L'Usine de l'Energie

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L'Usine de l'Energie

Morillon Corvol vise 10 % d'économie d'énergie en trois ans

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2982

Mission. Le producteur de granulats explore les gisements d'économie d'énergie. Il s'est donné jusqu'en 2008 pour réduire le volume de sa consommation de 10 % à la tonne produite.

Dans la vallée de Thorigny, en plein coeur de la plaine berrichonne, la carrière de Baccon (Loiret) est une usine à ciel ouvert. En une journée, les machines y concassent et trient 1 200 à 1 800 ton-nes de granulats qui recouvriront les routes de la région avant leur goudronnage. Cette installation de traitement de la roche calcaire a été choisie avec les carrières de Val-de-Reuil (Eure), Cintegabelle (Haute-Garonne) et La Môle (Var), pour participer au « Programme Efficacité Energétique » dans lequel s'est engagé Morillon Corvol, société du groupe mexicain Cemex, l'un des leaders mondiaux de production de ciment et de granulats.

1Réaliser le bilan énergétique global

Les quatre sites pilotes sont représentatifs de l'activité des 43 carrières de Morillon Corvol, 5e producteur français de granulats. « Nous extrapolerons, dès janvier 2006, à l'ensemble des sites les idées et les pistes d'économie d'énergie que nous avons testées sur place », explique Héloïse Hanot, chef de projet environnement de Morillon Corvol. L'entreprise a pour objectif de réduire de 10 % la totalité de sa consommation d'énergie en axant en priorité ses efforts sur son outil de production. Cette décision a été prise après l'analyse globale de la consommation des carrières, de l'activité de transport fluvial et des sièges administratifs, réalisée à l'aide d'une méthode mise au point par son ancienne maison mère RMC (absorbée depuis avril 2005 par Cemex).

Un bilan énergétique, plus précis des carrières, mené cette fois avec l'appui de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), montre que 55 % de l'énergie consommée provient du fuel, ce qui représente 25 % de la dépense énergétique. Les 45 % restants sont dus à l'électricité et représentent 75 % de la facture soit au total 76 millions de KWh consommés pour 20 millions de tonnes produites. « Selon les sites nous identifions de 5 à 20 % d'économie possibles, la moyenne de 10 % est un objectif réaliste », précise Héloïse Hanot. « Nous rapporterons donc notre objectif à la tonne produite. La limitation de la consommation aura un impact sur le coût de revient. » Sur Baccon, par exemple, la production annuelle est en moyenne de 250 000 à 280 000 tonnes, mais la carrière a connu une année record à 600 000 tonnes, la consommation d'énergie augmente donc proportionnellement. Aujourd'hui avec les fluctuations des marchés pétroliers et la déréglementation de la vente de l'électricité, la réduction du volume de consommation d'énergie risque d'avoir un effet relatif dans le bilan financier global. « Notre principale mission est de considérer l'impact sur l'environnement, souligne Héloïse Hanot. Nous travaillons indépendamment du service achat qui se charge, de son côté, de négocier les prix avec les fournisseurs d'énergie ».

2Observer les pratiques sur le terrain

Pour élaborer les futurs plans d'actions, les pratiques métiers ont été passées au peigne fin sur les quatre sites pilotes. Trois axes de réflexion se sont dégagés : les procédés et les équipements utilisés sur la carrière, les déplacements des engins de chantier et le comportement des employés. Les équipements de traitement varient d'une carrière à l'autre en fonction du gisement qu'elles exploitent. Certains utilisent des circuits d'eau pour laver le sable des graviers, d'autres minent la roche massive, concassent et criblent les morceaux à sec, d'autre encore font des extractions de roches alluvionnaires dans les rivières. A chaque pratique correspond une organisation et des choix techniques spécifiques. Cependant, les sites ont en commun le même point noir : la consommation de carburant, qui correspond, pour 70 %, à la consommation énergétique d'une carrière et, pour les 30 % restants, à l'alimentation des installations de production et des bureaux installés sur le site (en général des bungalows préfabriqués).

La politique du bon sens

Les allers et retours entre les zones d'extraction de la roche et celles de concassage sont particulièrement énergivores. Des stocks de granulats qui montent trop hauts entraînent aussi une surconsommation. Des engins trop petits effec-tuent trop de voyages, des engins plus grands consomment plus d'énergie, etc. Enfin le comportement des conducteurs d'engins sur le site a aussi mis en exergue quelques pratiques trop consommatrices : le moteur allumé à l'arrêt, les accélérations sur les lignes droites, la conduite en sous-régime, etc.

Les différentes observations listées et les améliorations à apporter seront consignées dans un guide qui sera distribué à la fin de l'année 2005. Chaque responsable de carrière réalisera à l'aide d'un CD-Rom, un autodiagnostic de son site et proposera un plan d'action. Sans attendre des décisions d'investissement plus lourdes à mettre en oeuvre, plusieurs actions de bons sens peuvent être lancées rapidement comme l'achat de nouveaux équipements.

3Engager très vite les actions à faible coût

« Economies d'énergie, faisons vite ça chauffe ! » Tel est l'appel lancé par Morillon Corvol fin 2004 dans une campagne de communication interne destinée à mobiliser l'ensemble de ses salariés français. Car, dans un projet de réduction de la consommation d'énergie, le changement de comportement individuel constitue l'un des facteurs de réussite. Les 530 salariés de l'entreprise ont reçu avec leur fiche de paie « le manuel de l'écocitoyen » dans lequel sont rappelés, sous forme de messages simples et faciles à mémoriser, « les commandements » qui s'appliquent à la maîtrise de l'énergie, à l'utilisation des véhicules, mais aussi à la consommation d'eau. Une campagne renforcée par l'envoi de courriels rappelant les « bons gestes ». Cette action de sensibilisation, jugée exemplaire, s'est vue décernée par l'Ademe, le trophée « Planète gagnante » dans la catégorie « entreprises », en février 2005, c'est-à-dire six jours avant l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto !

« Eteindre la lumière dans les pièces inoccupées, ne pas faire tourner à vide ou en sous-régime les moteurs de camions, sont des gestes de la vie courante que les employés peuvent aussi bien appliquer à la maison que dans l'entreprise, commente Héloïse Hanot. Cette sensibilisation peut donc avoir un impact sur la consommation annexe à la production qui représente 11 % de l'énergie utilisée. » Sur les sites, elle s'applique éga- lement à la vie dans les baraquements préfabriqués où les salariés font la pause, déjeunent et se douchent.

Dès janvier 2006, sera instauré un rapport énergétique mensuel. Il faudra alors pouvoir mesurer les économies apportées par les améliorations engagées sur le terrain. « Nous devons repérer les endroits où poser des compteurs, détaille Héloïse Hanot. A raison de 1 000 euros l'unité, nous devons cibler les plus importants. » Mais il faut aussi savoir s'adapter à la bonne volonté spontanée sur le terrain : à Baccon, certaines actions ont déjà été mises en place sans attendre de pouvoir en mesurer les effets. « Nous aurons peut-être quel-ques indicateurs de moins, mais inutile d'attendre, lorsque des mesures de bon sens remportent l'adhésion rapidement », ajoute la chef de projet environnement. En parallèle, un programme de formation des conducteurs sera lancé dans les prochains mois pour leur faire « oublier » certains automatismes consommateurs d'énergie et installer de nouvelles habitudes.

4Programmer les projets lourds

Enfin, les directions régionales ont deux ans pour engager les investissements les plus importants et réaliser les arbitrages nécessaires. Par exemple, pour éviter les rotations de camions, le tapis roulant électrique (lire encadré page 79) est le bon choix : il permet de réduire les émissions carbone, mais... il a aussi pour conséquence de supprimer des postes de conducteurs. La décision dépassera donc les seuls enjeux environnementaux.

Il peut être également envisagé de poser des sondes sur les climatiseurs utilisés pour refroidir les transformateurs de courant ou encore sur les convecteurs des baraques de chantier. Chacune de ces sondes représente un coût de 4 000 euros pour un retour sur investissement de trois ans.

Certains engins de chantier pourraient aussi être remplacés par des modèles plus récents, moins consommateurs d'énergie : un chargeur avec pelle pivotante évite des déplacements supplémentaires, une machine à broyer électrique consomme moins que celle équipée d'un moteur Diesel...

A l'étude également l'alternative des énergies renouvelables : un essai de chauffe-eau solaire pour les douches d'un site en région Provence-côte d'Azur a été réalisé. La généralisation de l'expérience n'est pas d'actualité, car ce type de matériel n'est, à ce jour, rentabilisé que sur une très longue période. Attention ! Sur ces sujets, les conclusions ne sont jamais définitives. Il est utile de rouvrir les dossiers régulièrement. Ainsi, avec la fluctuation des marchés pétroliers, les retours sur investissements ont été divisés par trois en cinq ans. A ce rythme, dans une dizaine d'années, les chauffe-eau solaires équiperont peut-être les douches ins-tallées sur les carrières de Morillon Corvol...

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