d'études, un ingénieur, virtuose du logiciel Catia, oeuvre à l'élaboration d'un boîtier d'inviolabilité. Un équipement qui pourrait venir compléter l'airbag, l'ABS et la condamnation centralisée, déjà montée en série. La simplicité reste le leitmotiv des concepteurs du véhicule. Repris à son compte par Laurent Buffeteau : « On lance une voiture, pas un système de mobilité », dit-il en référence à Renault qui dit développer un modèle économique spécifique au véhicule électrique. La Mia, vendue avec son ensemble de batteries, se branche sur une prise classique.
Le poste de conduite en position centrale en fait un véhicule original qui n'a pas besoin d'adaptation pour rouler sur les routes où la conduite est à gauche. « Nous n'avons pas électrifié une base roulante. Nous sommes partis de zéro, explique Patrick Largeau, ancien d'Heuliez et actuel directeur projets et développement de Mia Electric. C'est comme ça que nous sommes parvenus à en faire un véhicule très léger. » C'est aussi l'un des arguments de vente de Renault pour sa Zoé, qui devrait être commercialisée au premier semestre 2012. Plus de six mois après l'arrivée de la Mia sur le marché. La marque au losange n'est pas perçue comme un concurrent par Mia Electric. « Renault nous tire, se réjouit Laurent Buffeteau, Nous n'avons pas ses moyens de communication, alors quand il parle de voiture électrique, c'est bénéfique pour nous. » Avec un prix de vente de 25 000 euros (hors bonus écologique), la Mia sera l'une des moins chères du marché.
Effectifs et production doublés
« Nous visons essentiellement les collectivités et les flottes captives », précise le directeur général. Pour le moment, les commandes fermes des particuliers représentent 620 voitures. Auxquelles il faut ajouter environ 600 intentions de commandes. Au total, quelque 6 200 unités seront produites cette année, 12 000 sont prévues en 2012, et pas plus de 12 200 au cours des années suivantes. On est loin des 150 000 voitures électriques que Renault compte écouler ! Mia Electric devra tout de même porter son effectif de 164 salariés à 250 d'ici à la fin de l'année, puis à 300 en 2012. Et aussi s'assurer que sa centaine de sous-traitants est capable d'accompagner le doublement de la production attendu d'ici à 2012. « On interroge tous nos fournisseurs afin d'identifier les points de blocage et les solutions possibles, comme la mise en place d'une double source par exemple », explique Olivier Geffard, le directeur des achats et de la production. Si la plupart des équipements de Mia Electric sont hérités de l'ancien Heuliez, la stratégie, elle, n'a plus rien à voir.
L'objectif de production 2012 de Mia Electric.
FRANÇOIS DE GAILLARD est associé cofondateur, avec Pierre Baelen, de BGI, qui a repris la partie emboutissage d'Heuliez.
« Dans le projet de reprise que nous avons bâti avec ConEnergy et M. Khol, notre positionnement était clair : rester dans le métier de BGI et dans le métier d'origine d'Heuliez : la sous-traitance. Notre filiale Buisard, qui fabrique, entre autres, des cabines pour engins de travaux publics, était saturée. Elle avait besoin d'une extension qu'Heuliez a apportée. Ces deux sociétés soeurs, qui sont distantes de 80 kilomètres, sont par ailleurs complémentaires. Ensemble, elles nous permettent d'avoir tous les process du travail de la tôle. Cela nous fait du tort que l'on continue de parler du « véhicule électrique d'Heuliez ». Cela sème la confusion auprès de nos clients. Nous ne sommes pas Mia ! Heuliez est son sous-traitant. À ce jour, nous n'avons reçu aucune subvention. Et nous avons remboursé par anticipation une partie d'un prêt que nous avait accordé la région Poitou-Charentes. Mia est pour nous un client comme un autre, avec une touche émotionnelle en plus, bien sûr. Il pèsera 6 % du chiffre d'affaires en 2011 et moins de 10 % l'année suivante. »
FAM DOUBS Prévisions de ventes 2011 : 250 véhicules En livrant dès 2010 trois de ses F-City à la communauté de communes de Montbéliard (Doubs), FAM avait coiffé sur le poteau les autres constructeurs. La PME, qui produit ses véhicules à Étupes (Doubs), prévoit de vendre 250 F-City en 2011. Soit quasiment cinq fois plus que l'année précédente. Elle vise aussi l'exportation, notamment vers les États-Unis, où elle vient de signer un contrat. MATRA LOIR-ET-CHER Prévisions de ventes 2011 : 4 000 dans le monde Société du groupe Lagardère, Matra propose une série de véhicules à deux ou quatre roues 100 % électriques. Assemblés à Romorantin (Loir-et-Cher), les quadricycles sont développés par Global Electric Motorcars, filiale de Chrysler. Homologués sur route, ces véhicules à l'allure de voiturette de golf ciblent d'abord les livreurs en centre-ville. La Poste a acquis une centaine d'exemplaires. AIXAM MEGA SAVOIE Prévisions de ventes 2011 : entre 300 et 500 véhicules Spécialiste de la voiturette sans permis, Aixam Mega propose depuis quelques années une motorisation électrique dans sa Mega e-city. La PME, implantée en Savoie, a vendu 300 véhicules en France en 2010 et prévoit de porter ce chiffre à 500 cette année. Bien que ne nécessitant pas de permis de conduire, les Mega e-city s'adressent plutôt aux collectivités locales et aux institutionnels.

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