Naturex porté par la vague des ingrédients naturels
Par Patrick Déniel - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3087Le groupe avignonnais poursuit une politique ciblée d'opérations de croissance externe sur le marché des additifs alimentaires à base d'extraits de plantes. Un petit segment dans le marché des ingrédients, mais en croissance et de plus en plus bataillé.
Une entêtante odeur de plan-tes entoure l'usine Naturex, dans la zone Agroparc d'Avignon. D'un extracteur, à l'intérieur du bâtiment, sortiront bientôt 5 000 litres de solvants chargés d'extraits de romarin (doté de hauts pouvoirs de conservation). Après des opérations de filtrage et d'évaporation, l'extrait sera vendu à un industriel de la viande, des corps gras ou des boissons, qui l'intègrera à son produit pour freiner les phénomènes d'oxydation et offrir une période de consommation suffisamment longue.
Le « clean labelling » se renforce dans l'agroalimentaire sous la pression de distributeurs comme le britannique Asda, qui va supprimer les additifs artificiels des 9 000 produits vendus à sa marque. Une chasse aux « E » sur les étiquettes qui contraint les industriels à recourir à des ingrédients naturels. Une tendance qui a fait le succès de Naturex, et de Jacques Dikansky, créateur en 1992 de cette PME qui devrait frôler cette année les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Parti de la fabrication d'extraits de plantes, Jacques Dikansky a su se diversifier avec des acquisitions ciblées. Une stratégie qui l'a conduit à introduire la société en Bourse en 1996 (80 % de capital flottant, à côté de ses 20 %).
des Acquisitions en série
Aux Etats-Unis, en 2002, Naturex achète Brucia (7,5 millions d'euros de chiffre d'affaires), ce qui lui permet de prendre pied sur le juteux marché des compléments alimentaires (environ 35 milliards d'euros dans le monde). Deux ans plus tard, il se renforce encore sur ce marché avec Pure World (35 millions d'euros de chiffre d'affaires) et devient l'un des principaux fournisseurs aux côtés de l'allemand Martin Bauer (Plantextract), de l'italien Indena ou de l'espagnol Euromed. Il continue ses emplettes, notamment avec la reprise de la division « actifs innovants » du girondin Berkem. Avec l'acquisition de l'italien Hammer Pharma, Jacques Dikansky s'est diversifié l'an dernier sur le marché de la pharmacie et des cosmétiques.
Car le segment des additifs (environ 20 milliards d'euros) est de plus en plus bataillé. De nombreux acteurs revendiquent le positionnement « naturel », comme Diana Naturals, filiale du français Diana Ingrédients (300 millions d'euros de chiffre d'affai-res). L'avignonnais a choisi de se spécialiser sur quelques segments, comme les conservateurs (100 millions d'euros de ventes, en hausse de 20 %), notamment l'extraction du romarin, en achetant les activités de l'américain Hauser. Il en est aujourd'hui l'un des principaux fournisseurs avec l'américain Kalsec. Naturex est aussi présent sur les colorants naturels (environ 200 millions d'euros) où il doit faire face aux grands fournisseurs d'ingrédients comme le danois Chr. Hansen. Sur les arômes (un marché de 340 millions d'euros), il vient de se renforcer en reprenant l'américain Chart Corporation qui sert les fabricants de boissons.
des investissements dans la R et D en cosmétique
« Nous allons poursuivre notre diversification en maintenant un équilibre entre croissance externe et interne », affirme le patron, qui n'oublie pas d'investir. Le site d'Avignon a vu sa taille doubler en 2007 avec des installations d'atomisation (transformation d'un liquide en poudre) et des laboratoires. Au Maroc, la principale usine de Naturex va être dotée de nouvelles capacités d'extraction.
Dans le New Jersey, aux Etats-Unis, le groupe s'engage dans un programme de spécialisation (il possède trois sites à proximité les uns des autres). Naturex va aussi reconstruire, en Californie, un atelier détruit par un incendie. Jacques Dikansky souhaite également se doter d'un service de R et D en cosmétique. « Nos clients sont plus exigeants dans l'analyse de nos composants, justifie-t-il. En compléments alimentaires, il y a une demande forte d'objectivation de nos produits, c'est-à-dire de démonstration scientifique des effets. On nous demande aussi d'aller plus loin dans les applications des ingrédients : dosage, méthode d'incorporation dans les recettes, résultats. »
Prochaine étape : proposer de plus en plus à ses clients des projets clés en main.

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