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Nationalisme économique

Par Thibaut de Jaegher - Publié le
Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
© DR

En prônant la préférence nationale à tout crin, on bloque nos entreprises dans des schémas industriels désuets, inadaptées aux enjeux technologiques et commerciaux de notre monde.

Sans que l'on y prenne garde, certains discours économiques ont pris une tonalité que ne renierait pas certains extrêmes, qu’ils soient de droite ou de gauche. Les représentants du peuple n’hésitent plus à parler de préférence nationale dans les commandes publiques. D’autres se piquent de distinguer les produits « bien-de-chez-nous » grâce à un label « origine France garantie ». D’autres encore, et parmi eux des économistes, véhiculent une nouvelle forme de peur de l’autre en plaidant pour le retour de barrières commerciales aux frontières de l’Europe.

 
Un repli sur soi contre-productif
 
Ces doctrines que l'on présente comme du patriotisme économique ressemblent de plus en plus à un nationalisme économique. Lorsque l'on voit 100 députés se liguer pour demander à Air France de soutenir Airbus ou lorsque l’on exige de PSA et de Renault de produire intégralement en France les voitures qu’ils y vendent, on ne protège pas réellement l'industrie française et encore moins ses usines. Cette autarcie économique, dont semble rêver parfois le plus haut sommet de l’Etat, est contre-productive. Elle n’amène pas les industriels français à pérenniser leurs bases productives en France mais à la figer. En prônant la préférence nationale à tout crin, on bloque nos entreprises dans des schémas industriels désuets, inadaptées aux enjeux technologiques et commerciaux de notre monde. Par là-même, on freine également ce que François Fillon a présenté à Planète PME comme l'un des trois leviers essentiels de la croissance : l'innovation.
 
Changer sa vision du Made in France
 
Bien sûr, il ne faut pas être naïf. Les Américains, les Chinois ou les Japonais sont des patriotes dans l’âme. Sans rougir, il n’hésite pas à afficher « My country first ». Mais ils le font plus discrètement et, sans doute, en se concentrant sur des sujets plus stratégiques. Ils s’attachent par exemple à protéger des entreprises de haute technologie en s’assurant que leur capital reste bien détenu par leurs compatriotes. Chose que la France, malgré l’émergence du fonds stratégique d’investissement (le FSI) ne sait toujours pas faire.
On ne saurait reprocher à nos élus de se battre pour « nos » usines mais ils doivent prendre conscience que le « Made in France » a changé. Que ce label n’est plus seulement une histoire de sites de production mais aussi de design, d’ingénierie, de R&D ou encore de services. Derrière le mot industrie, on ne découvre plus seulement une armée d’usine et de chaînes mais également des brevets… Aujourd’hui, c’est tout cela le Made in France. Et il a moins besoin de harangue que de talentueux vendeurs. D’ailleurs, au passage, rappelons-nous que le premier marché d’Airbus c’est l’export, pas Air France.

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